Refaire une Phèdre après Euripide et Racine peut sembler une tentative
audacieuse. Pour réussir à souhait, le génie ne serait pas de trop. M.
Jules Bois n'a peut-être que du talent; mais il en a beaucoup, et nous
ne sachons personne autre que lui capable de mettre sur pied une
tragédie telle que l'_Hippolyte couronné_ que vient, après te théâtre
d'Orange, de nous donner l'Odéon. Mlle Sergine, dans le rôle de Phèdre,
figure avec une intensité d'expression peut-être excessive la victoire
de «Venus tout entière à sa proie attachée». MM. Marquet et Dorival
tiennent fort convenablement les rôles d'Hippolutos et de
Theseus,--dénomination moderne de nos vieilles connaissances Hippolyte
et Thésée.
Au Nouveau-Théâtre, Mme Eleonora Duse vient de faire une éclatante
réapparition dans la _Moglie di Claudio_, traduction italienne de la
_Femme de Claude_. On sait que cette pièce ne compte pas parmi les
meilleures d'Alexandre Dumas fils; mais elle offre cet avantage de
montrer une figure de femme qui résume en elle toutes les séductions et
toutes les perfidies de son sexe. Dumas a dû créer ce type pendant un
des accès de misogynie qui le tourmentaient, et aussi sans doute parce
qu'il avait sous la main l'actrice capable d'incarner le personnage. Mme
Desclée y fut effectivement admirable. On est d'accord à proclamer que
Mme Duse ne l'est pas moins: elle joue merveilleusement le second acte
qui renferme la scène capitale de l'ouvrage, celle où Césarine essaye de
reconquérir son mari. D'excellents acteurs italiens donnent la réplique
à l'illustre comédienne.
Ajoutons que la représentation de la _Dame aux Camélias_ a été pour elle
l'occasion d'un nouveau triomphe.