24 février.

Isabelle Marlotte sort d’ici, ce qu’elle vient de me raconter me

confirme la rouerie de Jeanne Viole.

Elle aussi avait été enjôlée; ce brave cœur avait subi aveuglément le

charme irrésistible, paraît-il, de ces yeux verts, de ces deux fossettes

voluptueuses. Jeanne Viole était si bien entrée dans la vie intime

d’Isabelle, que ses moindres relations lui étaient devenues familières.

Elle a voulu s’en servir, c’est à cela qu’elle vise partout, le truc a

mal réussi.

N’a-t-elle pas ébauché un mariage, entre une amie d’Isabelle (une jeune

provinciale, un peu excentrique, mais riche, belle, fille unique, dont

le rêve serait de chanter à l’Opéra), et un soi-disant vicomte de X***,

jamais le nom n’a été livré. Ce vicomte était le merle blanc, vieille

noblesse, château en Touraine, grosse fortune, jeune, beau et militaire!

Excentrique lui aussi par-dessus le marché!

Au premier mot, la jeune fille tombe amoureuse de cet inconnu qui

demande sa main sur sa seule réputation (est-ce assez conte bleu, cette

histoire-là). Une tante, vieille dame fort respectable, assurait Jeanne

Viole, servit d’intermédiaire, on devait se rencontrer dans ses salons

très prochainement.

Or, renseignements pris, la fortune de la fiancée se trouvant très

ébréchée, et l’excentricité ayant été crûment qualifiée d’esprit fêlé,

par les gens qui renseignaient, le merle blanc se retira: sans

explication, sans excuse, le voilà parti.

Fureur de la jeune fille qui, se voyant déjà vicomtesse, étudiait le

blason.

La tante de Jeanne Viole propose un autre mari, puis deux, puis trois,

avec une telle insistance, qu’un beau matin la mère et la fille

débarquent sans prévenir, et tombent dans le guêpier d’une agence

matrimoniale.

Isabelle Marlotte, indignée, vient de gifler la belle Viole, qui se

morfond de colère, et certainement se vengera.

Jusqu’où ne montera-t-elle pas, puisque voilà le premier échelon de la

duperie franchi.

Les Sèvriennes · 第 73 / 222 题