Isabelle Marlotte sort d’ici, ce qu’elle vient de me raconter me
confirme la rouerie de Jeanne Viole.
Elle aussi avait été enjôlée; ce brave cœur avait subi aveuglément le
charme irrésistible, paraît-il, de ces yeux verts, de ces deux fossettes
voluptueuses. Jeanne Viole était si bien entrée dans la vie intime
d’Isabelle, que ses moindres relations lui étaient devenues familières.
Elle a voulu s’en servir, c’est à cela qu’elle vise partout, le truc a
mal réussi.
N’a-t-elle pas ébauché un mariage, entre une amie d’Isabelle (une jeune
provinciale, un peu excentrique, mais riche, belle, fille unique, dont
le rêve serait de chanter à l’Opéra), et un soi-disant vicomte de X***,
jamais le nom n’a été livré. Ce vicomte était le merle blanc, vieille
noblesse, château en Touraine, grosse fortune, jeune, beau et militaire!
Excentrique lui aussi par-dessus le marché!
Au premier mot, la jeune fille tombe amoureuse de cet inconnu qui
demande sa main sur sa seule réputation (est-ce assez conte bleu, cette
histoire-là). Une tante, vieille dame fort respectable, assurait Jeanne
Viole, servit d’intermédiaire, on devait se rencontrer dans ses salons
très prochainement.
Or, renseignements pris, la fortune de la fiancée se trouvant très
ébréchée, et l’excentricité ayant été crûment qualifiée d’esprit fêlé,
par les gens qui renseignaient, le merle blanc se retira: sans
explication, sans excuse, le voilà parti.
Fureur de la jeune fille qui, se voyant déjà vicomtesse, étudiait le
blason.
La tante de Jeanne Viole propose un autre mari, puis deux, puis trois,
avec une telle insistance, qu’un beau matin la mère et la fille
débarquent sans prévenir, et tombent dans le guêpier d’une agence
matrimoniale.
Isabelle Marlotte, indignée, vient de gifler la belle Viole, qui se
morfond de colère, et certainement se vengera.
Jusqu’où ne montera-t-elle pas, puisque voilà le premier échelon de la
duperie franchi.