Quel est le manège de Jeanne Viole; on la surprend dans les petits coins
avec Mlle Lonjarrey.
Se confesserait-elle? de quoi, pourquoi?
De fausses confidences, alors? Avec elle, on en revient toujours à
Marivaux. Mais non un Marivaux léger, qui ne blesse ou ne souffre qu’à
fleur de peau. Le Marivaux qu’elle incarne a plus de rouerie.
Elle s’est composé un personnage, qu’elle s’apprête à jouer dans la vie:
elle s’essaie ici. Chez elle tout est mensonge, l’esprit sait où il va,
le caractère fuit...
Elle affecte une nostalgie des Carmels, où les âmes vivent sans cesse
agenouillées devant Dieu, et l’on sait fort bien qu’elle encourage
l’amour de cette malheureuse Angèle Bléraud, qui ne vit, ne respire que
pour elle.
Quand Jeanne Viole parle des siens, il semble que ce soit de rois en
exil (décidément on voit que son imagination a des lettres) et l’on sait
par Jacqueline, qui est de son pays, que le père Viole est «chand’d’vin»
à Toulon.
On voit, sur sa table de travail, des livres édifiants: _Le Devoir
présent_, et les livres du pasteur Wagner, très appréciés dans le monde
ministériel. Depuis huit jours, elle limite sa nourriture à table, elle
s’émacie, noircit le dessous de l’œil, brûle avec un peu de fard de
fausses pommettes de poitrinaire. On la regarde, on la plaint, on
l’interroge; elle révèle une si belle âme, que Mme Jules Ferron lui
accorde la faveur d’un entretien!
Tout le monde serait-il dupe de cette comédienne?