Pénétré de respect, je suis vôtre

Frère John TAYLOR, le martyr.

Elvire s'arrêta et ses yeux interrogeaient ce soi-disant Pont-Euxin qui

se faisait saigner les doigts en s'arrachant les peaux autour des ongles

et le vieux Manher qui lui dit: «Je me souviens parfaitement du martyr

John Taylor, de Lorenzo Snow et de votre grand'mère Malvina. Si vous

avez le temps, je vais évoquer devant vous son histoire. Nul autre que

moi ne pourrait vous la raconter.

«J'étais enfant alors, mais les enfants vivaient dans une promiscuité

pleine de liberté. Nous étions observateurs, mais n'étions pas

innocents. Ma mère qui mourut là-bas, était une des onze femmes de Robin

Furmesneare; mais ce n'est pas l'histoire de ma mère que vous attendez

de moi, c'est celle de votre grand'mère. Ecoutez-moi. Si je vous

fatigue, dites-le moi, car je ne serai pas bref, heureux de m'étendre

sur un sujet si singulier et dont j'ai rarement l'occasion de parler.»

«C'est entendu, dit Elvire, dites-moi tout ce que vous savez touchant ma

grand'mère. Je crois qu'elle devait me ressembler.»

«C'est vrai, répliqua le vieil Otto après l'avoir attentivement

regardée, mais elle avait l'air boudeur et insolent à la fois, tandis

que vous avez surtout l'air renfermé.»

«Comme je l'aime, s'écria Elvire, et comme elle était heureuse de vivre

en une époque aussi pleine d'imprévu.»

«Ne vous plaignez pas! dit doucement le sergent qui avait pris le nom

d'Ovide. Ne vous plaignez pas! En fait d'imprévu, vous me semblez bien

servie, la Russie, les grands ducs, la peinture et la guerre! que vous

faut-il de plus?»

«Ce n'est pas la même chose, observa Elvire. Pour étonnante qu'elle

paraisse, ma vie n'en est pas moins terre à terre.»

«Vous êtes bien difficile! conclut le Pont-Euxin, et vous ne savez pas

goûter l'existence.»

Et il se tourna vers le vieillard pour l'inviter à commencer son récit.

La femme assise · 第 6 / 25 题