--Vous êtes bien familier avec vos gens, de Villeneuve! dit Madame en
riant.
--J'ai l'honneur de présenter à Votre Altesse M. de Lorge, dit M. de
Villeneuve.
--Humble serviteur de Son Altesse! riposta M. de Lorge.
--Bravo! Partons, continua la princesse. Seulement, messieurs, une
simple observation. A partir de cette heure, supprimez, je vous prie,
des appellations dangereuses. Une Altesse courant les routes pourrait
bien sembler extraordinaire. Je suis tout simplement madame de
Villeneuve. Ne l'oubliez pas.
Le 5 mai, à sept heures du soir, Madame entrait à Toulouse.
Personne ne faisait attention à ce char-à-bancs, car les propriétaires
des environs sont accoutumés à venir souvent en ville.
Pourtant un officier de la ligne se trouvait, par hasard, assis à la
porte de l'hôtel devant lequel le char-à-bancs était arrêté.
M. de Villeneuve avait pris les devants pour acheter une chaise de
poste.
Il devait continuer à petits pas jusqu'à ce que le char-à-bancs le
rejoignît.
Cet officier regardait attentivement la princesse, qui sentait le
danger, mais n'osait faire un mouvement ni ordonner le départ de peur
d'appeler une dénonciation.
--Voyez donc, de Lorge, comme cet officier me regarde? dit-elle.
En effet, l'officier ne quittait pas des yeux le petit groupe formé par
les voyageurs. Tout à coup il se leva et vint à M. de Lorge.
Il lui mit la main sur l'épaule.
Le gentilhomme croyait tout perdu, quand l'officier lui dit tout bas:
--Engagez votre maîtresse à acheter un autre chapeau, celui-là ne lui
couvre pas assez le visage.
Puis, soulevant son képi, il salua la princesse en mettant dans cette
action un respect caché que la prudence l'empêchait d'accentuer
davantage.
--Brave coeur! murmura Madame. Ah! mes Français! mes Français!...