--Ma maison est aux ordres de Son Altesse, dit-il.
Madame passa chez cet ennemi une nuit calme.
Au matin arrivèrent deux amis: M. de Ménars et M. de Villeneuve, parent
de M. de B... qu'ils devaient remplacer. M. de Villeneuve avait pris un
passeport en son nom, lequel portait: «voyageant avec sa femme et son
domestique.»
--Je vois bien la femme, dit son Altesse en riant, mais je ne vois pas
le domestique.
--Nous allons le trouver sur la route, dit M. de Villeneuve.
On partit.
Il faisait un vent piquant et sec. Les chevaux marchaient bien, trop
bien même; car, à une descente un peu rapide, ils prirent tout à coup le
mors aux dents.
En vain M. de Ménars et M. de Villeneuve essayèrent-ils de les arrêter:
la calèche descendait avec une rapidité effrayante.
De plus, cette voiture était vieille et menaçait à chaque soubresaut de
se briser en deux.
Elle se contenta de verser.
Tout le monde était sain et sauf, mais la calèche était cassée.
--Comment allons-nous faire? demanda Madame.
--Rien n'est perdu, dit M. de Villeneuve. Est-ce que mon domestique
n'attend pas sur la route?
--Oui, mais où?
--A deux kilomètres d'ici.
Madame prit le bras de M. de Villeneuve et fit bravement les deux
kilomètres à pied.
En effet, _le domestique_, venu de Marseille dans un char-à-bancs, se
tenait assis au bord du chemin.
Il se leva en apercevant les voyageurs. C'était un jeune homme d'une
trentaine d'années, qui portait une élégante livrée noir et or.