M. de Breulh se leva.

--Une décision aussi grave ne peut pas être prise sur-le-champ, dit-il.

Pourtant, je crois être l'interprète de ces messieurs du comité, en

déclarant que nous nous contenterons d'exposer au roi de simples

observations. Mais monsieur le marquis de Kardigân voudra bien me

permettre de discuter.

--Je vous écoute, monsieur.

--Croyez-vous à la réussite d'un pareil plan?

--Oui, j'y crois.

--Sur quoi basez-vous cette opinion?

--Sur ceci: d'abord, l'impopularité du gouvernement; ensuite, sur la

lassitude des esprits, qui, ne pouvant prendre au sérieux une royauté

faite par 221 parlementaires affolés, attendent et espèrent quelque

chose de définitif.

--Je le reconnais. Mais nous défendons une cause autant qu'une dynastie:

un principe autant qu'un homme. Nous sommes, parce que nous sommes.

N'est-ce pas, selon vous, attaquer la vertu même de ce principe, que

d'en réclamer l'exécution par la force? Remarquez, monsieur le marquis,

que je ne discute pas: j'interroge.

--Eh bien, monsieur, je vous répondrai de même: franchement. Un droit a

besoin d'être affirmé. On nous a attaqués par l'épée, c'est par l'épée

que nous devons attaquer à notre tour. Ah! nous vivons dans un triste

temps! Tout ce qui est grand s'en va: tout ce qui est noble dégénère.

Charette, Lescure, La Rochejaquelein, n'ont pas songé à se demander

s'ils seraient vainqueurs. Ils se sont battus! La société moderne a deux

moyens de prouver son droit ou d'affirmer sa volonté: la parole et le

fusil. La parole? on nous l'a retirée; nos journaux doivent se taire. M.

Thiers, M. Casimir Périer ont peur! Reste le fusil. C'est lui qui doit

parler quand les lèvres des hommes sont muettes!

Jean-nu-pieds, Vol. 1 chronique de 1832 · 第 49 / 194 题