M. Saincaize faisait de vains efforts pour garder son calme.

Il s'agitait avec angoisse sur sa chaise, et, de temps à autre, en

écoutant les paroles de Jean, il jetait un regard effaré sur la porte,

comme s'il devait voir apparaître le tricorne galonné d'un gendarme.

--Pardon... pardon... monsieur, dit-il. Peste! comme vous y allez! La

guerre civile! rien que cela, et du premier coup! On donne aux gens le

temps de réfléchir et on ne leur met pas ainsi le couteau sous la gorge!

Un soulèvement en Vendée, un soulèvement dans le Midi! Mais ce serait

effroyable!

--Pourquoi, monsieur, ce serait-il effroyable?

--Nous ruinons le commerce, nous arrêtons le mouvement des affaires!

--Lesquelles? demanda Jean froidement.

--Comment, lesquelles?

--Oui, celles du peuple français, ou bien les vôtres?

--Monsieur le marquis!...

--Pourquoi venez-vous parler intérêt, quand nous parlons destinée d'une

nation et d'un roi? Ceux qui ont fait le 10 août, le 2l janvier, le 9

thermidor, le 12 germinal et le 18 brumaire, pensaient-ils au mouvement

des affaires? Ceux qui ont fait les journées de juillet y songeaient-ils

davantage?

--Permettez! permettez!

--Ce n'est pas l'heure de discuter, monsieur Saincaize, dit Berryer; M.

de Kardigân vient de nous soumettre un plan. Nous le communiquerons à

MM. Hyde de Neuville et de Chateaubriand nos collègues, et nous vous

donnerons notre réponse.

Pendant ces quelques paroles du grand orateur, Henry de Puiseux avait

consulté ses amis:

--Monsieur le marquis, dit-il à Jean, ces messieurs partagent tous le

même avis: ils sont aux ordres de Sa Majesté; prêts à vivre ou à mourir.

Vive le Roi!

Au même instant, Aubin Ploguen entra:

--Messieurs, dit-il, voilà les soldats.

Jean-nu-pieds, Vol. 1 chronique de 1832 · 第 50 / 194 题