NICOLAS GLAIVE

ou les cahiers d’un candidat

_25 mars._--Voici la lettre que j’ai trouvée dans mon courrier de ce

matin.

«_Monsieur Nicolas Glaive, fabricant de girouettes d’art, à Paris._

«Un groupe d’électeurs indépendants, de la circonscription de

Montsouris-Sud, connaissant votre passé, tout d’intégrité et d’honneur,

ainsi que votre républicanisme éclairé et loyal, a décidé de vous offrir

la candidature aux prochaines élections législatives. Vous n’ignorez pas

que notre arrondissement est las, à juste titre, des violences de

langage et des excentricités de notre député, le radical Triquet.

D’autre part, il faut éviter d’assurer le succès du candidat modéré et

réactionnaire, M. Ajax de Télamon.

«Il y a une majorité considérable à rallier, entre les deux opinions

extrêmes.

«J’aurai l’honneur, Monsieur, de vous rendre visite pour recevoir votre

réponse, qui nous sera, je n’en doute pas, favorable. Je pense vous

rencontrer demain matin, de neuf heures à onze heures.

HENRI PRENANT,

Directeur du cabinet d’affaires Raulbert-Prenant,

fondé en 1822.

Satisfait, au fond, qu’on voulût bien songer à moi pour un mandat assez

envié et qu’on me fournît enfin sur mes opinions politiques des données

précises, je n’hésitai point, et résolus d’accepter la proposition de M.

Prenant. Député à quarante-huit ans, je pourrais dire négligemment, en

sortant, après mon déjeuner, aux passants de connaissance:

--Je vais à la Chambre.

J’écraserais en même temps de mon pardon deux personnes, un sergent de

ville du quartier et le secrétaire du commissaire, qui ont été, certain

jour, insolents à mon égard. Je voyagerais gratuitement enfin sur la

ligne de Chaville, à l’heure du journal du soir.

--Votre billet, monsieur?

--Député.

_26 mars._--J’ai reçu ce matin la visite de Prenant. Ma première

impression, qui est la bonne, m’a fait deviner en lui «quelqu’un

d’attaque». Lui-même me l’a dit, d’ailleurs:

--Je suis d’attaque, a-t-il affirmé dès l’abord.

C’est un homme petit, vif, rond, noir de moustache et de barbiche. Il

connaît, dit-il, le quartier de Montsouris-Sud comme sa main (un peu

velue). Il émet, sur la politique générale, des réflexions qui me

paraissent empreintes d’un bon sens prophétique.

Nous avons parlé chiffres.

--C’est une élection qui vous coûtera cher, me dit-il. Il n’y a pas à

vous le dissimuler.

J’ai été d’abord un peu inquiet: mais le chiffre de sept à huit mille

francs, énoncé l’instant d’après, m’a paru raisonnable.

Puis, Prenant a pris congé de moi, en me serrant la main.

_29 mars._--La période électorale étant ouverte, pour prendre rang et

imposer mon nom à l’esprit des électeurs, il a fallu préparer et faire

afficher les premières bandes.

Cet après-midi, nous sommes sortis, ma femme et moi, pour voir les

affiches. Nous marchions d’un air timide, nous étions presque

rougissants, comme si nous venions d’accomplir une bonne ou une mauvaise

action. Nous avons aperçu d’abord de nombreuses bandes de Triquet et de

Télamon. Enfin, sur une bande orange et plus large que les autres, j’ai

vu mon nom imprimé, en si grosses lettres que j’ai eu du mal à le

reconnaître: _Nicolas Glaive, Industriel, Candidat républicain._ Nous

avons compté sept de ces affiches. Il doit y en avoir bien davantage

dans les rues où nous n’avons pu passer, car on m’a dit qu’on en

poserait aujourd’hui deux mille cinq cents.

_30 mars._--J’ai rédigé ce soir, en compagnie de Prenant, ma circulaire

aux électeurs. Je me suis prononcé nettement et catégoriquement sur le

privilège de la Banque de France, sur l’élection des juges, sur le prix

du gaz. Je me suis déclaré l’ennemi des fâcheuses compromissions, le

partisan d’une politique de modération et de progrès. J’ai exprimé le

désir de voir la France unie à l’intérieur, respectée à l’extérieur.

J’ai adressé un vigoureux appel à tous les honnêtes gens. Sur la

question du protectionnisme et du libre-échange, je suis resté un peu

dans le vague, comme me le conseillait Prenant et aussi, je dois le

dire, mes convictions les plus intimes.

La conférence a duré jusqu’à dix heures du soir. Quand Prenant,

emportant mon manuscrit pour l’imprimerie, m’a eu quitté, j’ai cherché

dans le Larousse le sens exact de certains mots de ma profession de foi,

afin d’être en état de répondre d’une façon un peu précise aux

questionneurs, dans les réunions publiques.

_2 avril._--Je rentre, ce soir, d’une réunion organisée par mon comité

dans la salle des fêtes du restaurant Batracien. Coût de la salle: trois

cents francs, éclairage compris. Un contrôle sévère a été établi à la

porte, pour ne laisser passer que les électeurs munis de leur carte. Il

est entré cinquante-deux personnes, que j’ai comptées pendant le

discours du président (un professeur d’orthographe phonétique).

--Vous voyez ici, me dit Prenant, la crème des électeurs influents de

Montsouris-Sud. Méfiez-vous, ajoute-t-il tout bas, il y a là dedans

beaucoup de gens favorables à Triquet, et j’aperçois aussi des têtes de

réactionnaires, venus pour vous prendre en faute.

J’expose mon programme avec une certaine émotion. (Mon succès a été très

grand, m’a-t-on affirmé.)

Puis, un des assistants se lève, et me demande si je voterai le maintien

du traité de 1845 avec la Suède. Sur un signe de Prenant, je m’en

déclare le partisan énergique. C’est d’autant plus méritoire, affirme

mon interlocuteur, que ce traité n’existe que dans mon imagination...

Prenant flétrit alors les plaisantins qui s’insinuent en perturbateurs

dans les assemblées de gens sérieux. Le perturbateur est dirigé vers la

porte. On me vote à l’unanimité un ordre du jour de chaleureuse

approbation.

Vingt électeurs, que j’avais remarqués parmi les plus enthousiastes,

s’offrent d’eux-mêmes pour venir prendre des bocks au café voisin.

_3 avril._--Voici ce que j’ai lu dans deux journaux:

«Hier soir, huit cents électeurs, réunis à la salle Batracien, après

avoir entendu les déclarations nettement républicaines du citoyen

Nicolas Glaive, ont acclamé sa candidature.»

_4 avril._--Suivant Prenant, qui a dîné avec moi ce soir, mes deux

adversaires mènent une campagne «éhontée d’audace». Triquet a deux

hommes à lui, qui «font les coiffeurs». Ils entrent, sous prétexte de

barbe, de coiffure ou de shampooing, successivement chez tous les

perruquiers du quartier, et ils endoctrinent le patron, les garçons et

la clientèle. Prenant a vu, ce matin, l’un de ces hommes sortir de chez

un coiffeur, tout rasé de frais, bien pommadé, avec une belle raie sur

le côté. Eh bien, cet homme est entré sous une porte cochère, a passé

vivement son mouchoir sur sa tête, pour ébouriffer sa chevelure. Puis,

il est entré se faire recoiffer chez un autre coiffeur.

De son côté, Ajax de Télamon ne reste pas inactif. Il choisit tous les

jours, dans le quartier, une autre femme de ménage, qu’il paye largement

et qu’il comble de prévenances; pour que cette femme aille colporter sur

son compte un éloge documenté, il lui donne le spectacle des plus

édifiantes vertus domestiques; en présence de cette salariée, il se

montre d’une aménité sans égale pour Mme de Télamon et caresse avec

tendresse des enfants blonds aux cheveux bouclés qui ne sont, paraît-il,

que ses neveux. Toujours sous les yeux de la femme de ménage, des gens à

lui viennent lui offrir, pour de louches entreprises, des sommes

considérables, qu’il repousse avec une noble indignation.

De plus, Télamon a dans tout le quartier, aposté aux portes cochères des

mendiants payés, à qui il distribue de larges aumônes, non sans une

discrète ostentation.

--Mais au fait, me dit Prenant, en remettant ses coudes sur la table,

pourquoi n’arrêteriez-vous pas un cheval emporté? On choisirait une

bonne heure, le moment où les ouvriers rentrent du travail. On

trouverait un cocher complaisant, un cheval pas trop terrible...

J’arrête Prenant. Je préfère un autre mode de propagande, l’affirmation

de mes idées de progrès, par exemple, ou l’embrigadement général des

marchands de vin.

_5 avril._--Ma circulaire a été reproduite sur une grande affiche,

appuyée par l’adhésion de trente-cinq électeurs: tous mes fournisseurs,

deux de mes employés qui habitent le quartier, Prenant et ses camarades.

J’ai déjà dépensé six mille huit cents francs; mais le plus gros des

frais est fait, m’affirme-t-on.

_6 avril._--Les journaux spéciaux de l’arrondissement sont assez doux

pour moi. Dans le numéro 7 de l’_Électeur du vingt-deuxième_, fondé il y

a huit ans, et qui ne ménage pas Télamon, on m’appelle: cet excellent M.

Glaive. Le _Gaulois rose de Montsouris-Sud_, qui attaque Triquet, n’a

encore rien dit sur mon compte.

_7 avril._--Ah! quel assaut, après ces journées de calme relatif!

Prenant avait l’air soucieux, en entrant chez moi ce matin.

--On prépare contre vous une terrible campagne de diffamation.

Que pouvait-on dire contre moi? Le mur de ma vie privée n’a pas besoin à

sa crête de tessons de bouteilles. Il est permis d’y grimper et de

regarder par-dessus. Prenant s’est un peu calmé, mais il hochait

toujours la tête en me quittant.

A six heures, il a fait irruption dans mon bureau, tout bouleversé. Il

s’est campé vis-à-vis de moi:

--Vous étiez bien à Boniface-les-Bains, l’année dernière?

Je répondis, étonné de son accent:

--Oui, j’étais effectivement à Boniface-les-Bains, l’an dernier, à

pareille époque...

--Eh bien, nous sommes beaux! gémit Prenant en se laissant choir sur un

fauteuil.

Il reprit, sur un ton amer et presque gai, comme en proie à une folie

commençante:

--Eh bien, nous sommes frais!

Je le conjurai de s’expliquer: il se leva d’un bond.

--On vous accuse, me dit-il d’une voix sourde, d’avoir été surpris, à

Boniface-les-Bains, trichant au jeu!

Puis, il retomba sur son fauteuil de douleur.

Cette accusation stupéfiante me suffoqua, mais je me remis assez vite:

--Quelle plaisanterie! Je ne suis entré qu’une fois, en curieux, dans

les salles de jeu, et je n’ai jamais touché une carte.

Prenant murmura d’une voix altérée:

--Ils ont des témoins, oui, des hommes à eux, un monsieur très coté dans

le grand monde, un M. de Saint-Théophile...

--Je ne connais pas... pas du tout, répliquai-je abasourdi.

--Ils ont même, dit Prenant d’un air de justicier, une preuve écrite.

--Une preuve écrite?

--Ils ont la preuve écrite que vous étiez à Boniface-les-Bains l’année

dernière!

--Mais je ne songe pas à le nier...

--Pas à le nier! sursauta Prenant. Au fait, non, vous ne pouvez pas le

nier, se lamenta-t-il. Ah! nous sommes dans de jolis draps!

Je revenais un peu de ma stupéfaction. Mais à peine avais-je repris mon

sang-froid que je le perdis à nouveau, dans un bel accès de colère:

--Je ferai un procès à ces misérables!

--Un procès! Tenez, dit Prenant, vous déraisonnez, excusez l’expression.

Irez-vous en police correctionnelle, où la preuve n’est pas admise? Là,

vous obtiendrez la condamnation de vos calomniateurs, mais une

condamnation sans portée. L’effet moral de l’accusation ne sera pas

détruit. Trouverez-vous un biais, dans la procédure, pour les traîner en

cour d’assises?

«Ce biais, vous l’avez trouvé; admettons-le pour un instant. Vos

adversaires produiront des témoins, à leur décharge, et qui vous

chargeront, vous, le plaignant. Comment prouver que ce sont de faux

témoins?

«Qui produirez-vous, de votre côté, pour confondre les calomniateurs?

Des croupiers, des gérants de cercles! Belles références aux yeux du

jury! Quelques-uns de vos amis viendront attester votre honorabilité. On

peut passer pour un honnête homme et tricher au jeu, sans que nul vous

soupçonne.

«A chacun de vos témoins, l’avocat des prévenus posera cette question,

en retroussant ses longues manches:

«--Le témoin pourrait-il nous dire si, à sa connaissance, M. Glaive a

été à Boniface-les-Bains, l’année dernière?»

«Et, à chacune des réponses: «Je n’en sais rien» ou «Je crois, en effet,

me rappeler», l’avocat se tournera, triomphant, du côté des jurés. Car,

quelle que soit la réponse du témoin, l’avocat regarde toujours

triomphalement ces messieurs du jury, en écartant les bras... et en

ouvrant les mains toutes larges...»

Prenant a continué pendant une heure sur ce thème et m’a quitté d’un air

navré.

_8 avril._--Journée d’attente énervante et d’indécision. Je n’ai pas vu

Prenant aujourd’hui. Que fait-il? Que va-t-il se passer? Je n’ai parlé

de rien à ma femme, qui commence à s’inquiéter de mon air soucieux.

_9 avril._--Prenant est enfin venu vers midi. Il semblait plus calme, et

terriblement mystérieux. Comme il y avait justement quelqu’un dans mon

bureau, Prenant m’a demandé un entretien secret.

Il n’a pas perdu son temps. Il a acquis la conviction que

Saint-Théophile est une simple canaille, à qui nos ennemis ont promis

trois mille francs pour qu’il fasse une déposition contre moi.

Saint-Théophile comptait sur ces trois mille francs pour partir en

Amérique. Si on lui donnait quatre mille francs et si on l’embarquait

tout de suite? Quant au rédacteur de l’_Électeur du vingt-deuxième_, qui

se disposait à lancer le canard, on lui fermerait la bouche avec

cinquante louis.

Ce qu’il y a de terrible dans mon cas, c’est que Prenant, mon ami

Prenant lui-même, ne semble pas parfaitement convaincu de mon innocence.

Aussi hésitai-je à terminer ainsi l’affaire et insistai-je pour faire un

procès. Mais ce brave Prenant semble alors si navré que je débourse

incontinent les cinq billets de mille. Il me faut ma tranquillité à tout

prix.

J’avais déjà ma conscience; j’aurai, par surcroît, les canailles avec

moi.

_12 avril._--Mon cousin Charles, qui a beaucoup voyagé et qui connaît la

politique, a la meilleure opinion sur mon élection. Excellent signe.

Car, dans la famille, Charles passe pour un sceptique. Aujourd’hui, il a

parlé à deux électeurs, qui lui ont promis de «bien voter». Hier, il a

complètement retourné un lampiste.

_14 avril._--Aux dernières élections, Triquet avait réuni 3.500 voix,

contre 3.050 à Télamon. Voici les pronostics de Prenant: _Moi_, 2.400;

_Triquet_, 2.400; _Télamon_, 1.300 à 1.400. Je passerai au second tour,

grâce à l’appoint des voix de Télamon.

--Vous aurez la bonne place, affirme Prenant. Vous êtes entre deux eaux.

_16 avril._--Dans les réunions de Triquet, tous les gens intègres

livrent au mépris public les agissements de Télamon. Dans les réunions

de Télamon, tous les citoyens honnêtes flétrissent la conduite de

Triquet. Bonne affaire pour moi que ces querelles. Je serai le troisième

larron.

_18 avril._--Mon élection ne me coûte, à l’heure actuelle, pas plus de

15.000 francs en chiffres ronds: exactement 16.850 francs. Suivant

Prenant, mes adversaires ont déjà dépensé chacun, au bas mot, 30.000

francs.

_19 avril._--Les journaux ont publié leurs listes de candidats. Les uns

patronnent Télamon, les autres Triquet. Excellent signe, dit Prenant.

Seul, le _Panthéon du Négoce_, journal illustré, soutient ma candidature

et publie même mon portrait et ma biographie. J’en ai fait prendre deux

mille exemplaires: mille pour les principaux électeurs, mille pour moi.

_27 avril (le grand jour). Huit heures du matin._--Il fait beau.

Excellent signe, dit Prenant. Beaucoup d’électeurs de Triquet iront à la

campagne et ne voteront pas. Le vent est un peu frais. Encore un atout

dans notre jeu. On ne s’arrêtera pas pour lire les affiches de la

dernière heure, si l’on en pose aujourd’hui contre nous.

_Midi._--Prenant vient de déjeuner à la maison, en hâte:

--Ça ne va pas mal; mais ça ne va pas si bien, si bien, qu’on pouvait

l’espérer. J’ai fait un tour dans les sections. Il y a un fort

contingent de jeunes électeurs, qui constituent l’élément inconnu. Nous

passerons, c’est hors de doute. Mais il y aura du tirage.

_Minuit._--J’ai su, à huit heures, le résultat du scrutin: Triquet,

3.190 voix; Télamon, 2.815; Nicolas Glaive, 523. Prenant me déclare que

c’est un résultat superbe pour une campagne improvisée et menée

hâtivement, sans aide et sans journaux spéciaux. En somme, si je n’avais

pas été là, il n’y aurait pas eu de ballottage. Des amis, venus pour me

féliciter, me consolent. Nous organisons un petit nain jaune. C’est une

soirée de convalescents.

_28 avril._--En faveur de qui me désisterai-je? Je m’en rapporterai sur

ce point à Prenant. Mon camarade de lutte «avec qui j’ai combattu le bon

combat» paraît soucieux. Il m’a engagé, hier, à reporter mes voix sur

Triquet, et, ce matin, à me désister purement et simplement.

_29 avril._--Prenant me conseille, décidément, de marcher pour Triquet.

Voilà qui est entendu. Je rédige mon affiche. Mes 500 voix iront à

Triquet.

_30 avril._--Dans notre pays de bonnes gens crédules, la façon dont les

légendes se fabriquent et se colportent est positivement extraordinaire.

Voici la conversation que j’ai entendue mot pour mot, dans mon

compartiment, en allant à Chaville. Un monsieur décoré disait

textuellement à son voisin:

--Connaissez-vous les dessous du ballottage de Montsouris-Sud? C’est une

histoire bien curieuse. En raison de ses votes avancés, Triquet avait

peur, cette fois-ci, d’être battu par le réactionnaire Télamon. Il s’est

dit: «Je vais lui envoyer dans les jambes un candidat républicain

modéré, qui lui prendra quelques centaines de voix, et se désistera pour

moi au ballottage.» Il a remis cinq mille francs à Prenant, un agent

électoral, pour lui procurer ce candidat. Prenant a trouvé un ancien

commerçant assez décoratif, avec qui il a dû partager les cinq mille

francs. Mais, après le scrutin, Prenant est venu dire à Triquet que le

candidat ne voulait plus «marcher» pour le désistement. Triquet a dû

recracher trois mille francs que se sont attribués les deux compères...

Fallait-il perdre mon temps à détromper et à confondre ces gens? J’ai

gardé un silence dédaigneux. Voilà pourtant, comme on écrit l’histoire!

L'homme à la moustache verte · 第 13 / 24 题