Je vous parle d’il y a vingt ans.
A cette époque, le jeune M. Jaboin suivait les grandes chasses, à
Compiègne, à Fontainebleau, à Rambouillet.
Mais--détail curieux--si giboyeuses que fussent les forêts où M. Jaboin
était admis, il ne parvint jamais à tuer le moindre gibier.
Par exemple, il lui arriva de blesser des gardes, et maints invités,
parfois, hélas! de façon mortelle.
Il tua aussi beaucoup de chiens, deux chevaux et une vache laitière.
Sans qu’il sût pourquoi, on l’invita de moins en moins.
On finit même par le tenir à l’écart d’une façon un peu systématique.
--Il y a certainement une raison politique là-dessous, pensa-t-il, bien
qu’il n’eût jamais fait de politique.
Quand la guerre fut déclarée, M. Jaboin s’engagea.
Dès le début des hostilités, il eut l’occasion de prendre part à un
petit fait d’armes.
Il était parti chercher des vivres avec un autre homme et un sergent.
Les trois hommes pensaient bien ne pas faire de mauvaise rencontre.
Aussi, afin de pouvoir se charger de beaucoup de vivres, n’avaient-ils
emporté qu’un fusil et une seule cartouche.
Comme ils longeaient une route, ils virent un nuage de poussière qui se
formait au bout de la route.
C’était un cavalier ennemi qui s’avançait au petit galop.
--Nous allons nous dissimuler derrière ce bouquet d’arbres, dit le
sergent.
--Y a-t-il un bon tireur pour nous dégoter ce particulier-là?