Léon resta les yeux ouverts, mais sans regard; ces paroles
retentissaient dans sa tête comme autant de petits marteaux qui la
brisaient au dedans. Le médecin descendit une marche, Léon l'arrêta:
«N'y a-t-il donc plus d'espoir?
--Monsieur, dit le médecin, il y a toujours de l'espoir, mais votre
soeur est bien malade.»
Et il salua; Léon le suivit: il lui semblait que cet homme allait
emporter son dernier espoir.
«Vous reviendrez tantôt, n'est-ce pas?
--Oui, mais rien ne presse; la maladie n'est pas au dernier période,
nous avons probablement plusieurs mois devant nous.»
En disant ces mots, il avait continué à descendre, et Léon l'avait suivi
jusqu'à la porte cochère. Il le suivit encore de l'oeil jusqu'à ce
qu'il tournât le coin de la rue où il allait prendre une tasse de café
et lire le journal. Léon rentra; il ne pouvait s'empêcher de regarder
Geneviève. Il y a dans les gens qui vont bientôt mourir quelque chose de
solennel et de singulier; leur chair est comme transparente, et il
semble qu'elle est éclairée en dedans par leur âme, semblable à une
lampe qui s'alimente du corps et le consume. Geneviève ne se croyait pas
malade; elle s'attendait très-bien à mourir, mais de douleur et de
désespoir.
Au bout de peu de jours, les prescriptions du médecin avaient produit un
excellent résultat, il dit à Léon: «La malade va mieux, mais je n'ai
rien pu faire jusqu'ici contre la maladie. Il faut prendre garde de
frapper son imagination. Je vais vous dire devant elle que mes soins
sont désormais inutiles, et qu'elle est guérie; vous m'engagerez à venir
vous voir, à titre de connaissance; je viendrai quelquefois, le soir,
faire une partie de dominos, et je suivrai la maladie sans qu'elle
puisse prendre mes ordonnances pour autre chose que pour quelques
conseils donnés par hasard.
«Ah! monsieur, dit Léon, sauvez ma soeur.»
Le médecin lui serra la main sans lui répondre, et partit.