Demain les glas sacrés annonceront tes vœux,
O toi qui vas t’offrir, en un chaste offertoire,
Pour être, en ce couvent, colombe expiatoire.
L’an se meurt, où tu vins immoler tes cheveux,
Palpitante à l’attrait des gloires pressenties,
Éprise de souffrir plus que les repenties.
Novice, l’an s’efface où tu balbutias
Ta promesse première aux saintes fiançailles:
Sur le seuil de l’Époux maintenant tu tressailles.
Par le matin bercés, les grands acacias
Dans le grave jardin épandront de leur neige
Sous les pas de l’Abbesse et du claustral cortège.
Et le cortège pur t’emmènera, chantant
Des proses de candeur par les longues allées,
Puis les grilles, ma Sœur, sur tes jours blancs scellées.
Ils diront que ta vie est un morose étang,
Mais tu seras la sainte en flamme qui s’élance,
Radieuse d’avoir épousé le Silence.
Comme tous les contemplatifs, Le Cardonnel est doué d’une extrême
sensibilité. Aussi, les sensations âpres ou douces que lui apportent les
saisons, suscitent-elles en lui tout un peuple d’images lyriques qui se
colorent de teintes joyeuses ou funèbres. Mais la nature n’est pas
seulement le décor de ses rêves. Sachant que, comme le dit Baudelaire,
«_l’homme y passe à travers des forêts de symboles_», il la
spiritualise. Soit qu’il souffre de ses rigueurs, soit qu’il jouisse de
ses sourires, il y voit le miroir où se reflète la face de Dieu.
De là, par exemple ce poème: