POST-SCRIPTUM.

Je désirerais en avoir le temps et le loisir. Quoique mes relations avec

Napoléon aient été moins intimes qu'avec Bonaparte, quoiqu'elles soient

devenues plus rares à mesure que de grandeurs en grandeurs il s'est

élevé au point le plus haut où mortel soit jamais parvenu, elles n'ont

jamais cessé, et dans plus d'une rencontre j'ai pu recueillir encore

quelques traits dignes d'être transmis aux hommes curieux de connaître

dans les moindres détails ce caractère si fort et si souple, ce génie si

vaste et si délié, cet esprit si original par la pensée et par

l'expression. D'ailleurs, ses derniers bienfaits m'ont imposé une grande

dette envers lui; c'est en continuant à dire de lui la vérité que je

veux m'acquitter.

De plus, la destinée de Napoléon, à laquelle la mienne a été rattachée

par le malheur, m'a poussé dans l'exil à l'époque où elle l'y entraînait

lui-même. La noble maison de NASSAU régnait alors sur la terre où

j'allai chercher une seconde patrie; terre hospitalière où la générosité

non sollicitée des héritiers de GUILLAUME-LE-TACITURNE m'a protégé

autant et plus peut-être que ne le permettait la politique, contre les

persécutions qui signalèrent la restauration française. Je ne mourrais

pas content si je ne manifestais pas encore une fois les sentimens que

j'ai voués à ces dignes princes.

C'est à la recommandation spontanée d'Alexandre Humboldt que je fus

redevable d'une bienveillance si inattendue. Mais n'y a-t-il pas à le

publier autant de vanité que de reconnaissance?

Souvenirs d'un sexagénaire, Tome IV · 第 40 / 53 题