[1: J'ai consigné ce fait dans l'épître dédicatoire des _Vénitiens_. À
la catastrophe de cette tragédie, _Joséphine_ éprouva la même émotion
que les dames sur lesquelles j'en avais fait à Lyon le premier essai:
elle demanda la grâce du héros. Elle suivait en cela son caractère, et
il n'était pas nécessaire que l'homme en péril fût un héros pour qu'elle
s'obstinât à le sauver. M. de Polignac (Armand) et M. de Rivière
(ci-après duc) en font foi.]
[2: L'assertion peut sembler hasardée. La liste de proscription émise en
1815 était signée Fouché. N'y a-t-il pas injustice à l'imputer à M. de
Talleyrand? Voyez _Bertrand et Raton_, ou _le Singe et le Chat_, fable
17 du IXe livre des _Fables nouvelles mises en vers par M. de La
Fontaine_.]
[3: Le comte Henri de Saint-Aignan avait pris fait et cause pour les
Bourbons contre la révolution quand il crut que le droit était pour eux;
il prit fait et cause pour la France contre la réaction des émigrés
quand il vit que le droit était pour elle. Ami de l'ordre fondé sur la
justice, et toujours Français d'intention, il ne défendit, soit comme
émigré, soit comme régnicole, que les intérêts qu'il crut ceux de la
France. Les mêmes principes le dirigèrent dans l'exercice des
magistratures auxquelles il fut appelé, soit par le choix du
gouvernement, soit par celui du peuple. Se refusant à servir les
passions du ministère à la Chambre élective, où il siégeait en 1819
comme député de la Loire-Inférieure, et menacé d'être destitué pour ce
fait de la préfecture qu'il occupait: _Votre place est à vous, mais ma
conscience est à moi_, répondit-il au ministre, et il vota contre la loi
qui altérait le mode électoral. Son frère, le comte Auguste de
Saint-Aignan, s'est signalé comme lui dans la même Chambre par un
attachement inébranlable aux principes _libéraux_. En 1813, il avait
rempli avec autant d'habileté que de fermeté les fonctions de ministre
plénipotentiaire à la cour de Dresde, à l'époque de la funeste bataille
de Leipsick. Ce sont des hommes dont on est heureux d'avoir occasion de
parler.]
[4: Cette _Histoire de la vie politique et militaire de Napoléon_,
imprimée dans un format gigantesque (grand carré vélin), par suite de la
nécessité de faire concorder les proportions du texte avec celles des
dessins litographiés qui l'accompagnent, est peu répandue dans le
commerce, mais elle est très-connue des compilateurs qui ont cru utile
de la mettre à contribution, et des étrangers qui ont cru avantageux
d'en donner des contre-façons. On ne trouve que dans les grandes
bibliothèques cet ouvrage, publié par souscription. Comme la seule
édition qui en ait été faite est depuis long-temps épuisée, l'auteur, si
Dieu lui prête vie, espère en faire une nouvelle, revue, corrigée,
complétée, et maniable. Il a ramassé à cet effet de précieux matériaux.]
[5: Pantagruel, liv. IV, chap. 8.]
[6: _Fricoteurs_, mot très-français, bien qu'il ne soit pas enregistré
dans le Dictionnaire de l'Académie; mot très-usuel à l'armée. Le
_fricoteur_ est un maraudeur perfectionné; il consomme cuit ce que
l'autre dérobe cru. Uniquement occupé du solide, le fricoteur reste sur
les derrières ou s'écarte sur les flancs des colonnes pendant qu'elles
marchent à la gloire. _Tournez la gueule du côté de la marmite_, ai-je
entendu dire dans mon enfance par Carlin ou par Arlequin (c'était tout
un), par Arlequin devenu général dans je ne sais quelle farce: les
_fricoteurs_ sont toujours tournés de ce côté-là. Ce commandement est
tous les jours pour eux l'ordre du jour.
Pris sur le fait, les _fricoteurs_ sont quelquefois traités avec
sévérité. Leurs délits toutefois sont moins de la compétence du conseil
de guerre que de celle de la chambrée. On ne les condamne pas à passer
par les armes, mais à recevoir la _savatte_, punition plus rigoureuse
qu'on ne croit, mais qui ne compromet pas leur tête.]
[7: Fleury, de la Comédie française.]
[8: C'est en présence de M. de Bourrienne que le général raconta ce
fait. Je ne crois pas l'avoir dénaturé, mais j'ai pu en oublier quelques
circonstances. Je compte, en ce cas, sur la véracité de ce témoin pour
rectifier mon récit.]
[9: _Ceci est à moi_: ces mots, dès qu'on les prononçait, produisaient
sur Dufalga reflet du briquet sur la poudre. Il prenait feu tout
aussitôt, et partait de là pour développer les théories les plus
singulières qui soient jamais passées par la tête d'un honnête homme.
Que d'honnêtes gens se sont trompés comme lui à l'époque de la
révolution, époque où toutes les questions sur lesquelles repose
l'organisation sociale étaient remises en discussion! que d'honnêtes
gens, avec la meilleure intention du monde, ont jeté alors de nouveaux
fermens de discorde dans la société qu'ils prétendaient régénérer! Tel
fut le tort de ce pauvre Brissot. Les erreurs de l'esprit, en certaines
circonstances, sont pires que des crimes.
Rien de plus recommandable d'ailleurs que la mémoire de Dufalga:
officier des plus distingués dans une arme où le courage seul ne suffit
pas à l'avancement, et où cet avancement ne s'acquiert que par une
intelligence supérieure, il était parvenu au grade de général de brigade
dans le génie, quand, après avoir perdu une jambe sur le champ de
bataille en Europe, il mourut en Asie des suites d'une blessure qu'il
avait reçue au siége de Saint-Jean-d'Acre.]
[10: Dans les Mémoires de Bourrienne. Plût à Dieu qu'on n'y trouvât que
cette erreur-là!]
[11: En latin homme ici se traduirait par _vir_.]
[12: Voir le _Médecin malgré lui_, acte III, scène 5, et le premier
livre des _Confessions_ de J. J. Rousseau.]
[13: Notre capitaine obéissait à une inspiration bien malheureuse quand
il attendait avec un équipage disparate et incomplet un bâtiment
évidemment supérieur au sien sous tous les rapports. Il y avait deux ans
que le _Sea-Horse_, frégate plus fort que la nôtre, et dont l'équipage
était tout anglais, tenait la mer, quand notre malheur nous la fit
rencontrer. «Chacun sur mon bord, me disait le capitaine Footes, connaît
si bien son poste et son service, que sans lumière chacun fait ce qu'il
doit faire, en pleine nuit comme en plein jour. J'aurais pu dès une
heure du matin vous attaquer; mais pourquoi réveiller mes gens, et les
fatiguer sans nécessité? À quelque heure que s'engageât le combat,
j'étais sûr de vous prendre.»
La chose est claire,
Et votre épée a prouvé cette affaire.
S'il avait ses raisons pour compter sur son monde, nous en avions pour
ne pas compter sur le nôtre. Le lendemain de l'affaire, les recrues
maltaises, qui la veille servaient sous notre pavillon, étaient toutes
passées sous le pavillon anglais. En traversant l'entre-pont du
_Sea-Horse_, je les vis boire à la santé du roi Georges.]
[14: Quatre auteurs ont parlé du travail de Socrate sur Ésope: