CHAPITRE VI.

Journée du 19 brumaire.--Conseils de Fouché.--Le Corps-Législatif

s'assemble à Saint-Cloud.--Création du consulat.

Un gouvernement avait été détruit le 18 brumaire, un gouvernement devait

être édifié le 19. Quel serait ce gouvernement? C'est ce que dans les

classes supérieures chacun se demandait pendant le court intervalle qui

sépara les deux périodes de la révolution accomplie en ces deux

journées. Le peuple seul attendait avec confiance le dénoûment de ce

grand drame dont Bonaparte était le héros autant par la force des choses

que par sa propre volonté.

La tâche qu'il avait à remplir était toutefois plus difficile qu'il ne

l'avait présumé. La force, qu'il savait mettre en usage avec tant

d'habileté, était la dernière ressource à laquelle il voulait recourir;

il lui fallait donc disposer les choses de manière à paraître céder à la

volonté générale quand tout obéissait à la sienne. Bien plus, il lui

fallait amener les républicains eux-mêmes à sanctionner une révolution

qui menaçait les institutions républicaines. Cela était-il possible? Un

corps délibérant, un corps où il y a autant de volontés que d'individus,

ne se manie pas aussi facilement qu'une armée où des milliers de têtes

n'ont qu'une même volonté. Le succès de la veille ne garantissait pas

celui du lendemain.

Il s'agissait le 19 de faire décréter par les deux conseils les mesures

arrêtées dans la soirée du 18 entre les chefs de la révolution,

c'est-à-dire la substitution de trois consuls aux cinq directeurs, et de

procéder immédiatement à la nomination de ces consuls qui gouverneraient

l'Etat jusqu'à ce qu'une commission instituée à cet effet lui eût donné

une organisation définitive. Tout cela ne pouvait être adopté sans

discussion.

En transférant le Corps-Législatif à Saint-Cloud, on avait habilement

manoeuvré. On avait séparé les démagogues de leur armée, on s'était donné

un champ de bataille plus favorable: c'était un avantage, mais non pas

une victoire. Ce qu'on avait fait jusque-là était conforme à la

constitution; ce qui restait à faire en était destructif. Ne devait-on

pas craindre que l'opposition qui s'était manifestée dans les conseils à

la proposition d'une mesure constitutionnelle, ne s'y reproduisît avec

plus de violence quand on connaîtrait le but de cette mesure? Pouvait-on

se dissimuler d'ailleurs qu'il se trouvât dans ces conseils des hommes

consciencieux et courageux que rien n'amènerait à composer avec les

circonstances, et qui mettraient leur gloire à défendre des institutions

auxquelles les attachaient leur caractère et leurs sermens; sincères

amis du peuple autour duquel se rangeaient une foule d'hommes turbulens

qui, tout à la fois impatiens de sujétion et avides de pouvoir,

chérissaient dans la république un état de choses qui mettait tout à la

merci des factieux dont ils disposaient? Démocrates soit par conviction,

soit par spéculation, ces républicains formaient la majorité dans le

conseil des Cinq-Cents.

Fouché avait bien calculé la puissance de cette majorité. Dans

l'entretien que nous eûmes avec lui, Regnauld et moi, avant de nous

rendre à Saint-Cloud: «L'autorité des baïonnettes, nous dit-il, est

moins puissante ici que celle des toges. L'important est de ne pas

laisser les meneurs engager les conseils dans des mesures qui

donneraient à leurs partisans du dehors le temps d'intervenir. Mieux

vaudrait brusquer l'événement. Quant à moi, mes précautions sont prises:

le premier qui remuera sera _jeté à la rivière_, poursuivit-il en se

servant d'une expression moins élégante qu'énergique. Je réponds de

Paris au général. C'est à lui à se répondre de Saint-Cloud.»

Le général aussi avait pris ses précautions. Murat occupait Saint-Cloud

avec la troupe de ligne; Ponsard, officier qui lui était affidé,

commandait la garde du Corps-Législatif, et Serrurier avec sa réserve

était posté au Point-du-Jour.

Les dispositions dans les deux conseils n'avaient pas été faites avec

moins de prudence. Les rôles y étaient partagés entre les orateurs

influens. Tout avait été ordonné, tout était prévu, tout, excepté la

circonstance qui pensa déconcerter les espérances justifiées par tant

d'habileté.

Quelque activité qu'on eût mise à disposer le local où chacun des

conseils devait s'assembler, il ne se trouva pas prêt à midi, heure

indiquée pour la convocation. Depuis midi jusqu'à deux heures, errant

dans les cours et les jardins du palais, les députés eurent tous le

temps de se sonder sur leurs opinions; de se communiquer leurs

appréhensions, de concerter leurs moyens de résistance et d'organiser

une opposition vigoureuse. Aussi la majorité des Cinq-Cents était-elle

déterminée à rejeter tout changement quand ce conseil entra en séance.

Emile Gaudin monte à la tribune. Après avoir voté des remercîmens aux

Anciens pour les résolutions par eux prises la veille dans l'intérêt

delà sûreté générale, il propose d'inviter ce conseil à faire connaître

sa pensée tout entière, et demande en outre que dans le conseil des

Cinq-Cents une commission de sept membres soit chargée de faire un

rapport sur la situation de la république. Cette proposition met le feu

aux poudres; toutes les passions se déchaînent avec la plus épouvantable

violence; et pour toute réponse le député Delbred requiert que tous les

membres soient sommés de prêter individuellement serment de fidélité à

la constitution de l'an III. Aucun député, y compris Lucien lui-même,

n'ose combattre cette proposition qui est accueillie avec acclamation.

Deux heures sont employées à cette formalité. Cependant les esprits

étaient travaillés en sens divers, et les uns perdaient en confiance ce

que les autres gagnaient en audace. On commençait à craindre que les

démocrates de Paris ne vinssent au secours de ceux de Saint-Cloud; on

commençait à craindre que les soldats ne répondissent aux fréquens

appels qui leur étaient adressés au nom du peuple par plus d'un de ses

représentans. Déjà les politiques chancelaient; déjà plus d'un brave

homme trouvait qu'on s'était trop imprudemment engagé. Un des généraux,

qui était venu là en douillette de soie, Bonaparte n'ayant pas cru

devoir l'admettre dans la confidence de son projet, et qui la veille lui

avait dit: _Est-ce que vous ne comptez pas toujours sur votre petit

Augereau?_ lui disait déjà: «Eh bien, te voilà dans une jolie

position!--Nous en sortirons, répondit Bonaparte. _Souviens-toi

d'Arcole_.» Dans cette position si bien prévue par Fouché, il n'y avait

plus un moment à perdre.

Bonaparte se présente aux Anciens, «La république, leur dit-il, n'a plus

de gouvernement. Les factions s'agitent; l'heure de prendre un parti est

arrivée. Vous avez appelé mon bras et celui de mes compagnons d'armes au

secours de votre sagesse. Nous voici. Je sais qu'on parle de César, de

Cromwell; je ne veux que le salut de la république. Je ne veux

qu'appuyer les décisions que vous allez prendre... Grenadiers, dont

j'aperçois les bonnets «aux portes de cette salle, vous ai-je jamais

trompés? Ai-je trahi mes promesses, lorsqu'au milieu de toutes les

privations je vous promettais l'abondance?--Jamais, s'écrient les

grenadiers.

«--Eh bien, général, dit Linglet, membre du conseil, jurez avec nous

fidélité à la constitution de l'an III. C'est jurer de sauver la

république.

«--La constitution, réplique Bonaparte, la constitution! vous n'en avez

plus. Vous l'avez violée au 18 fructidor, quand le gouvernement

attentait à l'indépendance du Corps-Législatif; vous l'avez violée au 3

prairial, quand le Corps-Législatif attentait à l'indépendance du

gouvernement[31]; vous l'avez violée au 22 floréal, quand par un décret

sacrilége le gouvernement et le Corps-Législatif ont attenté à la

souveraineté du peuple en cassant les élections faites par lui. La

constitution violée, il faut un nouveau pacte et de nouvelles

garanties.»

Ce discours énergique et précis entraînait l'assemblée. Un orateur ose

toutefois accuser le général comme auteur d'une conspiration qui

menaçait la liberté publique. «Elle est menacée par vingt conspirations

différentes, réplique Bonaparte. J'ai le secret de tous les partis.

_Tous sont venus sonner à ma porte;_ tous sont venus me solliciter de

les aider à renverser la constitution, dans des buts différens à la

vérité. Les uns veulent y substituer une démocratie modérée où tous les

intérêts ce nationaux et toutes les propriétés soient garantis. Les

autres, se fondant sur les dangers de la patrie, parlent de rétablir le

gouvernement révolutionnaire dans toute son énergie, c'est-à-dire dans

toute son horreur. D'autres songent même à rétablir ce que la révolution

a détruit: _c'est pour conserver ce quelle a acquis de bon_ que je suis

armé par votre ordre. Législateurs, que les projets que je vous dénonce

ne vous effraient pas. Avec l'appui de mes frères d'armes, je saurai

vous délivrer. Si quelque orateur payé par l'étranger parlait _de me

mettre hors la loi_, qu'il prenne garde de porter cet arrêt contre

lui-même. Fort de la justice de ma cause et de la droiture de mes

intentions, je m'en remettrai à mes amis, à vous et à ma fortune.»

Après avoir parlé ainsi il sortit.

Ceux de ses adhérens qui ne faisaient pas partie des conseils ou des

troupes assemblées à Saint-Cloud, attendaient cependant les décrets qui

devaient confirmer et compléter ce qui avait été fait la veille, et les

attendaient avec quelque impatience. Réunis à M. de Talleyrand dans une

maison qui, louée pour un an par M. Collot, ne devait être occupée qu'un

jour, ces conspirateurs civils, parmi lesquels se trouvaient plus d'un

avocat, et même plus d'un abbé, s'étonnaient de voir les heures se

succéder sans résultat; ils n'avaient pas appris sans inquiétude le

moyen dilatoire auquel le conseil des Cinq-Cents recourait; et comme je

leur avais fait part des avis donnés par Fouché, frappés de leur

justesse, ils m'avaient pressé d'aller rejoindre le général et de les

lui porter.

Favorisé par le désordre qui règne en pareille circonstance, je pénètre

dans l'intérieur du château de Saint-Cloud. Bonaparte sortait du conseil

des Anciens. Guidé par les renseignemens de gens que je rencontre, de

celui-ci qui me connaît, de celui-là qui croit me connaître, je le

rejoins dans un petit escalier tournant, qu'il descendait lentement avec

Sieyès. Au bruit de mes pas, il se retourne. «Qu'est-ce?--Général, j'ai

vu Fouché.--Eh bien?--Il vous répond de Paris; mais c'est à vous,

dit-il, à vous de répondre de Saint-Cloud.--Comment?--Il est d'avis

qu'il faut brusquer les choses, pour peu qu'on essaie de vous enlacer

dans des délais; tel est aussi l'avis de vos amis les plus dévoués, _les

plus sûrs_, à commencer par le citoyen Talleyrand; il n'y a pas de temps

à perdre, disent-ils.--Il n'y a pas de temps perdu, me répondit-il en

souriant; un peu de patience, et tout s'arrangera.» Puis, continuant de

descendre, il me quitta au bas de l'escalier, et j'allai rejoindre mes

mandataires, à qui je portai cette réponse. Elle ne les rassura guère.

L'abbé Desrenaude, aide de camp en cette journée d'un héros dont il

avait été grand-vicaire, ne montrait pas autant de tranquillité que lui,

non plus que l'avocat Moreau de Saint Méri qui pesait la gravité des

circonstances avec toute la prud'homie d'un bailli d'opéra-comique. Les

laissant discuter tout à l'aise, je retournai dans la cour du palais

attendre le dénoûment de cette tragédie.

Il pouvait être sanglant. Les forcenés du conseil des Cinq-Cents

proposaient de mettre Bonaparte _hors la loi_. Ils sommaient leur

président, c'était Lucien! de mettre aux voix cette proposition, quand

Bonaparte lui-même paraît. Laissant à la porte les militaires qui

l'accompagnaient, il s'avance en face du bureau, vers la barre établie

au milieu de la salle. À peine a-t-il fait les deux tiers du chemin, que

la majeure partie des membres se lève en criant _à bas le dictateur!

mort au tyran!_ Cent bras le menaçaient; les poignards même étaient

tirés; César tombait au milieu du sénat. Se jetant le sabre à la main à

travers cette armée en toge, des soldats enveloppent et enlèvent leur

général; l'un d'eux, le brave Tomé, détourne même à son propre péril un

coup que le Corse Arena destinait à son aventureux compatriote.

La retraite de Bonaparte ne calma pas le tumulte. On enjoint derechef au

président de mettre aux voix le décret de proscription. «Misérables!

s'écrie Lucien, vous exigez que je mette _hors la loi_ mon frère, le

sauveur de la patrie, celui dont le nom seul fait trembler les rois! Je

dépose les marques de la magistrature populaire, et je me présente à la

tribune comme défenseur de celui que vous m'ordonnez d'immoler sans

l'entendre.»

En effet, dépouillant les insignes de la présidence, Lucien s'était

élancé du fauteuil à la tribune, quand un détachement de grenadiers qui,

criant _vive la république!_ avait été accueilli en auxiliaire par

l'opposition, s'empare de lui, grâce à cette erreur, et le tire sans

violence de la position périlleuse où il était engagé.

Lucien qui, dans cette journée, eut tous les genres de courage comme

tous les genres d'éloquence, monte aussitôt à cheval, et s'adressant à

ceux qui l'entouraient: «Général, et vous soldats, le président du

conseil des Cinq-Cents vous déclare que des factieux, le poignard à

main, ont violé les délibérations; il requiert contre eux la force

publique. Le conseil des Cinq-Cents est dissous.--Président, répondit le

général, cela sera fait.»

Aussitôt le tambour se fait entendre; et l'enceinte du conseil où Murat

est entré l'épée à la main n'est plus occupée que par des grenadiers.

Cela s'exécuta presque aussi rapidement que je le raconte. À peine

avons-nous eu le temps de réfléchir aux conséquences que pouvait

entraîner la mesure _peu constitutionnelle_ employée par le général et

conseillée par la force des choses plus impérieusement encore que par

Fouché.

Lavalette, qui me rappelle dans ses Mémoires qu'alors je me trouvais sur

le péristyle du palais entre lui et le citoyen Talleyrand, prétend qu'à

la nouvelle du décret qui mettait hors la loi Bonaparte et ses

partisans, je pâlis ainsi que mon noble complice. Lavalette se

trompe[32]. La pâleur subite eût été un signe d'effroi, et, sans

exagérer mon courage, je me sens autorisé à le dire, ma confiance dans

le génie de Bonaparte était si absolue, que je n'ai pas douté un seul

moment, pendant cette journée, du succès de son entreprise, si incertain

qu'il ait été. Je le dis avec la franchise que j'ai mise à rendre compte

de mes émotions pendant le combat de _la Sensible_. D'ailleurs, comment

Lavalette a-t-il pu remarquer la moindre altération dans le teint de

deux hommes aussi pâles habituellement qu'il est possible de l'être?

Chacun sait que M. de Talleyrand n'a jamais changé de couleur,

positivement parlant; chacun sait qu'aucune impression ne se reproduit

sur ce visage aussi imperturbable que celui du commandeur du _Festin de

Pierre_ ou de l'abbé de plâtre. J'étais dans ma jeunesse presque aussi

décoloré que lui; et si mon teint éprouvait quelque altération, ce

n'était que pour rougir; certes, je n'en avais pas alors l'occasion.

Lavalette ajoute, au reste, que nous ne fîmes pas retraite. Cela est

vrai; et c'eût été une preuve de courage si nous avions eu peur, car ce

n'est pas à ne point éprouver la peur, mais à la surmonter que le

courage consiste.

Je ne sortis de Saint-Cloud, l'affaire terminée, que pour me rendre à

Meudon, où je retrouvai M. de Talleyrand chez une femme aimable et

belle, Mme Simons, grâce à laquelle nous dînâmes aussi gaiement qu'on

peut dîner un jour de victoire, et beaucoup mieux qu'on ne dîne sur le

champ de bataille. MM. de Monteron et de Sainte-Foix étaient des nôtres,

mais non pas Regnauld; le général l'avait retenu pour assister à un

conseil, véritable conseil d'Etat, convoqué par urgence avant son

organisation. Quant aux autres conspirateurs, abbés, avocats, ou

bourgeois, que nous avions laissés au quartier-général, j'ignore ce

qu'ils devinrent.

Le général resta à Saint-Cloud, d'où il ne partit qu'à trois heures du

matin, non sans avoir pourvu aux besoins présens de la république.

Pendant que nous dînions, les débris des Cinq-Cents, réunis à la

totalité des Anciens, décrétèrent l'abolition du Directoire, l'expulsion

de soixante-cinq membres du conseil des _jeunes_, l'ajournement à trois

mois de la réunion des conseils législatifs, la création de deux

commissions de vingt-cinq membres tirés de chacun des conseils pour les

remplacer provisoirement, et la création d'une magistrature nouvelle qui

exercerait le pouvoir exécutif jusqu'à la création d'une nouvelle

constitution. Les trois personnages qui, sous le nom de Consuls, furent

portés à cette magistrature, sont Roger-Ducos, Sieyès, et Bonaparte.

La prestation de serment de fidélité au nouvel ordre de choses, en

attendant mieux, termina cette longue et laborieuse journée.

Ainsi finit la constitution de l'an III. Si la révolution qui la

renversa ne s'effectua pas sans violence, du moins fut-elle exempte de

sang. On n'attendait qu'un mot, qu'un signe pour en répandre. Non

seulement le meurtre ne fut pas ordonné, mais il fut défendu. Le premier

usage que le nouveau magistrat fit de son autorité fut de soustraire à

la proscription ceux qui l'avaient proscrit. Un général lui ayant

demandé cinquante hommes pour tendre un guet-apens aux députés fugitifs

et les fusiller sur la route de Paris, il s'y refusa avec horreur.

La tranquillité de cette grande ville exigeait cependant que ces députés

n'y rentrassent pas avant qu'on eût pris les précautions propres à

comprimer la faction à laquelle ils pourraient se rallier. On expédia de

Saint-Cloud, en conséquence, des hommes affidés à toutes les barrières,

sous la direction d'un certain Turot, ci-devant comédien, alors

secrétaire général de la police, lequel espérait profiter de la

circonstance pour dégoter son patron, ou se mettre en son lieu et place.

Quel fut son désappointement de trouver ces postes occupés par des agens

que Fouché avait chargés de la même mission! Instruit à temps de la

victoire, ce ministre s'était empressé de donner au bonheur cette preuve

de prévoyance et de dévouement.

Il avait d'ailleurs tenu parole, non qu'il eût jeté personne à la

rivière, mais il avait su maintenir la tranquillité dans Paris. C'est

sans doute à sa conduite habile qu'il dut la conservation de sa place et

la confiance que lui témoigna le premier consul en dépit de ses

préventions.

Ici se termine la première partie de ma vie et de mes souvenirs. Appelé,

par suite de la journée de brumaire, à des fonctions administratives,

lorsque Lucien Bonaparte prit la direction du ministère de l'intérieur,

je me vis, sans trop avoir changé de relations, jeté dans une sphère

nouvelle, par cela seul que la condition de mes amis avait changé, et

qu'ils étaient devenus des personnages plus importans, des personnages

très-importans, des ministres, des maréchaux, des ducs, des princes, des

rois, que sais-je! Cela donne une nouvelle physionomie à leur histoire

et à la mienne. Aurai-je le loisir et le temps de la raconter?

Souvenirs d'un sexagénaire, Tome IV · 第 39 / 53 题