Journée du 19 brumaire.--Conseils de Fouché.--Le Corps-Législatif
s'assemble à Saint-Cloud.--Création du consulat.
Un gouvernement avait été détruit le 18 brumaire, un gouvernement devait
être édifié le 19. Quel serait ce gouvernement? C'est ce que dans les
classes supérieures chacun se demandait pendant le court intervalle qui
sépara les deux périodes de la révolution accomplie en ces deux
journées. Le peuple seul attendait avec confiance le dénoûment de ce
grand drame dont Bonaparte était le héros autant par la force des choses
que par sa propre volonté.
La tâche qu'il avait à remplir était toutefois plus difficile qu'il ne
l'avait présumé. La force, qu'il savait mettre en usage avec tant
d'habileté, était la dernière ressource à laquelle il voulait recourir;
il lui fallait donc disposer les choses de manière à paraître céder à la
volonté générale quand tout obéissait à la sienne. Bien plus, il lui
fallait amener les républicains eux-mêmes à sanctionner une révolution
qui menaçait les institutions républicaines. Cela était-il possible? Un
corps délibérant, un corps où il y a autant de volontés que d'individus,
ne se manie pas aussi facilement qu'une armée où des milliers de têtes
n'ont qu'une même volonté. Le succès de la veille ne garantissait pas
celui du lendemain.
Il s'agissait le 19 de faire décréter par les deux conseils les mesures
arrêtées dans la soirée du 18 entre les chefs de la révolution,
c'est-à-dire la substitution de trois consuls aux cinq directeurs, et de
procéder immédiatement à la nomination de ces consuls qui gouverneraient
l'Etat jusqu'à ce qu'une commission instituée à cet effet lui eût donné
une organisation définitive. Tout cela ne pouvait être adopté sans
discussion.
En transférant le Corps-Législatif à Saint-Cloud, on avait habilement
manoeuvré. On avait séparé les démagogues de leur armée, on s'était donné
un champ de bataille plus favorable: c'était un avantage, mais non pas
une victoire. Ce qu'on avait fait jusque-là était conforme à la
constitution; ce qui restait à faire en était destructif. Ne devait-on
pas craindre que l'opposition qui s'était manifestée dans les conseils à
la proposition d'une mesure constitutionnelle, ne s'y reproduisît avec
plus de violence quand on connaîtrait le but de cette mesure? Pouvait-on
se dissimuler d'ailleurs qu'il se trouvât dans ces conseils des hommes
consciencieux et courageux que rien n'amènerait à composer avec les
circonstances, et qui mettraient leur gloire à défendre des institutions
auxquelles les attachaient leur caractère et leurs sermens; sincères
amis du peuple autour duquel se rangeaient une foule d'hommes turbulens
qui, tout à la fois impatiens de sujétion et avides de pouvoir,
chérissaient dans la république un état de choses qui mettait tout à la
merci des factieux dont ils disposaient? Démocrates soit par conviction,
soit par spéculation, ces républicains formaient la majorité dans le
conseil des Cinq-Cents.
Fouché avait bien calculé la puissance de cette majorité. Dans
l'entretien que nous eûmes avec lui, Regnauld et moi, avant de nous
rendre à Saint-Cloud: «L'autorité des baïonnettes, nous dit-il, est
moins puissante ici que celle des toges. L'important est de ne pas
laisser les meneurs engager les conseils dans des mesures qui
donneraient à leurs partisans du dehors le temps d'intervenir. Mieux
vaudrait brusquer l'événement. Quant à moi, mes précautions sont prises:
le premier qui remuera sera _jeté à la rivière_, poursuivit-il en se
servant d'une expression moins élégante qu'énergique. Je réponds de
Paris au général. C'est à lui à se répondre de Saint-Cloud.»
Le général aussi avait pris ses précautions. Murat occupait Saint-Cloud
avec la troupe de ligne; Ponsard, officier qui lui était affidé,
commandait la garde du Corps-Législatif, et Serrurier avec sa réserve
était posté au Point-du-Jour.
Les dispositions dans les deux conseils n'avaient pas été faites avec
moins de prudence. Les rôles y étaient partagés entre les orateurs
influens. Tout avait été ordonné, tout était prévu, tout, excepté la
circonstance qui pensa déconcerter les espérances justifiées par tant
d'habileté.
Quelque activité qu'on eût mise à disposer le local où chacun des
conseils devait s'assembler, il ne se trouva pas prêt à midi, heure
indiquée pour la convocation. Depuis midi jusqu'à deux heures, errant
dans les cours et les jardins du palais, les députés eurent tous le
temps de se sonder sur leurs opinions; de se communiquer leurs
appréhensions, de concerter leurs moyens de résistance et d'organiser
une opposition vigoureuse. Aussi la majorité des Cinq-Cents était-elle
déterminée à rejeter tout changement quand ce conseil entra en séance.
Emile Gaudin monte à la tribune. Après avoir voté des remercîmens aux
Anciens pour les résolutions par eux prises la veille dans l'intérêt
delà sûreté générale, il propose d'inviter ce conseil à faire connaître
sa pensée tout entière, et demande en outre que dans le conseil des
Cinq-Cents une commission de sept membres soit chargée de faire un
rapport sur la situation de la république. Cette proposition met le feu
aux poudres; toutes les passions se déchaînent avec la plus épouvantable
violence; et pour toute réponse le député Delbred requiert que tous les
membres soient sommés de prêter individuellement serment de fidélité à
la constitution de l'an III. Aucun député, y compris Lucien lui-même,
n'ose combattre cette proposition qui est accueillie avec acclamation.
Deux heures sont employées à cette formalité. Cependant les esprits
étaient travaillés en sens divers, et les uns perdaient en confiance ce
que les autres gagnaient en audace. On commençait à craindre que les
démocrates de Paris ne vinssent au secours de ceux de Saint-Cloud; on
commençait à craindre que les soldats ne répondissent aux fréquens
appels qui leur étaient adressés au nom du peuple par plus d'un de ses
représentans. Déjà les politiques chancelaient; déjà plus d'un brave
homme trouvait qu'on s'était trop imprudemment engagé. Un des généraux,
qui était venu là en douillette de soie, Bonaparte n'ayant pas cru
devoir l'admettre dans la confidence de son projet, et qui la veille lui
avait dit: _Est-ce que vous ne comptez pas toujours sur votre petit
Augereau?_ lui disait déjà: «Eh bien, te voilà dans une jolie
position!--Nous en sortirons, répondit Bonaparte. _Souviens-toi
d'Arcole_.» Dans cette position si bien prévue par Fouché, il n'y avait
plus un moment à perdre.
Bonaparte se présente aux Anciens, «La république, leur dit-il, n'a plus
de gouvernement. Les factions s'agitent; l'heure de prendre un parti est
arrivée. Vous avez appelé mon bras et celui de mes compagnons d'armes au
secours de votre sagesse. Nous voici. Je sais qu'on parle de César, de
Cromwell; je ne veux que le salut de la république. Je ne veux
qu'appuyer les décisions que vous allez prendre... Grenadiers, dont
j'aperçois les bonnets «aux portes de cette salle, vous ai-je jamais
trompés? Ai-je trahi mes promesses, lorsqu'au milieu de toutes les
privations je vous promettais l'abondance?--Jamais, s'écrient les
grenadiers.
«--Eh bien, général, dit Linglet, membre du conseil, jurez avec nous
fidélité à la constitution de l'an III. C'est jurer de sauver la
république.
«--La constitution, réplique Bonaparte, la constitution! vous n'en avez
plus. Vous l'avez violée au 18 fructidor, quand le gouvernement
attentait à l'indépendance du Corps-Législatif; vous l'avez violée au 3
prairial, quand le Corps-Législatif attentait à l'indépendance du
gouvernement[31]; vous l'avez violée au 22 floréal, quand par un décret
sacrilége le gouvernement et le Corps-Législatif ont attenté à la
souveraineté du peuple en cassant les élections faites par lui. La
constitution violée, il faut un nouveau pacte et de nouvelles
garanties.»
Ce discours énergique et précis entraînait l'assemblée. Un orateur ose
toutefois accuser le général comme auteur d'une conspiration qui
menaçait la liberté publique. «Elle est menacée par vingt conspirations
différentes, réplique Bonaparte. J'ai le secret de tous les partis.
_Tous sont venus sonner à ma porte;_ tous sont venus me solliciter de
les aider à renverser la constitution, dans des buts différens à la
vérité. Les uns veulent y substituer une démocratie modérée où tous les
intérêts ce nationaux et toutes les propriétés soient garantis. Les
autres, se fondant sur les dangers de la patrie, parlent de rétablir le
gouvernement révolutionnaire dans toute son énergie, c'est-à-dire dans
toute son horreur. D'autres songent même à rétablir ce que la révolution
a détruit: _c'est pour conserver ce quelle a acquis de bon_ que je suis
armé par votre ordre. Législateurs, que les projets que je vous dénonce
ne vous effraient pas. Avec l'appui de mes frères d'armes, je saurai
vous délivrer. Si quelque orateur payé par l'étranger parlait _de me
mettre hors la loi_, qu'il prenne garde de porter cet arrêt contre
lui-même. Fort de la justice de ma cause et de la droiture de mes
intentions, je m'en remettrai à mes amis, à vous et à ma fortune.»
Après avoir parlé ainsi il sortit.
Ceux de ses adhérens qui ne faisaient pas partie des conseils ou des
troupes assemblées à Saint-Cloud, attendaient cependant les décrets qui
devaient confirmer et compléter ce qui avait été fait la veille, et les
attendaient avec quelque impatience. Réunis à M. de Talleyrand dans une
maison qui, louée pour un an par M. Collot, ne devait être occupée qu'un
jour, ces conspirateurs civils, parmi lesquels se trouvaient plus d'un
avocat, et même plus d'un abbé, s'étonnaient de voir les heures se
succéder sans résultat; ils n'avaient pas appris sans inquiétude le
moyen dilatoire auquel le conseil des Cinq-Cents recourait; et comme je
leur avais fait part des avis donnés par Fouché, frappés de leur
justesse, ils m'avaient pressé d'aller rejoindre le général et de les
lui porter.
Favorisé par le désordre qui règne en pareille circonstance, je pénètre
dans l'intérieur du château de Saint-Cloud. Bonaparte sortait du conseil
des Anciens. Guidé par les renseignemens de gens que je rencontre, de
celui-ci qui me connaît, de celui-là qui croit me connaître, je le
rejoins dans un petit escalier tournant, qu'il descendait lentement avec
Sieyès. Au bruit de mes pas, il se retourne. «Qu'est-ce?--Général, j'ai
vu Fouché.--Eh bien?--Il vous répond de Paris; mais c'est à vous,
dit-il, à vous de répondre de Saint-Cloud.--Comment?--Il est d'avis
qu'il faut brusquer les choses, pour peu qu'on essaie de vous enlacer
dans des délais; tel est aussi l'avis de vos amis les plus dévoués, _les
plus sûrs_, à commencer par le citoyen Talleyrand; il n'y a pas de temps
à perdre, disent-ils.--Il n'y a pas de temps perdu, me répondit-il en
souriant; un peu de patience, et tout s'arrangera.» Puis, continuant de
descendre, il me quitta au bas de l'escalier, et j'allai rejoindre mes
mandataires, à qui je portai cette réponse. Elle ne les rassura guère.
L'abbé Desrenaude, aide de camp en cette journée d'un héros dont il
avait été grand-vicaire, ne montrait pas autant de tranquillité que lui,
non plus que l'avocat Moreau de Saint Méri qui pesait la gravité des
circonstances avec toute la prud'homie d'un bailli d'opéra-comique. Les
laissant discuter tout à l'aise, je retournai dans la cour du palais
attendre le dénoûment de cette tragédie.
Il pouvait être sanglant. Les forcenés du conseil des Cinq-Cents
proposaient de mettre Bonaparte _hors la loi_. Ils sommaient leur
président, c'était Lucien! de mettre aux voix cette proposition, quand
Bonaparte lui-même paraît. Laissant à la porte les militaires qui
l'accompagnaient, il s'avance en face du bureau, vers la barre établie
au milieu de la salle. À peine a-t-il fait les deux tiers du chemin, que
la majeure partie des membres se lève en criant _à bas le dictateur!
mort au tyran!_ Cent bras le menaçaient; les poignards même étaient
tirés; César tombait au milieu du sénat. Se jetant le sabre à la main à
travers cette armée en toge, des soldats enveloppent et enlèvent leur
général; l'un d'eux, le brave Tomé, détourne même à son propre péril un
coup que le Corse Arena destinait à son aventureux compatriote.
La retraite de Bonaparte ne calma pas le tumulte. On enjoint derechef au
président de mettre aux voix le décret de proscription. «Misérables!
s'écrie Lucien, vous exigez que je mette _hors la loi_ mon frère, le
sauveur de la patrie, celui dont le nom seul fait trembler les rois! Je
dépose les marques de la magistrature populaire, et je me présente à la
tribune comme défenseur de celui que vous m'ordonnez d'immoler sans
l'entendre.»
En effet, dépouillant les insignes de la présidence, Lucien s'était
élancé du fauteuil à la tribune, quand un détachement de grenadiers qui,
criant _vive la république!_ avait été accueilli en auxiliaire par
l'opposition, s'empare de lui, grâce à cette erreur, et le tire sans
violence de la position périlleuse où il était engagé.
Lucien qui, dans cette journée, eut tous les genres de courage comme
tous les genres d'éloquence, monte aussitôt à cheval, et s'adressant à
ceux qui l'entouraient: «Général, et vous soldats, le président du
conseil des Cinq-Cents vous déclare que des factieux, le poignard à
main, ont violé les délibérations; il requiert contre eux la force
publique. Le conseil des Cinq-Cents est dissous.--Président, répondit le
général, cela sera fait.»
Aussitôt le tambour se fait entendre; et l'enceinte du conseil où Murat
est entré l'épée à la main n'est plus occupée que par des grenadiers.
Cela s'exécuta presque aussi rapidement que je le raconte. À peine
avons-nous eu le temps de réfléchir aux conséquences que pouvait
entraîner la mesure _peu constitutionnelle_ employée par le général et
conseillée par la force des choses plus impérieusement encore que par
Fouché.
Lavalette, qui me rappelle dans ses Mémoires qu'alors je me trouvais sur
le péristyle du palais entre lui et le citoyen Talleyrand, prétend qu'à
la nouvelle du décret qui mettait hors la loi Bonaparte et ses
partisans, je pâlis ainsi que mon noble complice. Lavalette se
trompe[32]. La pâleur subite eût été un signe d'effroi, et, sans
exagérer mon courage, je me sens autorisé à le dire, ma confiance dans
le génie de Bonaparte était si absolue, que je n'ai pas douté un seul
moment, pendant cette journée, du succès de son entreprise, si incertain
qu'il ait été. Je le dis avec la franchise que j'ai mise à rendre compte
de mes émotions pendant le combat de _la Sensible_. D'ailleurs, comment
Lavalette a-t-il pu remarquer la moindre altération dans le teint de
deux hommes aussi pâles habituellement qu'il est possible de l'être?
Chacun sait que M. de Talleyrand n'a jamais changé de couleur,
positivement parlant; chacun sait qu'aucune impression ne se reproduit
sur ce visage aussi imperturbable que celui du commandeur du _Festin de
Pierre_ ou de l'abbé de plâtre. J'étais dans ma jeunesse presque aussi
décoloré que lui; et si mon teint éprouvait quelque altération, ce
n'était que pour rougir; certes, je n'en avais pas alors l'occasion.
Lavalette ajoute, au reste, que nous ne fîmes pas retraite. Cela est
vrai; et c'eût été une preuve de courage si nous avions eu peur, car ce
n'est pas à ne point éprouver la peur, mais à la surmonter que le
courage consiste.
Je ne sortis de Saint-Cloud, l'affaire terminée, que pour me rendre à
Meudon, où je retrouvai M. de Talleyrand chez une femme aimable et
belle, Mme Simons, grâce à laquelle nous dînâmes aussi gaiement qu'on
peut dîner un jour de victoire, et beaucoup mieux qu'on ne dîne sur le
champ de bataille. MM. de Monteron et de Sainte-Foix étaient des nôtres,
mais non pas Regnauld; le général l'avait retenu pour assister à un
conseil, véritable conseil d'Etat, convoqué par urgence avant son
organisation. Quant aux autres conspirateurs, abbés, avocats, ou
bourgeois, que nous avions laissés au quartier-général, j'ignore ce
qu'ils devinrent.
Le général resta à Saint-Cloud, d'où il ne partit qu'à trois heures du
matin, non sans avoir pourvu aux besoins présens de la république.
Pendant que nous dînions, les débris des Cinq-Cents, réunis à la
totalité des Anciens, décrétèrent l'abolition du Directoire, l'expulsion
de soixante-cinq membres du conseil des _jeunes_, l'ajournement à trois
mois de la réunion des conseils législatifs, la création de deux
commissions de vingt-cinq membres tirés de chacun des conseils pour les
remplacer provisoirement, et la création d'une magistrature nouvelle qui
exercerait le pouvoir exécutif jusqu'à la création d'une nouvelle
constitution. Les trois personnages qui, sous le nom de Consuls, furent
portés à cette magistrature, sont Roger-Ducos, Sieyès, et Bonaparte.
La prestation de serment de fidélité au nouvel ordre de choses, en
attendant mieux, termina cette longue et laborieuse journée.
Ainsi finit la constitution de l'an III. Si la révolution qui la
renversa ne s'effectua pas sans violence, du moins fut-elle exempte de
sang. On n'attendait qu'un mot, qu'un signe pour en répandre. Non
seulement le meurtre ne fut pas ordonné, mais il fut défendu. Le premier
usage que le nouveau magistrat fit de son autorité fut de soustraire à
la proscription ceux qui l'avaient proscrit. Un général lui ayant
demandé cinquante hommes pour tendre un guet-apens aux députés fugitifs
et les fusiller sur la route de Paris, il s'y refusa avec horreur.
La tranquillité de cette grande ville exigeait cependant que ces députés
n'y rentrassent pas avant qu'on eût pris les précautions propres à
comprimer la faction à laquelle ils pourraient se rallier. On expédia de
Saint-Cloud, en conséquence, des hommes affidés à toutes les barrières,
sous la direction d'un certain Turot, ci-devant comédien, alors
secrétaire général de la police, lequel espérait profiter de la
circonstance pour dégoter son patron, ou se mettre en son lieu et place.
Quel fut son désappointement de trouver ces postes occupés par des agens
que Fouché avait chargés de la même mission! Instruit à temps de la
victoire, ce ministre s'était empressé de donner au bonheur cette preuve
de prévoyance et de dévouement.
Il avait d'ailleurs tenu parole, non qu'il eût jeté personne à la
rivière, mais il avait su maintenir la tranquillité dans Paris. C'est
sans doute à sa conduite habile qu'il dut la conservation de sa place et
la confiance que lui témoigna le premier consul en dépit de ses
préventions.
Ici se termine la première partie de ma vie et de mes souvenirs. Appelé,
par suite de la journée de brumaire, à des fonctions administratives,
lorsque Lucien Bonaparte prit la direction du ministère de l'intérieur,
je me vis, sans trop avoir changé de relations, jeté dans une sphère
nouvelle, par cela seul que la condition de mes amis avait changé, et
qu'ils étaient devenus des personnages plus importans, des personnages
très-importans, des ministres, des maréchaux, des ducs, des princes, des
rois, que sais-je! Cela donne une nouvelle physionomie à leur histoire
et à la mienne. Aurai-je le loisir et le temps de la raconter?