RACINE ET BOILEAU.

_A Mgr le maréchal de Luxembourg.--Félicitations sur la victoire

de Fleurus._

«Au milieu des louanges et des complimens que vous receués de tous

costés pour le grand seruice que vous venés de rendre à la France,

trouués bon, Monseigneur, qu’on vous remercie aussi du grand bien

que vous aués faict à l’Histoire, et du soin que vous prenés de

l’enrichir. Personne jusqu’ici n’y a trauaillé avec plus de succez

que vous, et la bataille que vous venés de gagner fera sans doute un

de ses plus magnifiques ornemens. Jamais il n’y en eut de si propre

à estre racontée, et tout s’y rencontre à la fois, la grandeur de

la querele, l’animosité des deux partis, l’audace et la multitude

des combattans, une résistance de plus de six heures, un carnage

horrible, et enfin une déroute entière des ennemis. Jugés donc

quel agrément c’est pour des historiens d’avoir de telles choses

à escrire, surtout quand ces historiens peuuent esperer d’en

apprendre de vostre bouche mesme le detail. C’est de quoi nous osons

nous flatter. Mais, laissant là l’Histoire à part, serieusement,

Monseigneur, il n’y a point de gens qui soient si veritablement

touchés que nous de l’heureuse victoire que vous aués remportée;

car, sans conter l’interest general que nous y prenons avec tout

le royaume, figurés vous quelle est notre joie d’entendre publier

partout que nos affaires sont restablies, toutes les mesures des

ennemis rompues, la France, pour ainsi dire, sauuée, et de songer

que le heros qui a faict tous ces miracles est ce mesme homme d’un

commerce si agréable, qui nous honore de son amitié, et qui nous

donna à disner le jour que le Roi lui donna le commandement de ses

armées.

«Nous sommes avec un profond respect, Monseigneur,

«Vos très-humbles et très-obéissant serviteurs,

«RACINE, DESPRÉAUX.

«A Paris, 8e de juillet 1690.»

Parmi les notes que j’ai prises en parcourant les manuscrits de Racine

déposés à la Bibliothèque impériale, j’ai remarqué ce passage dans sa

lettre à l’abbé Levasseur, 1661:

«Je lis des vers, je tasche d’en faire, je lis les avantures de

l’Arioste; je ne suis pas moi-même sans avanture..... Mais voilà les

massons qui arrivent.»

Et ailleurs, dans sa correspondance avec Boileau:

«Je vas au cabaret deux fois par jour; je commande à des massons.»

Mme de SÉVIGNÉ.

Dans une de ses lettres à Mme de Grignan, je vois écrits de sa

main le mot _tandresse_ quatre fois, et aussi par un _a_ les mots

_commancement, entandre, contante_. Voici cette lettre:

A Angers, mercredy 29 septembre.

«I’arive hier à cinq heures au pont de Se, après auoir veu le matin

a Saumur ma niece de Busy, et entandu la messe a la bonne Nostre

Dame, ie trouue sur le bort de ce pont vn carosse a six cheuaux qui

me parut estre mon fils. Cestoit son carosse et labé Charyer quil a

enuoyé me receuoir, parcequil est vn peu malade aux Rochers. Cet abé

me fut agreable, il a vne petite impression de Grignan par son pere

et par vous auoir veue, qui luy donne un pris au dessus de tout ce

qui pouuoit venir audeuant de moy. Il me donna vostre lettre ecritte

de Versailles, et ie ne me contraignis point deuant luy de repandre

quelques larmes tellement ameres que ie serois etoufée sil auoit falu

me contraindre. Ha ma bonne et tres aymable, que le comancement a

esté bien vangé. Vous affectes de paroistre vne véritable Dulcinee,

ha que vous lestes peu, et que iay veu au travers de la peine que

vous prenes a vous contraindre cette mesme douleur et cette mesme

tandresse qui nous fit repandre tant de larmes en nous separant. Ha

ma bonne, que mon cœur est penetré de vostre amitié, que ien suis

bien parfaitement persuadée, et que vous me faches quand, mesme

en badinant, vous dittes que ie deurois auoir vne fille come Mlle

Daleral et que vous estes imparfaite. Cette Aleral est aymable de

me regretter come elle fait, mais ne me souhaittes iamais rien que

vous. Vous estes pour moy toutes choses, et iamais on a esté aymee

sy parfaitement dvne fille bien aymee que je le suis de vous. Ha

quels tresors infinis mauez vous quelquefois cachés, ie vous assure

pourtant, ma tres chere bonne, que ie nay iamais douté du fons, mais

vous me combles presentemant de toutes ces richesses, et ie nen suis

digne que par la tres parfaite tandresse que iay pour vous, qui

passe au dela de tout ce que pourois vous en dire. Vous me paroisses

asses mal contante de vostre voyage et du dos de M. de Brancas,

vous aues trouué bien des portes fermées, vous aues, ce me semble,

fort bien fait denvoyer vostre lettre. On mande icy que le voyage

de la cour est retardé, peut estre poures vous reuoir M. de Lerme.

Enfin Dieu conduira cela come tout le reste. Vous saves bien come

ie suis pour ce qui vous touche, ma chere bonne, vous aures soin de

me mander la suitte. Ie viens denvoyer la lettre que vous ecriues a

mon fils; quelle tandresse vous y faites voir pour moy, quels soins,

que ne vous dois ie point, ma chere bonne. Ie consens que vous luy

fassies valoir mon depart dans cette saison; mais Dieu scait sy

l’impossibilité et la crainte dvn desordre honteux dans mes affaires

nen a pas esté la seule raison. SEUIGNÉ[238].»

[238] Extrait de l’_Isographie des hommes célèbres_ publiée par

Delarue, t. IV.

Observations sur l'orthographe ou ortografie française, suivies d'une histoire de la réforme orthographique depuis le XVe siècle jusqu'a nos jours · 第 69 / 124 题