DEUXIÈME ÉDITION.

Mais bientôt l’Académie, reconnaissant que l’utilité pratique était

préférable, renonça, dans sa SECONDE édition, en 1718, à ce classement

pour revenir à l’ordre alphabétique, moins rationnel sans doute, mais

plus pratique. C’est ce qu’elle annonçait ainsi dans sa préface:

«La forme en fut si différente, que l’Académie donna plutôt un

Dictionnaire nouveau qu’une nouvelle édition de l’ancien. L’ordre

étymologique, qui dans la spéculation avoit paru le plus convenable,

s’étant trouvé très-incommode, dut être remplacé par l’ordre

alphabétique, en sorte qu’il n’y eût plus aucun mot que, dans cette

seconde édition, on ne pût trouver d’abord et sans peine.»

L’Académie, sans se borner à ce grand changement, matériel, il est

vrai, mais si utile, donna à cette seconde édition un caractère tout

particulier en l’enrichissant d’un grand nombre de termes d’art et de

sciences dont l’usage avait pénétré dans la société. Elle s’appliqua

aussi à rectifier et éclaircir les définitions et compléter les

acceptions et significations diverses des mots. Le simple mot _bon_,

par exemple, reçut soixante-quatorze significations toutes différentes.

«On ne doit donc pas s’estonner, dit la préface, que ce travail, qui a

changé toute la forme du Dictionnaire, ait occupé durant tant d’années

les séances de l’Académie, et quant à l’orthographe, l’Académie, dans

cette nouvelle édition, comme dans la précédente, a suivi en beaucoup

de mots _l’ancienne maniere d’escrire_, mais sans prendre aucun parti

dans la dispute qui dure depuis si longtemps sur cette matière.»

Elle autorisa même, en quelque sorte, la liberté du choix entre

l’ancienne et la nouvelle.

Si elle ne supprima pas l’_s_ dans la foule de mots où cette lettre

ne se prononce pas, du moins elle prit soin d’indiquer le cas où le

son s’en est conservé. Cette différence se trouve donc indiquée dans

_hospice, hospitalité_, où _s_ se prononce, et _hoste, hostel_,

où l’_s_ ne se prononce pas, et également dans _christianisme_

et _chrestienté_. Elle modifia l’écriture de quelques mots, tels

que _éploré_, au lieu de _esploré_ et _espleuré_; elle écrivit

_noircissure_ et non _noircisseure_, et _sirop_, au lieu de _syrop_,

etc., et, en écrivant encore _yvroye_, elle nota que quelques-uns

prononçaient _yvraye_. Mais déjà bien des tentatives avaient été faites

ailleurs, même par des académiciens, en vue d’une réforme, et leur

influence ne devait pas tarder à se faire sentir dans le Dictionnaire

même.

Observations sur l'orthographe ou ortografie française, suivies d'une histoire de la réforme orthographique depuis le XVe siècle jusqu'a nos jours · 第 10 / 124 题