-- Non, Vernol, non, ne te flatte pas de me le mettre dans

cette condition.

Rose, qui avait vu que mon papa me l'avait mis de même,

s'écria qu'il n'avait pas à balancer, et jura qu'elle le

tiendrait plutôt.

-- Quoi, dit Vernol, quel serait donc l'obstacle qui pourrait

m'arrêter? Depuis longtemps, je suis à la torture; que ne

ferais-je pas, belle Laurette, pour jouir de vous et mourir

dans vos bras?

-- En ce cas, dit mon papa, Rose sera aussi de la partie.

Dans le moment, la table fut enlevée et le bassin recouvert;

un coussin épais en remplissait l'étendue et était enveloppé

d'un satin couleur puce, si propre à relever la blancheur.

Cette niche était le vrai sanctuaire de la volupté.

Nous fûmes à l'instant débarrassés de tout ce qui nous était

étranger, et nous montâmes sur cet autel avec les seuls

ornements de la nature, tels qu'ils étaient nécessaires pour

offrir nos voeux à la divinité que nous allions encenser et

pour les sacrifices que nous allions lui faire. Les glaces

répétaient de tous côtés nos différents attraits. J'admirais

ceux de Vernol. Ce beau garçon me prit dans ses bras, il me

couvrit de baisers et de caresses; il bandait de toute sa

force. Je tenais son vit; mon papa maniait ses fesses d'une

main et, de l'autre, les tétons ou le con de Rose qui nous

caressait tous trois. Cédant enfin à notre fureur amoureuse,

Vernol me renversa, écarta mes cuisses, baisa ma motte, mon

con, y mit sa langue, suça mon clitoris, se coucha sur moi et

me fit entrer son vit jusques aux gardes. Mon papa se mit

aussitôt sur lui. Rose était sur les genoux, appuyée sur les

coudes, son con tourné de mon côté; elle entrouvrit les fesses

de Vernol, en mouilla l'entrée et conduisit le vit de mon papa

dans la route qu'elle lui avait préparée. Pendant qu'ils

agissaient, elle chatouillait les couilles de l'un et de

l'autre. Je tenais son con, j'y mettais le doigt, je la

branlais; bientôt ma main fut toute mouillée, ses transports,

qui parurent les premiers, nous excitèrent vivement:

Vernol la suivit de près; mon papa s'en aperçut, il hâta sa

course qui m'était favorable; je doublai mes mouvements, et

nous tombâmes presque aussitôt dans la même extase: nos trois

individus unis n'en faisaient pour ainsi dire plus qu'un, que

Rose couvrait de ses baisers.

Revenus à nous-mêmes, nos caresses remplacèrent nos transports

et remplissaient le temps que le plaisir nous laissait à

parcourir; elles nous remirent bientôt en état de le ramener à

nous. Vernol avoua qu'il n'en avait jamais ressenti de pareil.

-- Il faut l'avoir connu, dit mon papa, pour pouvoir en juger.

Viens, ma chère Laurette, viens l'éprouver à ton tour. Vernol,

moins fourni que moi, ne te procurera que des douceurs. Belle

comme tu es, de quelque côté que ce soit il n'a rien à perdre.

Nous bandons, viens dans mes bras. Rose fera pour lui ce

qu'elle a fait pour moi, et branlera ton clitoris en arrière,

par-dessous les cuisses.

Je me jetai sur lui, je le mangeai de caresses. Rose

introduisit son vit dans mon con; elle ouvrit mon cul, elle

mit le vit de Vernol dans sa bouche, elle en mouilla la tête

ainsi que le passage où il devait entrer, et le conduisit

elle-même.

Placée comme elle était la première fois, elle me branlait et

caressait les fesses de Vernol, tandis que mon papa, le doigt

dans son con, la branlait aussi. Le sublime. plaisir annonça

bientôt sa présence, nous volions après lui, nous le saisîmes.

Ah! qu'il était grand! Nous déchargions tous, nous étions

inondés, le foutre ruisselait. Livrée aux plus vives

sensations, j'étais dans un état convulsif. Après avoir été

agitée comme un nageur qui se débat, un calme, non moins

voluptueux que le plaisir, lui succéda. Ce resserrement, ce

frottement dans toutes les parties délicates et sensibles, où

se trouve le trône de la suprême volupté, me la fit connaître

dans l'extrémité de son dernier période. Je ne pus mettre la

parallèle avec cette journée, que celle où j'avais fait le

sacrifice volontaire de mon pucelage.

Il fallut enfin se reposer; nous nous assîmes, et nous les

engageâmes de reprendre pour quelques instants leurs habits;

mais nous ne fûmes guère plus tranquilles: dans l'état où nous

étions, nos yeux, nos mains, nos bouches, nos langues, tout

rappela les désirs; nous parlions foutaise; nos tétons, nos

fesses, nos cons étaient maniés, baisés; nous les rendions,

ces caresses, des vits et des couilles en étaient les objets.

Bientôt les effets en parurent avec fierté, nous les

ressentîmes aussi; nous bandions tous encore, nos clitoris

gonflés le démontraient aussi bien que la fermeté de leurs

vits; nous courûmes sur les traces du plaisir qui nous avait

échappé; nous le ramenâmes à nous pour le laisser fuir encore;

mais je voulus que Rose eût une part plus solide que celle qui

lui était tombée jusqu'alors; je la fis coucher les genoux

élevés; mon papa se mit à côté d'elle et, passant ses cuisses

par-dessous ses jambes qu'elle mit en l'air, son vit se

trouvait pointé sur le but; je me mis sur elle, sa tête entre

mes genoux et entre ceux de Vernol qui me le mettait en

levrette. Je mis le vit de mon papa dans son con; il s'y

perdait et reparaissait tour à tour; il prenait nos tétons à

l'une et à l'autre; je la branlais, elle me rendait le même

office; mon con était sur ses yeux; le vit de Vernol qui

allait et venait, ses couilles qui se balançaient, formaient

un spectacle enchanteur pour elle, qui produisit un tel effet

sur ses sens que, dans le même temps que nous mîmes à chercher

le plaisir pour le savourer, Rose avait déjà ressenti quatre

fois ses attraits; quatre fois ses élancements et ses

transports, ses expressions: je me meurs, je décharge, nous en

donnèrent des preuves certaines. Enfin, nos fouteurs de

dessous se réunissant, Rose reçut, dans un cinquième et

copieux épanchement de sa part, le foutre dont mon papa

l'inonda. Leur plaisir excitant le nôtre, nous jouîmes presque

en même temps qu'eux de ces enchantements que nous nous

hâtions d'atteindre.

Rose se mourait: si elle chérissait le plaisir, celui-ci ne la

fuyait pas; elle en ressentait les effets des trois et quatre

fois contre nous une; son con était une source de foutre; il

lui causait un plaisir si vif qu'elle pinçait et mordait

toutes les fois qu'elle le répandait. Enfin, elle tomba dans

cet état d'anéantissement où l'on ne connaît et ne sent rien

que l'excès des sensations délicieuses qu'il procure. Dès

qu'elle en fut revenue, elle fit tant d'éloges de cette

attitude que je voulus jouir à mon tour de la même

perspective. Aussi, dès que nos forces furent rétablies, nous

n'y changeâmes presque rien; je pris seulement la place

qu'elle occupait, elle se mit sur moi, Vernol la foutait. Ma

tête entre leurs cuisses, je voyais tous leurs mouvements, et

nous nous branlions l'une et l'autre, pendant que le vit de

mon papa fournissait pour moi sa carrière.

Ce quatrième acte fini, nous étions fatigués, brisés, excédés;

nous avions grand besoin de réparer nos pertes. Nous nous

relevâmes, mon papa fit redescendre la table et nous ranimâmes

nos forces par les restaurants que nous prîmes. Le repos nous

était bien nécessaire. Dès que la table fut relevée, nous nous

couchâmes tous quatre, les uns sur les autres, nos bras et nos

cuisses entrelacés, tenant chacun le cher objet de tous nos

voeux et le divin moteur de nos plaisirs.

Après une bonne heure de sommeil, Rose, éveillée par un songe

voluptueux, nous tira bientôt de l'espèce de léthargie où nous

étions plongés. Nos caresses et nos baisers recommencèrent;

mais, loin de nous précipiter, nous badinions avec nos désirs

pour en allonger la durée, en multipliant la jouissance, en

retardant l'approche du plaisir: nous allions jusqu'à lui,

nous le repoussions, il nous poursuivait. Rose l'avait déjà

saisi deux ou trois fois; à notre tour il nous atteignit

aussi: il n'est pas sûr de jouer avec lui. Il fut enfin

victorieux, et nous terminâmes cette journée par un cinquième

acte dont Rose fut l'héroïne.

Couché sur mon papa qui l'enfilait par le grand chemin, Vernol

se présentait à la porte de derrière. J'avais pris l'attitude

qu'elle avait tenue; je mis tout en place et je lui rendais

les mêmes services que j'en avais reçus, pendant que mon papa

me prodiguait des caresses semblables; mais, par un nouveau

badinage, Vernol changeait de temps en temps de route: il

quittait celle où je l'avais conduit pour aller s'accoler avec

mon papa dans le chemin qu'il occupait. Rose trouvait

admirable de les avoir ensemble: il était heureux pour elle

que la même voie pût se prêter à deux de front; mais, au

dernier moment, Vernol reprit le sentier où je l'avais guidé

et qu'il avait occupé d'abord.

Elle trouva ce dénouement divin et supérieur à tout ce qu'elle

avait éprouvé jusqu'alors; aussi s'écria-t-elle, dans son

enthousiasme:

-- Que je serais heureuse, et que la mort me serait douce si je

perdais la vie dans un moment si délicieux!

Nous rîmes de son idée, et nous la trouvâmes bien analogue à

son tempérament et à sa façon de penser.

Avant de reprendre nos vêtements, mon père découvrit de

nouveau le bassin; je fus enchantée de ce soin; je m'y

plongeai dans l'instant, ils m'y suivirent aussitôt. Je

retirai l'éponge et j'introduisis de l'eau dans le lieu

qu'elle avait occupé. Cette première ablution faite, nous la

renouvelâmes et nous y rimes couler une essence qui nous

embaumait. Ce second bain porta le calme et la fraîcheur dans

tous nos sens. L'heure s'avançait, nous nous hâtâmes d'en

sortir.

Après nous être rhabillés, nous rimes encore quelques tours

dans les jardins. Enfin, nous remontâmes en voiture sur les

huit heures, et nous rentrâmes en ville une heure après.

Depuis ce jour, et dans les premiers temps qui le suivirent,

Rose ne cessait de me presser de répéter cette scène.

Je m'y prêtai d'abord. Peu après je ne me rendais que par

complaisance pour elle qui, sur la fin, en était seule le

coryphée. Enfin, elle me devint insipide, je l'aurais trouvée

même à charge si mon papa n'eût été de la partie. Cette

dégradation ne lui avait point échappé, il en fut enchanté.

Mon ivresse pour Vernol, que mes yeux et mes sens avaient

seuls produite et où le coeur n'avait point de part, se

dissipait tous les jours: soustraction faite de sa figure et

de sa douceur, on ne trouvait plus rien en lui; elle

s'éteignit totalement et ne me laissa que des regrets; je

revins tout entière au penchant de mon coeur et à mon

attachement qui, loin de diminuer, avait pris de nouvelles

forces. Je regardais mon père comme un homme extraordinaire,

unique, un vrai philosophe au-dessus de tout, mais en même

temps aimable et fait pour toucher réellement un coeur; je

l'aimais, je l'adorais. Ah! chère Eugénie, ce sont les

qualités de l'âme qui, seules, nous fixent, nous enchaînent

indépendamment des sens et coupent les ailes de notre

inconstance naturelle. Les hommes qui réfléchissent n'y

résistent point quand ils les rencontrent, et toute leur

infidélité leur cède: enfin, j'étais le seul objet de sa

tendre affection, comme il l'était de celle de mon coeur. Les

événements qui suivirent achevèrent d'anéantir ces liaisons

que j'avais déjà commencé de rompre.

Une aventure où Rose brisa plusieurs lances avec trop

d'effronterie et d'imprudence acheva de m'aliéner d'elle et de

Vernol, lorsqu'ils m'en eurent fait un détail que je sus tirer

d'eux. Je fus convaincue que la délicatesse des sentiments

n'habitait point leurs coeurs, et qu'ils n'avaient l'un et

l'autre que ceux de la passion la plus effrénée et la plus

indiscrète. Cette manière d'être et de penser n'étant point

uniforme avec la mienne, je fus entièrement décidée sur leur

compte.

Je t'ai déjà dit que je ne les voyais plus aussi souvent, ce

qui les engageait à chercher de leur côté tous les amusements

qu'ils pouvaient se procurer: la promenade en faisait partie.

Vernol, conduisant un jour Rose dans un jardin public,

rencontra quatre de ses camarades de collège, dont le plus âgé

avait à peine vingt ans. Reconnaissance, essor de joie,

embrassades, questions multipliées: d'où viens-tu?

Que fais-tu? Où vas-tu? Quelle est cette belle? La réponse à

la dernière demande donna lieu à nos jeunes gens de faire des

révérences et des compliments qui, sûrement, ne déplaisaient

point à Rose. Satisfaits sur les autres points, ils se

déterminèrent à engager Vernol d'être de leur partie.

Il était question d'aller hors de la ville se régaler d'une

collation dans quelque endroit commode; ils n'essuyèrent point

de refus de la part de Vernol, et encore moins de Rose: ils

partent.

Dans les premiers transports de joie, nos jeunes gens avaient

oublié les conventions qu'ils avaient prises ensemble, mais le

plus âgé, en même temps le plus rusé par ce que tu vas voir

ensuite, ne les avait pas perdues de vue. Il tenait Rose avec

un autre sous les bras, les petits propos, les cajoleries, les

expressions énigmatiques, allaient leur train. On était encore

dans la belle saison; on marchait assez vite. En arrivant, on

monte dans une chambre; Rose avait chaud, elle se jeta sur un

lit, découvrit sa gorge, et laissait pencher une jambe qu'elle

savait avoir bien faite; aussi en reçut-elle des éloges qui

l'enivraient. On fit apporter mets, vins et liqueurs de

diverses sortes; les têtes commencèrent à s'échauffer: Rose

sablait, tous en faisaient autant. Dans cette disposition, les

propos, les chansons s'égayèrent, la liberté s'en mêla, les

baisers trottaient; le feu prit, et l'incendie se communiqua.

Le plus âgé, plus hardi et plus expérimenté que les autres,

prit Vernol dans une embrasure et lui fit part des conventions

qu'ils avaient faites avant de partir. Vernol ne put

s'empêcher d'en rire de tout son coeur. Rose, curieuse à son

ordinaire, voulut absolument savoir ce qui lui en donnait

lieu: elle l'appela, le pressa; il ne fit pas de difficulté de

lui raconter que ses camarades étaient convenus entre eux,

avant de les avoir rencontrés, que celui des quatre qui aurait

le vit le plus petit paierait pour tous la bonne chère, et que

celui qui l'aurait le plus gros ferait présent de ce qui

serait bu.

Dans les transports, les éclats de rire et les élans que ce

récit fit faire à Rose, elle s'agita de façon, en levant une

jambe, qu'elle fît voir presque tout ce qu'elle avait de

caché, et, dans ce premier mouvement, elle s'écria:

-- Qui donc en sera le juge?

-- Vous-même, lui dit le plus effronté, croyant bien que Vernol

lui avait rendu compte de ce qu'il avait appris.

Rose, animée par le vin et par une idée aussi flatteuse pour

elle, répondit que, certainement, elle serait le meilleur juge

et plus en état d'en décider qu'aucun d'eux. De ce moment, on

ne se gêna plus; les expressions les plus hardies,

accompagnées de vin et mêlées de caresses, passaient de bouche

en bouche. Rose, comme un vaillant champion, tenait tête à

tous; mais elle se préparait d'autres assauts qui

l'intéressaient davantage et, voulant en venir au plus tôt à

des effets où elle trouvait plus de solidité, elle appela

Vernol et, lui passant un bras autour du cou, elle pencha sa

tête sur ses tétons qu'elle lui faisait baiser puis, coulant

sa main plus bas, elle s'empara de son vit; lui, de son côté,

glissant la sienne sous ses jupes se saisit de son con. Ses

jupes à demi soulevées ne laissaient rien apercevoir encore,

mais, relevant un genou, elle facilita la découverte de ce

centre du plaisir. Cette vue les anima de telle sorte qu'ils

l'entourèrent, l'un lui prenant une fesse, l'autre une cuisse,

un autre les tétons, chacun en tenait un morceau. Rose,

faisant relever Vernol, leur demanda, en leur montrant son vit

qu'elle tenait, s'ils pouvaient lui faire voir quelque chose

de pareil. Chacun mit aussitôt les armes à la main: elle eut

alors le spectacle enchanteur à ses yeux de voir à la fois

cinq vits bandés, fiers et menaçants, qui lui proposaient le

combat quoique certains d'être vaincus.

Rose, aussitôt se relevant et s'asseyant sur le lit, les

genoux relevés et écartés, le lieu de la joute totalement à

découvert et présentant la bague:

-- Je pourrais, dit-elle, décider la question au coup d'oeil;

mais puisque je dois juger je veux y procéder avec tout le

scrupule possible, et même y joindre, s'il le faut, une mesure

qui m'est propre. Cependant commençons.

Elle les fit ranger tous cinq en leur faisant mettre toutes

pièces à découvert et, prenant son lacet, elle les mesura avec

la plus grande exactitude, tant en longueur qu'en grosseur,

soupesant même avec attention leurs dépendances.

Le maniement de tous ces vits fit une telle impression sur

elle que, se laissant aller sur le dos et donnant deux ou

trois coups de cul, elle leur fit connaître qu'elle

déchargeait.

Tous voulaient, dans cet instant, monter sur elle, mais elle

les arrêta:

-- Je veux avant, dit-elle, prononcer mon jugement.

Le plus âgé fut tenu de payer les vins et les liqueurs; Vernol

aurait été chargé du restant s'il n'eût été par tous exempté

des obligations de la convention dont il n'était pas. Ce fut

au second, presque du même âge que le premier, que cette

chance tomba, n'étant guère mieux fourni que Vernol. Il était

d'une figure agréable, et Rose, pour dissiper le chagrin qu'il

témoignait, lui promit qu'il serait le premier à passer aux

épreuves. Elle les désirait avec passion: tous ces vits,

toutes ces couilles l'avaient mise en fureur. Ils la prièrent

de les y admettre; elle ne se fit pas presser et, se

renversant sur le lit, elle tendit la main à celui auquel elle

l'avait promis, qui, sautant sur elle, enfonça sur-le-champ

son dard dans l'anneau qu'elle présentait; Vernol le suivit et

les trois autres à leur tour selon la gradation qu'elle avait

observée. Rose, enchantée, arrosée de foutre, nageait dans le

plaisir: sans cesse déchargeant, à peine avait-elle le temps

de respirer; l'un n'avait pas plus tôt quitté la place que

l'autre aussitôt y rentrait.

Enfin, il fallut se reposer un moment. On était fort échauffé:

boire, rire et caresser remplirent les entractes.

Rose était toute livrée aux baisers et aux mains fourrageuses

de ces cinq fouteurs. Ils ne purent la souffrir plus longtemps

couverte du moindre voile; bientôt elle fut mise dans l'état

où étaient les trois déesses au jugement de Pâris.

Tous, jeunes et vigoureux, ne la virent pas plus tôt ainsi que

leurs désirs se montrèrent plus furieux. Rose aurait cédé

volontiers la ceinture de Vénus pour une guirlande de cons

afin de les recevoir tous à la fois, à moins que cette

ceinture de la mère des Amours ne fût de cette espèce.

Mais, n'en pouvant avoir que deux, elle changea la scène en

faisant mettre le plus gros et le plus long couché sur le lit,

la tête au pied; elle se mit sur lui, les tétons appuyés sur

sa bouche; le moins avantagé se mit sur elle entre leurs

cuisses; chacun prit la route qui lui était présentée; de

chaque main, elle tenait le vit des deux autres, et réserva

Vernol, dont elle prit le hochet entre les lèvres, qu'elle

chatouillait et suçait du bout de sa langue.

Enfin Rose, au milieu du foutre qui ruisselait de toutes

parts, demeura victorieuse après qu'ils se furent présentés

entre eux vingt-deux fois au combat, qu'elle eut arrosé

trente-neuf fois par elle-même le champ de bataille. Elle

était excédée mais ivre de plaisir.

Je la vis le lendemain; je la trouvai mourante, les yeux

languissants et abattus. Surprise de la trouver dans cet état,

je la questionnai avec adresse, et je la pressai tant qu'elle

et Vernol me firent enfin l'aveu de cette orgie.

Je ne me mêlai pas de leur donner des conseils, je voyais trop

combien ils seraient inutiles; je ne daignai pas même les

blâmer. Aussi je ne mets pas en doute qu'elle ne l'ait

renouvelée aussitôt qu'elle l'a pu; mais je ne me mis plus à

même de l'apprendre, et de ce jour je ne les vis plus.

Rose, livrée sans frein à la passion furieuse dont elle

faisait l'idole de son bonheur, à la fin y succomba. Ses

règles n'avaient point paru; elle ne fut pas longtemps sans

essuyer un épuisement total, suivi de vapeurs affreuses. Sa

vue s'en ressentit, elle ne ressemblait plus qu'à une ombre

ambulante. Sa gaieté fut totalement perdue et un

dépérissement, produit par une fièvre lente, la conduisit

enfin au tombeau.

Vernol, qu'elle avait jeté dans le même excès, fut saisi d'une

fièvre putride dont il eut beaucoup de peine à revenir, et,

peu de mois après son rétablissement, la petite vérole lui fit

essuyer des ravages qui le défigurèrent totalement. Il fut

encore très mal et ne fit que languir depuis.

Mon père avait prévu tous ces événements; nous nous

entretenions souvent sur ce sujet. Je sentis mieux que jamais

le prix de ses soins, et mon coeur avait peine à soutenir les

épanouissements qu'il ressentait pour lui.

Nous nous ménageâmes de plus en plus: plus tendres, plus

voluptueux et délicats que passionnés, nous passions souvent

des nuits dans les bras l'un de l'autre, sans autre plaisir

que celui d'y être, accompagné de douces caresses.

Quelquefois, rappelant à ma mémoire ce qui s'était passé, le

souvenir m'en donnait un vrai chagrin; et dans une de ces

nuits heureuses où mon coeur plein de lui jouissait de toute

sa félicité, il m'échappa de le lui faire connaître: j'en

versais des larmes.

-- Qu'as-tu donc, ma chère Laurette? Pourquoi répands-tu des

pleurs? Tes joues viennent d'en mouiller les miennes.

-- Ah! cher papa, vous ne devez plus m'aimer, vous ne pouvez

plus estimer votre fille. Je ne peux concevoir comment,

dépendante de vous et de vos volontés, vous avez pu vous

prêter aux écarts et aux extravagances d'une imagination

fascinée, et permettre que je m'y livre.

(Discours du père)

-- Es-tu folle, ma chère enfant? Crois-tu que je fasse dépendre

mon estime et mon amitié des préjugés reçus?

Qu'importe qu'une femme ait été dans les bras d'un autre amant

si les qualités de son coeur, si l'égalité de son humeur, la

douceur de son caractère, les agréments de son esprit et les

grâces de sa personne n'en sont point altérés, et si elle est

encore susceptible d'un tendre attachement?

Crois-tu qu'elle ait moins de prix qu'une veuve, à mérite

égal, sur qui l'on aura jeté quelques gouttes d'eau et

marmotté des paroles pour lui permettre de coucher avec un

homme au su de tout le monde, et d'en promener les fruits avec

ostentation? Dis-moi, n'en a-t-elle pas plus que tant de

veuves, et même de prétendues filles dont le mérite est

inférieur? Les femmes sont-elles donc comme les chevaux,

auxquels on ne met de prix qu'à proportion qu'ils sont neufs?

Ecoute mes principes, ma chère fille, je serai satisfait s'ils

peuvent te tranquilliser et te persuader que je t'aime aussi

tendrement et que je ne t'estime pas moins qu'auparavant."

Rien ne me surprend si peu que de voir faire une infidélité,

quoiqu'on ait le coeur rempli d'une affection bien tendre pour

un objet qu'on chérit uniquement; j'en suis un exemple pour

toi. Je t'aime, ma Laurette, et mon amour est né presque avec

toi; je peux même assurer que tu avais à peine sept ans que je

n'aimais uniquement que toi; tu remplis entièrement mon coeur.

T'en ai-je moins fait infidélité avec Lucette, avec Rose et

même avec Vernol? Crois-moi, cette action, qui tient à la

constitution de nos organes, est trop naturelle pour n'être

pas pardonnable, tandis que l'inconstance, qui provient du

sentiment, ne me le paraît pas lorsque l'objet auquel nous

sommes engagés par les liens de l'estime, de la bonne foi, de

la reconnaissance, et par son attachement, ne nous en donne

pas lieu. Encore faut-il des sujets très graves pour autoriser

un dégagement entier: comme la méchanceté du coeur, l'aigreur

dans le caractère et l'emportement journalier dans une humeur

récalcitrante. Mais j'ai supposé un choix heureux: alors

l'inconstance, suivant moi, décèle un coeur léger, ingrat,

perfide et mauvais; je n'en ferais jamais un ami. Tout homme

capable de perfidie et d'inconstance pour une femme qui a de

la délicatesse dans les sentiments, et un esprit agréable et

cultivé, qui s'est livrée à lui et à sa discrétion, est

toujours perfide et inconstant pour son ami.

Mais l'infidélité passagère ne démontre qu'un tempérament

susceptible d'irritation, que souvent le besoin, l'occasion,

ou même des circonstances imprévues auxquelles on ne peut se

refuser, engagent à satisfaire.

Le Rideau levé; ou l'Education de Laure · 第 7 / 9 段