Quand cette bonne dévote allait à l'église, où elle passait

deux ou trois heures tous les matins, je fermais exactement la

porte après elle. On croyait que nous dormions et l'on nous

laissait en paix. Mais, continuellement éveillée par mes

désirs, j'allais en chemise près de lui et je lui faisais

mille agaceries pendant qu'il était dans son lit. Tantôt je

l'embrassais, je le chatouillais, tantôt je tirais ses

couvertures, ses draps; je le mettais presque nu; je lui

donnais de petits coups sur ses fesses d'ivoire; il sautait

après moi, me poussait sur son lit, me baisait et rendait sur

mon cul les coups légers que je lui avais donnés. Nous avions

répété deux matinées ce badinage lorsque, la troisième, en me

jetant à la renverse sur son lit, ma chemise, à qui j'avais

prêté un peu de secours, se trouva toute relevée et mes jambes

en l'air; il aperçut aussitôt mon petit conin, il m'écarta les

cuisses, il y porta la main, et ne pouvait se lasser de le

regarder et d'y toucher; je le laissais faire.

-- Ah! Rose, me dit-il, que nous sommes bien différents l'un de

l'autre!

-- Comment! lui répondis-je, quelle différence y a-t-il donc?

Je lui fis cette question avec l'air de la plus innocente

simplicité.

-- Tiens, vois, me dit-il en troussant sa chemise et me

montrant son petit outil qui était devenu gros et raide, et

que je n'avais qu'entrevu jusque-là.

Je pris cette lance en main, je la considérai, je la caressai,

j'en découvrais, j'en aiguisais la pointe, et j'eus enfin la

satisfaction d'en faire l'examen le plus attentif. Vernol,

impatient d'en faire un pareil, me dit:

-- Rose, laisse-moi donc te regarder encore.

Je me rendis à sa demande et je me recouchai. Il releva mes

jambes, les écarta et ne mit pas moins d'attention dans sa

recherche et dans ses détails que j'en avais eu dans la

mienne; mais il ignorait l'usage de ce qu'il voyait. Il était

à genoux sur le lit, penché sur moi; je passai ma main entre

ses cuisses et je repris son joli bijou; je m'amusai à coiffer

et décoiffer sa tête rouge comme le corail. Le plaisir que je

lui faisais, dont je m'apercevais, augmentait le mien: j'étais

dans l'impatience; je me relevai et le renversai à son tour,

je le découvris tout entier; je le baisais, je le mangeais, je

caressais ses petites olives; enfin, à force de hausser et

baisser ma main sur ce charmant bijou, il répandit cette

liqueur que j'avais vu rendre à Courbelon par la main de

Justine. Cette situation si nouvelle pour lui, l'étonnement

joint au plaisir excessif dont il paraissait jouir, étaient un

délicieux spectacle pour moi; sa main, placée entre mes

cuisses, était restée sans mouvement. Je me recouchai sur le

lit, je la pris et je lui fis faire un exercice qui lui était

inconnu, et que je souhaitais vivement. Je tombai bientôt

moi-même dans l'extase où je l'avais mis peu auparavant.

Tout cela lui paraissait bien extraordinaire; je l'avais

conduit de surprises en surprises; elles me réjouissaient et

m'enchantaient. Je recommençai mes caresses, je repris son

instrument, je le baisai, je le suçai, je le mis tout entier

dans ma bouche, je l'aurais avalé: il ne tarda pas à

reparaître dans l'état charmant où il avait été. Jusque-là, je

n'avais pas osé lui apprendre à le mettre où je le souhaitais;

mais de plus en plus animée, j'arrachai sa chemise, je quittai

la mienne; rien ne me cachait ses charmes naturels; je les

contemplais, je les couvrais de mes mains et de mes lèvres; il

me rendait les mêmes caresses à son tour.

Son petit vit était dans toute sa dureté; je me mis sur lui;

je le conduisis moi-même dans mon petit conin. Ah! qu'il fut

bientôt au fait: j'étais encore étroite, mais il n'était pas

gros; nous poussions tous les deux; enfin, m'asseyant sur lui,

je parvins aussitôt à me l'enfoncer tout entier, et j'eus

l'agréable satisfaction de le sentir pour la première fois

introduit où je le désirais avec tant de passion. C'est ainsi

que nos pucelages, quoiqu'ils ne fussent pas bien intacts,

furent enlevés l'un par l'autre. Quelle volupté nous

ressentions! Vernol ne savait plus où il en était. Nous

jouissions de cette félicité pure qui se sent sans pouvoir

l'exprimer ni la concevoir. Nos plaisirs étaient à leur

comble. Il en éprouva le premier l'excès: il déchargeait, ses

bras qui m'entrelaçaient se relâchèrent, je précipitai mes

mouvements, je l'atteignis, et, me laissant aller sur lui, il

connut que je jouissais des mêmes délices. Serrés, collés l'un

sur l'autre, nous savourions ce voluptueux anéantissement qui

n'est pas moins enchanteur que le plaisir qui nous l'avait

procuré. Mais, plus tôt rétablie que lui, je me vis forcée de

l'engager à se servir encore de sa main et de son doigt.

Nous répétions tous les jours cet agréable exercice; j'allais

dans son lit ou il venait dans le mien; partout où nous

pouvions nous réunir en sûreté pendant le jour, nous le

recommencions ou nous n'en prenions que l'ombre. La nuit que

nous ne pouvions être ensemble, toute pleine de son image je

lui consacrais les plaisirs qu'elle faisait naître; il en

faisait autant de son côté, nous nous en rendions compte le

matin et nous réalisions les illusions nocturnes.

Etonné dès les premiers jours de tout ce que je lui avais

appris, il avait désiré que je lui dise par quel moyen j'en

avais eu connaissance; mais ne croyant pas à propos de lui

rendre compte d'abord de ce que j'avais vu chez ma cousine, je

fixai ses idées sur des exemples généraux.

Cependant, ayant ensuite reconnu sa discrétion, je lui

racontai tout, et nous tâchions d'en réaliser le souvenir et

d'en imiter l'exemple.

Hélas! au milieu de nos plaisirs, notre séparation approchait;

nous l'envisagions avec douleur. Ce moment vint enfin; il

fallut nous quitter; ma peine fut extrême, je ne puis vous la

peindre. Depuis trois ans et demi d'absence nous ne nous

sommes réunis que depuis quatre ou cinq mois qu'il est revenu

tout à fait chez ma mère.

(Fin de l'Histoire de Rose)

Quand elle eut fini son récit où elle était entrée dans un

détail plus étendu qu'avec moi, surtout en ce qui regardait

Vernol, je repris la parole:

-- Tu ne sais pas, cher papa, ce que Rose m'a dit encore, elle

ne te rend pas compte de tout. Ma chère Laure, m'a-t-elle

ajouté, je me suis aperçue que Vernol avait pris pour toi la

plus forte passion, et même il m'en a fait l'aveu.

Tiens, chère amie, je n'en suis point jalouse, je vous aime

tendrement tous deux: tu es belle, il est charmant, je serais

enchantée de le voir dans tes bras; oui, ma chère, je l'y

mettrais moi-même, je ferais mon bonheur de sa félicité.

Ne la trouves-tu pas folle?

-- Pas tant, Laure, je n'en suis point surpris, dans sa façon

d'être.

Nous jugeâmes aisément que Rose aimait le plaisir avec fureur;

nous le lui dîmes, elle en convint. Les tableaux qu'elle avait

retracés avaient ranimé son tempérament; ils avaient produit

le même effet sur nous. Mon papa en présentait des preuves

parlantes: elle s'en saisit, et, pour nous prouver le charme

séducteur qu'elle y trouvait, elle conduisit elle-même le cher

objet qu'elle tenait, et nous fit cent caresses dont nous la

payâmes par cette sensation délicieuse après laquelle elle

soupirait sans cesse. Comme elle était arrivée la première au

but, elle arrêta mon papa et, nous adressant la parole:

-- Achevez d'avoir en moi la même confiance que je vous ai

montrée; ce que nous avons fait tous les trois, depuis hier,

m'a totalement ouvert les yeux et m'a donné la liberté de vous

raconter ce que j'ai fait avec Vernol. Viens donc, papa, viens

à côté de ta chère Laurette, à sa place j'en ferais autant

avec toi. Mets-lui, et qu'elle partage les plaisirs que tu

m'as donnés; sois assuré de la plus inviolable discrétion.

-- Eh bien! Rose, pour te prouver que je n'en doute en aucune

manière, tu vas jouer un nouveau rôle.

Il se leva et fut aussitôt chercher le godemiché; il l'attacha

à la ceinture de Rose qui était extasiée de cet outil qu'elle

ne connaissait pas; il me fit mettre sur elle et le conduisit

dans mon con en lui recommandant de se remuer comme ferait un

homme, et de me branler en même temps; il l'instruisit de

l'effet de la détente lorsqu'elle me verrait prête à

décharger. Il se mit ensuite sur moi et m'introduisit son vit

dans le cul. Rose remuait la charnière supérieurement; je

tenais ses tétons, elle caressait les miens, elle suçait ma

langue, je me mourais. Au moment où j'allais perdre

connaissance, elle fit décharger le godemiché; mon con en fut

inondé, et le foutre que mon papa répandit en même temps dans

mon cul excita en moi des transports qui se joignirent aux

siens et à ceux de Rose qui, par le frottement du godemiché

sur son clitoris, les lui fit partager; enfin je tombai sur

elle, morte de plaisir. Mon papa se releva bientôt, et quand

je fus revenue de cet évanouissement enchanteur nous sortîmes

du lit qu'il était plus de midi.

Dès que nous fûmes debout, elle n'eut rien de plus pressé que

de passer à l'examen de cet outil si nouveau pour elle.

Je l'aidai à en désunir toutes les parties: il était

parfaitement semblable à un vit; toute la différence

consistait dans des ondes transversales depuis la tête jusqu'à

la racine pour procurer un frottement plus actif. Il était

d'argent, mais couvert des couleurs de la nature, et d'un

vernis dur et poli. Il était vide, mince et léger. Dans le

milieu de l'espace, il y avait un tuyau du même métal, rond et

plus gros qu'une plume, dans lequel il y avait un piston. Ce

tuyau se vissait à un autre bout percé et soudé au fond de la

tête. Il se trouvait par ce moyen des espaces autour de cette

petite seringue, dont elle avait l'effet, et les parois de

celui qui imitait le vit. Un morceau de liège, taillé pour

boucher exactement ce dernier, avait un trou qui laissait

entrer très juste la naissance de la petite pompe, dans lequel

on insérait un ressort d'acier en spirale qui repoussait le

piston par le moyen d'une détente. Quand Rose l'eut bien

tourné et retourné:

-- Il faut encore, me dit-elle, que tu m'apprennes comment on

lui fait faire son office.

-- On emplit, lui dis-je, le godemiché d'eau suffisamment

échauffée pour en supporter la chaleur sur les lèvres; on le

bouche bien avec le morceau de liège, auquel tu vois cet

anneau pour le retirer; on emplit ensuite la pompe, par le

moyen du piston qu'on attire, de colle de poisson fondue et

légèrement teinte de blanc qu'on tient toute préparée:

la chaleur de l'eau se communique aussitôt à cette liqueur qui

ressemble autant qu'il est possible à la semence.

La première action de Rose, après ce détail, fut de trousser

sa chemise et de l'enfoncer dans son con. Cette folie dans ce

moment me fit rire au point que mon papa rentra pour savoir le

sujet qui m'y excitait si fort. Il la vit à cet ouvrage, il ne

put s'empêcher de m'imiter, et s'adressa à elle:

-- Laisse-le donc, Rose, sa vertu dans ce moment n'existe plus,

et nous pouvons faire quelque chose de mieux.

Elle continua donc de s'habiller. Il me prit par la main et

sortit:

-- Ma chère Laure, Rose sera la victime de sa passion et de son

tempérament; rien ne la retient; elle s'y livre avec fureur,

sans mesure ni ménagement; sois assurée qu'elle paiera de sa

personne cette imprudence, ainsi que le pauvre Vernol qu'elle

a jeté dans le même excès; mais je veux en profiter pour

remplir mes desseins.

En effet, inébranlable dans ses réflexions, il fut la

retrouver dans ma chambre, et j'entendis:

-- Rose, ce que vous avez dit à Laure, au sujet de votre frère

sur la fin de votre histoire, annonce votre amitié pour l'un

et pour l'autre; mais peut-on compter sur la discrétion de

Vernol comme sur la vôtre? Il est nécessaire qu'elle soit des

plus grandes, vous devez le concevoir, songez-y.

-- Oh! ne vous trompez pas sur la confidence que je vous ai

faite; elle n'est pas le fruit de l'indiscrétion; mais la

manière dont j'ai agi avec lui m'a fait sentir que si j'eusse

été Laurette vous eussiez été pour moi ce qu'est Vernol.

L'obscurité à travers laquelle j'entrevoyais la chose s'est

totalement dissipée par la façon dont nous vivons depuis hier;

j'ai jugé que, dès lors, je pouvais parler sans déguisement et

que vous seriez intéressés à garder, à notre sujet, le même

secret qu'à votre égard je vous jure pour Vernol et pour moi,

y trouvant le même intérêt. Mais, de grâce, qu'il participe à

nos plaisirs; il m'a fait l'aveu qu'il était fou de Laurette,

et vous vous y trouvez engagé plus que vous ne pensez. Vous

serait-il donc possible de nous refuser? Je serai comblée de

joie si vous ne vous y opposez pas et si, comme je le désire,

la chère Laurette ne le hait pas.

-- Tout me force aujourd'hui à y consentir; ne lui dites

cependant rien encore de ce qui s'est passé entre nous, je

vous le conseille et vous y engage. Il me croirait dédommagé,

et je veux qu'il me paie lui-même du sacrifice que je fais.

Prévenez-le seulement de se prêter à tout ce que nous

voudrons.

-- Ah! je vous réponds de lui comme de moi-même sur qui vous

pouvez compter en tout.

-- Il est cependant nécessaire que vous sachiez, vous et lui,

que Laure n'est ma fille que pour le public; car en réalité

elle ne l'est pas. Vous voyez cependant qu'elle ne m'en est

pas moins chère; mais surtout, que personne ne soit instruit

de ce secret que vous deux, je vous le recommande. Allez à

présent trouver votre mère avec elle, dites-lui que demain

nous irons encore passer le jour à la campagne, et que si elle

veut vous y laisser venir avec votre frère nous vous y

mènerons. Cependant, promettez-moi d'être tranquilles l'un et

l'autre jusqu'à ce que vous veniez, car vous en aurez sûrement

besoin.

Je n'avais rien perdu de ce discours; Rose vint, m'entraîna,

courut chez sa mère et obtint facilement pour elle et pour

Vernol ce qu'elle lui demandait. Je la quittai et fus passer

le reste de la journée chez une parente. Pendant ce temps-là,

mon père fut donner ses soins aux arrangements qu'il

projetait.

La nuit, quand je fus dans ses bras, je présumai qu'il me

rendrait compte de ce qu'il avait dit à Rose, et de ses

desseins. Indécise avec moi-même, je ne voulus pas lui en

parler la première, ni lui faire connaître que je l'avais

entendu. Le coeur me battait; mais il ne m'en ouvrit pas la

bouche.

Le lendemain après-midi, une voiture se rendit à notre porte,

nous prit et nous conduisit dans une maison charmante à

quelque distance de la ville; je ne la lui connaissais pas. Je

jugeai qu'elle appartenait à quelqu'un de ses amis qui la lui

prêtait. Vernol avait cherché à relever ses attraits naturels.

Rose et moi, nous étions dans un déshabillé galant. Instruit

par sa soeur, il avait une politesse plus aisée et quelque

chose de plus assuré qui lui était avantageux.

Nous arrivâmes sur les quatre heures, il faisait un temps

admirable et très doux. Nous rimes plusieurs tours dans les

jardins, qui étaient vraiment dessinés par Vertumne, et non de

ces assemblages fantasques où la bizarrerie semble avoir

présidé. Ce n'était pas non plus de ces jardins compassés, où

la régularité et la symétrie écrasent la nature: nous y

jouissions de la beauté de l'horizon, qui semblait d'accord

avec la fête. Après cette promenade, où nous avions préludé

par les baisers, nous vînmes dans les appartements, que nous

parcourûmes; nous trouvâmes, dans un salon où mon papa nous

conduisit, une collation servie; il nous présenta plusieurs

mets, nous versait à boire et ne nous ménageait pas. Soit

délicatesse des vins et des liqueurs, ou soit qu'il eût

employé quelque autre moyen qu'il connaissait assez, nos têtes

perdirent bientôt leur équilibre et nous jetâmes des fleurs à

la folie, qui nous en couronna. Dès qu'il nous vit en cet

état, il fut écarter tout son monde de manière à ne le faire

revenir que tard, en sorte que nous étions exactement seuls.

Il nous conduisit dans un appartement où nous n'avions pas

encore été, situé dans le quartier le plus reculé. Il nous fit

entrer dans un petit salon illuminé, de toutes parts, de

bougies mises dans des girandoles, posées à la hauteur où l'on

pouvait facilement atteindre avec la main. Au-dessous d'elles

régnaient tout alentour des glaces ordinairement couvertes de

rideaux qui, dans ce moment, étaient relevés par des cordons

et des glands qui les tenaient en festons, dont les pendants

garnissaient les encoignures. Des bergères larges, fort basses

et presque sans dossier, sur lesquelles étaient répandus des

carreaux, garnissaient le tour jusqu'à la hauteur où les

glaces étaient placées. Au-dessus d'elles étaient enchâssés

différents tableaux. Dieux! quels objets, chère Eugénie!

Clinchetet et l'Arétin n'ont rien produit de plus voluptueux.

Des sculptures peu multipliées, les unes en blanc, les autres

peintes à la gouache, présentaient de semblables sujets. Dans

un des côtés était une niche ornée et éclairée de même, qui

renfermait un meuble sur lequel la jouissance et la volupté

avaient établi leur trône. Ces peintures, ces sculptures, les

vins et les liqueurs que nous avions pris écartèrent et

chassèrent loin de nous jusqu'à l'ombre de la contrainte: le

délire voluptueux s'empara de nos sens; Bacchus et la Folie

menaient le branle. Rose, inspirée par sa divinité chérie,

nous donna le ton et commença l'hymne du plaisir. Elle sautait

au cou de mon papa, elle embrassait Vernol, elle me baisait et

m'engagea de l'imiter. Elle arracha mon mouchoir qu'elle jeta

à son frère, elle fit voler le sien sur mon papa, elle leur

faisait baiser ses tétons, elle les conduisait sur les miens,

nos bouches étaient couvertes de leurs lèvres. Ces jeux, ces

baisers qui se répétaient dans les glaces nous échauffèrent à

l'excès. Nos joues étaient colorées, nos lèvres brûlantes et

vermeilles, nos yeux animés et nos seins palpitants. Vernol,

déjà dans un demi-désordre, le teint brillant, les yeux pleins

de feu, me paraissait beau comme le jour. Je le regardai dans

ce moment comme une jouissance divine dont tous les appas se

réunirent en un seul trait, au centre de mes désirs; il ne

savait lui-même où il en était: mon papa calculait la

gradation. Rose me fit tomber sur une bergère, elle appela

Vernol pour l'aider: elle me troussa, me donna de petits coups

sur les fesses, et lui fit voir l'objet après lequel il

soupirait. Je la pris à mon tour pour la renverser aussi; mais

elle ne m'en donna pas le temps; elle s'y jeta d'elle-même et,

levant les pieds en l'air, elle mit au jour tous les appas

qu'elle avait reçus de la nature, son con, son cul, son

ventre, ses cuisses, tout fut à découvert. Nous fûmes aussitôt

tous les trois près d'elle lui faire les caresses qu'elle

montrait désirer. A peine avions-nous posé nos mains sur ses

fesses qu'après deux ou trois mouvements de reins nous

l'aperçûmes tortiller l'oeil, et nous vîmes couler la fontaine

du plaisir. Nous nous apercevions bien l'une et l'autre que

Vernol et mon papa bandaient de tout leur pouvoir. Le sillon

relevé que leurs vits faisaient le long de leurs cuisses en

portait le plus sûr témoignage. Tout d'un coup, Rose se releva

et fut se jeter sur mon père:

-- Cher papa, je t'ai jeté le mouchoir; tu seras mon mari et

moi ta femme; donne-moi ta main.

-- Très volontiers, Rose; mais il faut que la dernière

cérémonie en soit.

-- Ah! de tout mon coeur. Mais Vernol a eu le mouchoir de

Laurette, il faut aussi les unir. Y consens-tu?

-- Soit, comme tu le désires.

Elle accourut prendre nos mains qu'elle mit l'une dans

l'autre; elle nous fit embrasser, nos bouches se

rencontrèrent; elle porta sa main sur mes tétons et nous fit

appeler mari et femme. Nous étions tous quatre vivement émus

et très échauffés. Rose brûlait.

-- Qu'il serait délicieux dans ce moment, s'écria-t-elle,

d'être dans un bain où nous puissions nous rafraîchir! Le feu

me dévore.

Mon papa se leva et fut tirer un cordon qui était à côté de la

niche. Aussitôt le dessus du meuble qui y était fut enlevé, et

découvrit un bassin à trois robinets qui jetaient à volonté de

l'eau chaude, froide ou de senteur.

-- Voilà qui est magnifique, c'est ici le palais des divinités.

Je vais, dit Rose, ressembler à une naïade, mais je ne serai

pas la seule. En peu d'instants, elle parut avec les seuls

ornements des nymphes; elle s'empara de moi, et pressa Vernol

et mon papa de l'aider à me mettre dans le même état: en un

clin d'oeil, tout disparut de dessus moi. Rose fit un signe à

son frère qui se montra bientôt en Sylvain pendant qu'elle et

moi nous prêtions notre secours à mon papa. Mes regards

furtifs avaient déjà détaillé Vernol: qu'il était bien fait,

et qu'il me paraissait agréable! La jeunesse et la fraîcheur

brillaient de tous côtés: au milieu de la blancheur et de

l'éclat d'une jeune fille, on voyait le trait qui

caractérisait un homme. Nous nous plongeâmes tous quatre à la

fois dans ce bassin, ils étaient l'un et l'autre rayonnants de

gloire. Tous consumés d'un feu dévorant, nous étions

semblables à des fournaises sur lesquelles on jette de l'eau

et qui n'en deviennent que plus vives. Deux lances en arrêt

nous menaçaient tour à tour, mais le combat ne nous effrayait

pas: en proie aux mains folâtres et passionnées, aux baisers

amoureux et lascifs de nos tritons, nous leur rendions les

mêmes caresses, nous badinions avec leurs flèches, ils

s'étaient emparés de nos carquois. Dans ce moment, mon papa

eut la prudence de plonger l'éponge au fond du mien lorsque

j'y pensais le moins. Vernol voulait entrer en lice mais, par

une adresse si naturelle aux femmes et si propre à aiguiser

les désirs, je l'arrêtai et me sauvai du bassin. Rose me

suivit. Bientôt ils furent dehors.

La fraîcheur qu'ils sentirent en sortant leur donna sur la

crête, leur humilité momentanée nous laissa le temps de nous

essuyer et, nous étant couvertes simplement de robes légères

et transparentes qui ne gênaient presque point la vue ni les

larcins, et que mon papa tira d'une armoire cachée par une

glace mobile, nous nous étendîmes sur les bergères. A peine y

étions-nous qu'il fit descendre du plancher, par un autre

cordon, une table servie de mets délicats, de vins et de

liqueurs semblables à celles dont nous nous étions si bien

coiffés, et qui nous achevèrent. Tout y était propre à

augmenter l'ardeur qui nous dévorait déjà.

Vernol était dans une impatience prodigieuse; mais, ce que je

n'aurais pas attendu de celle de Rose, elle ne perdit rien de

sa gaieté. Pour moi, dont la volupté était plus délicate, je

jouissais par les yeux, par les mains; mais j'étais moins

empressée d'arriver au but, que j'envisageais avec plus de

satisfaction en exaltant le désir, et je me trouvais en cela

d'accord avec mon papa. Vernol et Rose furent donc obligés de

modérer leur impatience, ce qui fut plus facile à Rose qui,

par nos caresses et nos attouchements, avait déjà, de son

aveu, ressenti trois fois les délices du plaisir. Enfin, elle

appela ce service le souper de noce; l'hymen n'y présidait

guère, mais qu'importe, la volupté y régnait; elle seule nous

suffisait et nous enchantait. On la voyait au milieu de la

table, couronnée par le dieu des jardins, tenant son sceptre

en main; dans les quatre coins il y avait des groupes

entrelacés et dans les attitudes qui annonçaient le plus doux

des moments. Entre eux, de vieux satyres jaloux présentant

leurs offrandes, que des nymphes chassaient et que les

plaisirs fuyaient: tout inspirait, tout animait. Rose, le

verre et la bouteille en mains, sa robe ouverte, développant

ses appas et ses grâces, répandait la flamme dans nos veines;

ce qu'elle nous versait devenait un torrent de feu.

Je désirais enfin moi-même avec violence, rien ne m'eût

effrayée. Nos attraits, presque toujours à découvert,

produisaient le même effet, et nous voyions sans cesse à nos

yeux des signes palpables de leur pouvoir. Enfin, chère

Eugénie, parlons sans figure: ils ne débandaient point.

Rose, ne pouvant plus y tenir, s'écria:

-- Vernol, prends ta femme. Pour moi, me jetant entre les bras

de mon papa, je tiens mon mari.

Elle s'était déjà saisie de son vit qu'elle fixait depuis

longtemps, déjà Vernol me tenait embrassée et sa main s'était

emparée de mon con, lorsque mon papa nous arrêta:

-- Attendez, mes enfants, il y a une condition à laquelle

j'attache ma complaisance; il est juste que j'en sois payé.

Si Vernol le met à Laure, je veux imiter cet homme de cour

qui, faisant coucher avec sa femme un page qu'elle aimait,

faisait en le cul de ce page la même opération qu'il faisait

dans le con de la dame. Il faut, de même, que pendant qu'il

foutra Laure son cul soit à ma disposition.

Je me persuadai dans l'instant que les beautés de Vernol lui

avaient inspiré des désirs, comme elles avaient fait naître

les miens; j'en fus enchantée, j'en devenais plus libre de me

livrer à mes désirs, et cette pensée me dégagea d'une entrave

qui, jusque-là, m'avait donné quelque gêne. J'animai nos jeux

avec les transports de la joie; je tâchai d'y ajouter de ma

part tout ce qui pouvait les rendre plus charmants: je me

saisis de Vernol, j'arrachai sa robe, je présentai son cul,

j'écartai ses fesses charmantes, son vit m'enfonçait le

ventre.

Le Rideau levé; ou l'Education de Laure · 第 6 / 9 段