Il fit mettre Isabelle sur le lit, les genoux et les cuisses

écartés, entre lesquels Justine plaça ses jambes à terre et

fort ouvertes. Comme rien ne gênait plus mes regards,

j'aperçus le vit de Courbelon entrer dans son con, qui, par

ses mouvements, paraissait, s'y renfonçait et faisait un écart

qui me surprenait. Il me semblait inconcevable qu'un membre

aussi gros pût y entrer, à moi qui avais essayé d'introduire

mon doigt dans le mien et qui n'avais pas osé l'y pousser à

cause de la douleur. Mais cet exemple me fit passer outre, et

je l'enfonçai avec tout le courage dont j'avais le modèle

devant les yeux; je m'y déterminai d'autant plus facilement

que, tandis que Courbelon avait son vit dans le con de

Justine, il avait mis son doigt dans celui d'Isabelle en lui

disant qu'elle avait la plus charmante motte et le plus joli

conin du monde, et en lui recommandant de branler son

clitoris; ce que fit ma cousine pendant qu'il faisait aller et

venir le doigt dans son con, comme son vit allait et venait

dans celui de Justine. Fidèle à les imiter en partie, je

m'armai de ma fermeté et je poussai dans le mien le doigt de

la main gauche que j'y enfonçai tant que je pus, et que

j'agitais de la même manière tandis que de la droite je me

branlais comme faisait Isabelle. Une sensation délicieuse

s'accroissait par degrés; je ne fus plus surprise que ma

cousine se plaisait à la répéter. Je ne tardai pas à les voir

tous trois dans les plus vifs transports. Isabelle se laissa

aller sur le dos, donnant de temps en temps des coups de cul.

Courbelon, témoin de son plaisir, lui criait:

-- Ah! ma chère, tu décharges!

Il achevait à peine ces mots qu'il tomba lui-même presque sans

mouvement sur Justine en faisant de grands soupirs et

prononçant avec énergie des foutre et des sacre qui peignaient

ses sensations. Justine elle-même, après des élancements vifs

et réitérés et des serrements de cul précipités, resta comme

anéantie, la tête et les bras penchés, en faisant chorus avec

Courbelon.

Ces témoignages d'un plaisir si violent m'animèrent à un tel

point et portèrent le mien à un si prodigieux degré qu'à mon

tour je me laissai tomber sur les meubles en ressentant un

plaisir incroyable. Quel excès de délices quand on éprouve

pour la première fois une volupté si grande, qu'on n'a jamais

connue et dont on n'a pas d'idée!

On n'est plus rien, on est tout à cette suprême félicité, on

ne sent qu'elle.

Le temps que j'avais employé à la savourer leur en avait assez

donné pour se mettre en train de se rhabiller. Dès qu'ils le

furent, Courbelon, après les avoir embrassées, reprit la route

par laquelle il était venu, et quelques instants après

Isabelle et Justine sortirent de la chambre. J'attendis encore

un peu; je parvins enfin à me dégager, et, prenant le même

chemin que Courbelon, je revins au logis dans l'appartement de

ma tante, qui rentra peu de temps après avec ma cousine qui

était allée la rejoindre.

Depuis ce moment, je ne pensais, je ne rêvais plus qu'à ce que

j'avais vu; toutes leurs paroles étaient parvenues à mes

oreilles; aucune de leurs actions ne m'avait échappé; j'y

réfléchissais sans cesse. Le même soir, quand je fus au lit

avec Isabelle, je fis semblant de me livrer au sommeil; elle

ne tarda pas à tomber dans un profond assoupissement; j'en fis

bientôt autant; mais le lendemain il n'en fut pas de même. Dès

que nous fûmes couchées, je fis comme la veille; ma cousine me

croyant endormie, je sentis qu'elle recommençait son petit

manège. J'étais au fait, je me retournai et, passant ma cuisse

sur la sienne, je mis ma main où je savais bien qu'était son

doigt; je la glissai par-dessous et, le soulevant, je pris

toute sa motte. Je l'embrassai, je baisai ses tétons et

j'enfonçai mon doigt dans son con. Je l'en retirai pour

chatouiller. l'endroit où j'avais trouvé le sien; elle

écartait les cuisses et me laissait faire, lorsque je

l'entendis pousser les derniers soupirs; je la trouvai toute

mouillée. Le même désir me tourmentait, je pris la sienne dont

je couvris ma motte, j'employai son doigt à faire son office

et je me trouvai peu de moments après au point de lui rendre

soupirs pour soupirs. Elle ne fut pas peu surprise de tout ce

que j'avais fait; elle me croyait dans l'ignorance la plus

profonde: elle n'avait eu garde de m'instruire, croyant

qu'ayant été élevée par une mère dévote je ne fusse assez

enfant pour en parler à ma tante, ou à ma mère à mon retour

chez elle:

-- Comment, Rose, comment sais-tu tout cela? Je suis bien

étonnée de tes connaissances; à ton âge je n'en savais pas

tant.

-- Je le crois, ma chère cousine; je te le dirai, à condition

que tu ne seras point fâchée contre moi et que tu m'aimeras

toujours.

Je me repentis au moment même de ce que j'avais dit, et je ne

voulais plus continuer lorsque Isabelle, me prenant dans ses

bras et me caressant, me pressa de lui tout avouer.

-- Tu ne m'en voudras donc pas? Tiens, ma chère cousine, sois

assurée de ma discrétion. Je te promets de n'ouvrir jamais la

bouche à personne de ce que je sais, et surtout à ma tante ni

à ma mère. Mets ta confiance en moi comme en toi-même.

Je lui redis alors tout ce dont j'avais été témoin, et de

quelle manière je l'avais été... L'effroi la saisit:

-- Ah! ma bonne amie, ma chère Rose, gardes-en, je te conjure,

le secret; ne me trahis pas, tu me perdrais.

Je le lui jurai de nouveau. Nous convînmes qu'il ne fallait

pas même en parler à Justine. Elle me donna cent baisers en me

faisant autant de questions sur ce que j'avais vu, entendu, et

sur l'effet que j'en avais éprouvé. Je lui rendis compte de

tout. Je la tranquillisai pour lors en lui disant que tout ce

que je lui avais appris de moi-même m'engageait à garder un

secret qui était devenu le mien.

-- Mais raconte-moi donc, Isabelle, par quelles circonstances

tu en es venue là avec Courbelon et Justine.

-- Je le veux bien, ma petite cousine, après ce que tu sais, je

n'ai rien à te refuser ni à te cacher, et je compte toujours

sur tes promesses. Ecoute-moi. Un mois ou cinq semaines avant

ton arrivée ici, j'étais un jour sortie avec ma mère; mais,

ayant oublié quelque chose dans ma chambre et n'étant pas

éloignée de la maison, j'y revins pour la chercher; après

l'avoir prise, je fus à la chambre de Justine, je ne puis te

dire pourquoi; la porte apparemment n'était pas bien fermée,

ou elle n'y avait pas pensé; je la poussai, elle s'ouvrit. Je

ne fus jamais plus surprise, et je restai dans l'étonnement et

comme pétrifiée de trouver Courbelon sur elle; il en descendit

aussitôt, et j'aperçus son outil qu'il tâchait de cacher, dans

le même temps qu'il abattait les jupes de Justine qui étaient

toutes levées. Elle était bien heureuse que ma mère ne fût pas

à ma place. Je voulus à l'instant m'en aller; mais cette

fille, craignant que je ne dise à ma mère ce que j'avais vu,

accourut après moi, se mit à mes genoux en me conjurant de

n'en pas parler. Elle me pressa tant, en me baisant les mains,

que je lui promis tout ce qu'elle voulut, et je lui tins

parole. Je t'avoue, ma chère Rose, que cette aventure me donna

matière à bien des pensées. Depuis ce jour-là, Justine

m'amenait souvent dans sa chambre sous prétexte de m'apprendre

à broder; mais elle m'entretenait toujours sur le sujet de ce

que j'avais vu en m'apprenant des choses bien nouvelles pour

moi; elle découvrait ma gorge, elle prenait mes tétons, elle

me peignait le plaisir sous les attraits les plus séduisants:

je convins que j'en trouvais à l'entendre. Enfin, un jour que

cette conversation m'avait fort animée, et ma curiosité

fortement excitée, je sentis le feu sur mes joues, mon sein

était agité; les questions que je lui faisais firent connaître

à Justine que le moment était favorable; elle me prit entre

ses bras, m'enleva et me porta sur son lit; elle me troussa:

je m'en défendais faiblement; elle continuait toujours, en me

disant qu'un jeune et aimable cavalier serait bien heureux à

sa place s'il voyait et touchait les beautés, les grâces et la

fraîcheur qu'elle venait de découvrir que sa machine

s'enflerait et qu'il mourrait de plaisir en m'en faisant

connaître et ressentir de bien vifs. Ses flatteries, ses

peintures et ses caresses m'ayant subjuguée, je me laissai

faire par elle tout ce qu'elle voulut. Elle posa le bout du

doigt de la main gauche entre les lèvres de mon ouverture,

qu'elle chatouillait tandis que, de la droite, elle en

frottait le haut.

-- Ma chère cousine, lui dis-je, pourquoi n'emploies-tu pas les

termes et les noms que tu sais? Je les ai tous entendus de

Courbelon et de Justine.

-- Tu as raison, Rose, je n'en ferai plus de difficulté.

Enfin, après quelque temps de ce badinage, je ressentis cet

extrême plaisir qu'elle m'avait si bien dépeint; mais elle

m'assura que j'en trouverais bien davantage avec un joli

homme, jeune et galant. Depuis ce temps, elle répéta souvent,

à ma satisfaction, ce jeu charmant; elle enfonça même un jour

son doigt; j'éprouvai quelque douleur qui fut bientôt apaisée.

Elle sut enfin m'engager de lui rendre le plaisir qu'elle me

donnait. J'y trouvais beaucoup d'agrément et je m'en

contentais. Mais, huit à dix jours avant ton arrivée, ma mère

étant sortie seule, nous reprîmes nos jeux et nos plaisirs; et

sous divers moyens que Justine employa nous nous mîmes toutes

deux totalement nues. Courbelon, caché derrière un rideau,

avait été témoin de toutes nos folies: c'était une partie liée

entre Justine et lui, mais je l'ignorais. Elle riait depuis le

commencement, de tout son coeur. Surprise de ses ris qui me

paraissaient quelquefois hors de propos je la pressai de m'en

dire le sujet; elle m'avoua que Courbelon nous voyait. Il

sortit aussitôt de dessous le rideau, nu comme nous étions, et

son vit était d'une grosseur et d'une raideur étonnantes.

Effrayée, palpitante, honteuse, je ne pouvais plus fuir dans

l'état où j'étais qu'en me cachant sous le même rideau; j'y

courus, mais ils m'arrêtèrent tous deux, et je n'osai lui rien

dire après ce qu'il nous avait vues faire. Courbelon me prit

entre ses bras, se jeta à mon cou, m'embrassa, porta ses mains

et ses lèvres partout où il put: tout était à sa disposition

et Justine l'aidait. Enfin la surprise et la honte firent

place au désir. Il mit son vit dans ma main; je ne pouvais

l'empoigner; le feu de ses baisers, de ses attouchements, ce

spectacle si nouveau pour moi et l'exemple de Justine qui le

caressait sans scrupule firent couler le plaisir dans tous mes

membres et m'avaient mise dans une situation à ne pouvoir rien

lui refuser. Les plaisirs qu'il me donna avaient une pointe de

vivacité que je n'avais point sentie par les mains de Justine,

avec laquelle je désirai qu'il fit la même chose. Mais ils

allèrent bien plus loin: elle l'attira sur elle au pied de son

lit et, me tenant d'une main, elle me fit voir le vit de

Courbelon qui se perdait dans son con, et la vivacité de leurs

transports me fit juger de l'excès de leurs plaisirs. C'est

hier la sixième fois que je me suis trouvée avec lui, cela

n'arrivant pas souvent, crainte d'être découverte. Je fus

enchantée de ton arrivée, chère Rose, dans l'espérance que

j'en aurais plus de liberté, car je t'avoue que j'ai eu un

violent désir que Courbelon m'en fît autant qu'à Justine. Je

crains, il est vrai, les enfants, dont elle me fait peur, et

le mal que la grosseur de son vit me pronostique; mais

puisqu'elle le reçoit avec empressement j'imagine que ma

crainte n'est pas trop fondée et que la douleur doit être bien

moindre que le plaisir, du moins Courbelon me le dit de même.

Cependant, Justine s'oppose toujours au désir que nous en

avons par diverses raisons dont elle ne peut me persuader

puisqu'elle s'y expose.

(Fin du récit d 'Isabelle)

Je la pressai autant qu'il fut en mon pouvoir de le

satisfaire. Je combattais les raisons de cette fille par

toutes celles qui me vinrent à l'idée, dans un âge où je

n'avais pas d'expérience ni grandes ressources à donner; mais

soit que son imagination, sa curiosité et ses désirs fussent

d'accord avec mes raisonnements, elle me parut facilement s'y

rendre. Je lui fis promettre en même temps de me faire le

détail du plaisir qu'elle aurait eu. Elle m'en donna sa

parole, en me recommandant toujours ce que nous appelâmes dès

lors notre secret. Depuis ce moment nous ne nous quittions

presque plus.

Quelques jours après, nous fûmes invitées d'une noce des

parents de Justine. Ces sortes d'invitations sont assez en

usage dans les petites villes de province. Elle ne manqua pas

de s'y rendre une des . premières, avant que nous y

allassions. Isabelle me dit en riant que cette occasion était

bien favorable pour la tromper, car je l'entretenais tous les

jours dans le projet d'en passer sa fantaisie. Je saisis

d'abord cette idée et je lui dis qu'en effet ma tante, croyant

que nous irions ensemble, ne manquerait pas, de son côté,

d'aller chez quelques-unes de ses amies; qu'il fallait qu'elle

fût et se tînt dans la chambre de Justine; que sans doute

Courbelon ne manquerait pas de venir à la danse comme font

ordinairement les jeunes gens, même sans être invités; que

l'espérance de la trouver l'y amènerait plus sûrement;

qu'aussitôt que je le verrais, je lui dirais qu'elle avait à

lui parler et qu'il se rendît dans la chambre de cette fille,

où elle serait à l'attendre.

-- Non, non, je ne le veux pas, me dit-elle en rougissant.

Mais je la pressai, je mêlai mes caresses à mes engagements;

et soit qu'elle fût bien aise qu'ils voilassent ses désirs, ou

soit que je la déterminai, elle y consentit. Je n'avais pas

fini de m'habiller que ma tante était déjà partie.

Je m'en fus donc seule. Effectivement, je trouvai Courbelon

qui était arrivé; je m'approchai de lui et je parvins à lui

dire, sans affectation et sans qu'on s'en aperçût, ce que

j'avais projeté; il ne tarda pas à disparaître. Quelques

instants après je ne le vis plus. Je regrettais de n'être pas

encore à mon poste. Mais comme je me flattais qu'Isabelle me

rendrait compte de tout ce qui se serait passé, je me consolai

et je participai de mon mieux aux plaisirs de la fête où

j'étais puisque je ne pouvais être de celle de ma cousine.

Justine m'avait demandé, lorsque j'entrai, pour quelle raison

Isabelle n'était pas avec moi. J'imaginai de lui dire que ma

tante avait voulu sortir avec elle, mais qu'elle ne tarderait

pas à venir prendre sa part du divertissement et me rejoindre.

Elle prit d'abord mon conte le mieux du monde; cependant,

voyant que Courbelon n'y était plus depuis longtemps et que ma

cousine n'arrivait point, elle prit de la défiance et, sans

s'expliquer avec moi, elle ne put s'empêcher de me dire

qu'elle avait lieu d'être surprise du départ de l'un et du

retard de l'autre. A peine venait-elle de me tenir ce propos

que Courbelon arriva, et ma cousine peu après. Justine

disparut à son tour; je le fis remarquer à Isabelle à qui

j'avais répété ce qu'elle m'avait dit. Elle soupçonna dans

l'instant que cette fille était retournée au logis, ce qui lui

donna de l'inquiétude. Justine revint et ne fit rien paraître;

mais elle avait fait des recherches et pris des informations

qui l'instruisirent autant qu'elle le désirait. Nous rentrâmes

chez ma tante. Il me tardait que nous fussions couchées pour

questionner en liberté ma cousine.

Je lui dis que j'étais fatiguée de la danse; Isabelle en dit

autant, quoiqu'elle n'eût point pris part à cet exercice: elle

l'avait toujours refusé sous quelque prétexte, qui n'était pas

néanmoins le véritable. Nous fûmes donc nous mettre au lit.

Quand je la tins dans mes bras, je voulus mettre ma main où

elle avait reçu les plus grands coups; mais elle la repoussa

en me disant qu'elle y souffrait trop de douleur.

Il ne m'en fallut pas davantage pour la sommer de sa parole et

la presser de me la tenir:

-- Ah! ma chère Rose, ma curiosité a été bien mal satisfaite.

Courbelon est venu comme les autres fois. J'avais l'oreille au

guet, je fus lui ouvrir, il s'est jeté à mon cou.

Après bien des baisers et des caresses, il m'a prise dans ses

bras et m'a portée sur le pied du lit en promenant ses mains

partout où il a voulu, d'autant que je m'y prêtais sans

feindre aucune résistance. Enfin, m'ayant penchée sur le lit,

il m'a enfoncé son vit qu'il avait mouillé de salive; mais

quelle douleur ne m'a-t-il pas faite; ce vit, d'une grosseur

énorme, me déchirait; je n'osai crier, j'en versais des

larmes. Il tâchait de me consoler en m'embrassant et en

m'assurant qu'une seconde fois je n'aurais plus que du

plaisir. Il me trompait: il y revint et ma douleur fut aussi

vive, je souffrais tout ce qu'on peut endurer. Il s'y présenta

une troisième fois; je ne voulais plus y consentir; il me

pressa si fort, en y joignant tant de baisers et de caresses,

que je ne pus lui refuser. Il s'y prit si doucement et avec

tant de précautions que je croyais ne plus endurer un tel

tourment, mais il fut presque le même. Ces vives souffrances

que j'ai ressenties, jointes à la crainte des enfants qui

s'est retracée plus fortement à mon imagination, m'éloignent

d'une pareille épreuve. Il m'en reste même une cuisson si

grande que je ne puis encore y toucher sans renouveler mes

douleurs, et c'est ce qui m'a fait refuser de participer à la

danse.

-- Sans doute, chère cousine, qu'étant bien plus jeune que

Justine, tu es beaucoup plus étroite.

-- C'est bien ce que me disait Courbelon, en m'assurant que le

temps et l'usage m'élargiraient. Mais en attendant je n'en

souffre pas moins.

Il fallut donc rester tranquilles et nous nous endormîmes.

Le lendemain, Justine fut attirer Isabelle dans sa chambre et

lui dit qu'elle s'était aperçue que Courbelon y était venu la

veille, qu'elle avait trouvé à la porte du petit escalier, qui

n'était pas fermée comme elle le faisait ordinairement, un

morceau du bouquet qu'il avait ce jour-là; qu'elle avait très

bien distingué que son lit avait été foulé, et qu'enfin elle

avait appris qu'au lieu d'être sortie avec sa mère, comme je

lui avais dit, elle était restée et n'avait quitté la maison

que deux heures après moi; qu'elle jugeait bien ce qui s'était

passé, qu'elle l'engageait de le lui avouer; qu'elle ne devait

pas avoir de crainte ni faire de mystère avec elle puisqu'elle

n'avait rien à redouter de sa part, étant pour le moins aussi

intéressée qu'elle à ce que personne n'en sût rien. Isabelle

s'en défendit d'abord; mais les marques étaient si claires

pour Justine qu'à la fin elle lui avoua que Courbelon était

venu et lui avait fait les caresses dont il usait

ordinairement. Justine lui soutint qu'assurément il lui avait

mis; que tout lui démontrait qu'elle n'en devait pas douter.

Ma cousine ne voulut point en convenir, mais cette fille lui

dit qu'elle le connaîtrait bientôt. Comme elle était forte,

elle la prit dans ses bras et la coucha sur le lit; Isabelle,

ne pouvant lui résister et se persuadant qu'elle y connaîtrait

quelque chose, craignant encore que, pour s'en assurer, elle

ne renouvelât ses douleurs, lui fit l'aveu de tout ce qu'elle

m'avait raconté.

Justine, qui redoutait infiniment les suites de cette

aventure, ou vivement piquée contre Courbelon, apporta depuis

tant de difficultés et d'obstacles à leurs entrevues que ma

cousine et lui ne pouvaient plus se voir avec la facilité

qu'elle leur avait procurée, et, peut-être alors jalouse de

lui, elle ne lui permit plus de revenir; elle parvint, enfin,

par toutes les voies et les moyens qu'elle put imaginer à

rompre cette liaison, d'autant plus aisément qu'elle y

employait la vigilance la plus grande. Courbelon, jugeant

qu'il ne pourrait jamais surmonter les obstacles qu'opposait

une surveillante aussi éclairée et au fait de cette allure, se

brouilla avec elle; et comme, dans cette circonstance, il fut

obligé quelque temps après de se rendre dans une autre

province, il oublia bientôt Isabelle et Justine qui, elle-même,

peu après son départ, se retira de chez ma tante et

quitta la ville où nous étions. C'est ce qui m'a fait penser,

depuis, qu'elle était allée dans le même lieu où s'était rendu

Courbelon, pour qui elle aurait tout sacrifié.

Dans les premiers temps, Isabelle n'endura pas sans chagrin le

déplaisir de ne le plus voir; elle me faisait part de tout ce

que son humeur lui inspirait. Je la consolais du mieux qu'il

m'était possible; j'y parvins à la longue, et les plaisirs que

nous nous procurions ensemble lui firent supporter avec plus

d'aisance, et même oublier à la fin, cette perte qui m'avait

aussi fort déplu. Je désirais être quelque jour de leurs

parties; je projetais d'y engager ma cousine, et je m'en

flattais d'autant mieux qu'elle avait pris pour moi une forte

inclination qui ne servit pas peu, depuis, à dissiper son

chagrin. Ces contretemps détruisirent mes desseins, et la

nécessité fit que je n'y pensai bientôt plus.

Nous passâmes encore quatre mois ensemble, pendant lesquels

elle m'instruisit de tout ce qu'elle avait appris de Courbelon

et de Justine, qui l'avaient rendue très habile.

Les réflexions que j'ai faites depuis sur cette aventure et

sur les réponses d'Isabelle aux différentes questions que je

lui faisais m'ont fait voir que Courbelon avait jeté ses

desseins sur ma cousine ensuite du jour où elle l'avait trouvé

sur Justine, et que, sous le prétexte de mieux engager

Isabelle à garder le secret, il avait fait entendre à cette

fille que le moyen le plus assuré était de l'admettre en tiers

dans leurs plaisirs, autant que la petite oie pourrait

s'étendre; qu'enfin il avait su l'en convaincre et la faire

donner dans le panneau qu'il leur tendait; sans quoi la

jalousie que nous soupçonnions à Justine s'y serait

difficilement prêtée.

Le temps que je passai chez ma tante fut trop tôt écoulé; je

fus rappelée par ma mère: il fallut nous séparer. Nous ne nous

quittâmes pas sans regret, et nous ne pûmes en venir à cette

séparation sans verser bien des larmes. Ma tante en fut

touchée et me promit qu'elle ferait tout ce qui dépendrait

d'elle pour me ravoir encore. Elle et ma cousine, qui

pouvaient jouir d'une agréable liberté, me plaignaient,

n'envisageant pour moi que des jours bien tristes et remplis

d'ennui avec une mère dévote qui ne voyait personne. Je le

croyais comme elles; mais nous avions toutes tort.

Arrivée chez ma mère, je mis à profit tout ce que j'avais

appris du hasard et d'Isabelle: comme elle, je me procurais

tous les jours les sensations les plus délicieuses du plaisir;

souvent même j'en redoublais la dose. Mon imagination

échauffée n'était emplie que des idées qui y avaient rapport.

Je ne pensais qu'aux hommes, je fixais mes regards et mes

désirs sur tous ceux que je voyais: les yeux, attachés sur

l'endroit où je savais que reposait l'idole que j'aurais

encensée, animaient mes désirs dont le feu se répandait

jusqu'aux extrémités de mon corps. Ce fut dans cet instant que

Vernol revint passer ses vacances chez ma mère; il avait un an

et demi de plus que moi. Ah! que je le trouvai beau; j'en fus

surprise; jusque-là ses charmes m'avaient échappé. Il est vrai

que l'âge à peu près égal de l'enfance nous avait toujours

donné beaucoup d'amitié l'un pour l'autre; mais dans ce moment

ce fut tout autre chose: il réunit tous mes désirs, une ardeur

dévorante s'empara de tous mes sens, je ne vis plus que lui,

toutes mes idées s'y concentrèrent. Depuis longtemps je

souhaitais d'examiner de près, et de toucher, ce que je

n'avais fait qu'entrevoir à Courbelon. Je sentais que j'étais

trop jeune pour me flatter de devenir l'objet des desseins

d'un homme plus âgé, et, me persuadant que leur instrument

grossissait à la mesure de leurs années, les douleurs

d'Isabelle m'effrayaient.

D'ailleurs je ne voyais personne qui pût jeter les yeux sur

moi ni arrêter les miens; cependant, j'étais dans une vive

impatience et je fis de Vernol le but où je désirais

atteindre.

Sa chambre était derrière celle de ma mère où je couchais.

Le Rideau levé; ou l'Education de Laure · 第 5 / 9 段