Le sage ne souffrira jamais? Aucun orage n'assombrira le ciel de sa
demeure? Personne ne lui tendra de piège? Sa femme et ses amis ne le
trahiront point? Ce qu'il avait cru noble ne deviendra pas vil? Ni son
père, ni sa mère, ni ses fils, ni ses frères ne mourront comme les autres?
Toutes les voies par lesquelles la douleur entre en nous seront donc
défendues par des anges? Et Jésus-Christ n'a pas pleuré devant le tombeau
de Lazare? Et Marc-Aurèle n'a pas souffert entre son fils Commode, en qui
le monstre apparaissait déjà, et sa femme Faustine, qu'il aimait et qui ne
l'aima point? Et Paul-Émile, aussi sage que Timoléon, n'a pas gémi sous la
main du destin quand l'aîné de ses fils mourut cinq jours avant son
triomphe dans Rome et le second trois jours après? Est-ce donc là l'abri
que la sagesse offre au bonheur? Nous faut-il effacer ce que nous avons
dit, et inscrire la sagesse au nombre de ces illusions par lesquelles l'âme
humaine tente de justifier aux yeux de la raison des désirs que
l'expérience déclare presque toujours déraisonnables?