XXVIII

Si la sagesse n'obéissait qu'à la raison, et s'il suffisait qu'elle

triomphât exactement des conseils de l'instinct, elle serait toujours

pareille à elle-même. Il n'y aurait qu'une seule sagesse; et l'homme en

aurait fait le tour, parce que la raison a déjà fait plus d'une fois le

tour de son domaine.

Or, s'il y a plusieurs points fixes dans la sagesse, rien n'est cependant

plus différent que l'atmosphère qui l'enveloppe dans Socrate et dans

Jésus-Christ, dans Aristide et dans Marc-Aurèle, dans Fénelon et dans

Jean-Paul. Rien ne se transformerait plus complètement qu'un événement

pareil qui tomberait le même jour dans les eaux vives de la sagesse de ces

hommes, au lieu que s'il tombait dans l'eau stagnante de leur raison il y

demeurerait exactement semblable à ce qu'il est en soi. Imaginez que

Jésus-Christ et Socrate rencontrent la femme adultère; leur raison dira à

peu près les mêmes choses, mais leur sagesse, par delà leurs paroles, par

delà leurs pensées, aura des mouvements qui n'appartiendront pas aux mêmes

mondes. C'est la vie même de la sagesse qui veut ces différences. Les sages

partent tous du même point, qui est le seuil de la raison. Mais ils

commencent à s'éloigner les uns des autres à compter du moment où les

triomphes de la raison n'hésitent plus; c'est-à-dire à compter du moment où

ils pénètrent librement dans la région de l'inconscience supérieure.

La sagesse et la destinée · 第 27 / 114 题