La raison ouvre la porte à la sagesse, mais la sagesse la plus vivante ne
se trouve pas dans la raison. La raison ferme la porte aux destinées
mauvaises, mais c'est notre sagesse qui ouvre à l'horizon une autre porte
aux destinées propices. La raison se défend, interdit, recule, élimine,
détruit; la sagesse attaque, ordonne, avance, ajoute, augmente et crée. La
sagesse est bien plutôt un certain appétit de nôtre âme qu'un produit de
notre raison. Elle vit au-dessus de la raison; aussi le propre de la
véritable sagesse est-il de faire mille choses que la raison n'approuve
pas, ou n'approuve qu'à la longue. C'est ainsi que la sagesse a dit un jour
à la raison qu'il fallait rendre le bien pour le mal et aimer ses ennemis.
La raison, s'élevant ce jour-là sur ce qu'il y a de plus haut dans son
empire, a fini par l'admettre. Mais la sagesse n'est pas encore satisfaite;
et toute seule elle cherche bien plus loin.