On nous affirme que toutes les grandes tragédies ne nous offrent pas
d'autre spectacle que la lutte de l'homme contre la fatalité. Je crois, au
contraire, qu'il n'existe pas une seule tragédie où la fatalité règne
réellement. J'ai beau les parcourir, je n'en trouve pas une où le héros
combatte le destin pur et simple. Au fond, ce n'est jamais le destin, c'est
toujours la sagesse qu'il attaque. Il n'y a de fatalité véritable qu'en
certains malheurs extérieurs, tels que les maladies, les accidents, la mort
inopinée de personnes aimées, etc., mais il n'existe pas de _fatalité
intérieure_. La volonté de la sagesse a le pouvoir de rectifier tout ce qui
n'atteint par mortellement notre corps. Souvent même elle parvient à
s'introduire dans le domaine étroit des fatalités extérieures. Il est vrai
qu'il faut accumuler en soi, un lourd, un patient trésor, pour que cette
volonté trouve, au moment solennel, les forces nécessaires.