VIII

Mais ce sentiment de soi-même, tel qu'on le comprend d'habitude, se limite

trop volontiers à la connaissance de nos défauts et de nos qualités. Il

peut s'étendre à des mystères infiniment plus secourables. Se connaître

soi-même, ce n'est pas seulement se connaître au repos ou se connaître plus

ou moins dans le présent et le passé. Les êtres dont je parle n'ont en eux

cette force que parce qu'ils se connaissent aussi dans l'avenir. Avoir

conscience de soi-même, pour les hommes les plus grands, c'est avoir

conscience, jusqu'à un certain point, de son étoile ou de sa destinée. Ils

connaissent une partie de leur avenir parce qu'ils sont déjà une partie de

cet avenir même. Ils ont confiance en eux parce qu'ils savent dès

aujourd'hui ce que les événements deviendront dans leur âme. L'événement en

soi, c'est l'eau pure que nous verse la fortune et il n'a d'ordinaire par

lui même ni saveur, ni couleur, ni parfum. Il devient beau ou triste, doux

ou amer, mortel ou vivifiant, selon la qualité de l'âme qui le recueille.

Il arrive sans cesse à ceux qui nous entourent mille et mille aventures qui

semblent toutes chargées de germes d'héroïsme, et rien d'héroïque ne

s'élève après que l'aventure s'est dissipée. Mais Jésus-Christ rencontre

sur sa route une troupe d'enfants, une femme adultère ou la Samaritaine, et

l'humanité monte trois fois de suite à la hauteur de Dieu.

La sagesse et la destinée · 第 8 / 114 题