À côté de ceux qui sont opprimés par les hommes et par les événements, il
y a en effet d'autres êtres en qui se trouve une sorte de force intérieure
à laquelle se soumettent non seulement les hommes, mais même les
événements, qui les entourent. Ils ont conscience de cette force; et cette
force n'est d'ailleurs autre chose qu'un sentiment de soi-même qui a su
s'étendre au delà des bornes de la conscience habituelle aux hommes.
On n'est chez soi, on n'est à l'abri des caprices du hasard, on n'est
heureux et fort que dans l'enceinte de sa conscience. Au reste, ces choses
ont été dites trop souvent pour que nous nous y arrêtions, si ce n'est pour
fixer notre point de départ. Un être ne grandit que dans la mesure où il
augmente sa conscience, et sa conscience augmente à mesure qu'il grandit.
Il y a ici d'admirables échanges; et de même que l'amour est insatiable
d'amour, toute conscience est insatiable d'extension, d'élévation morale,
et toute élévation morale est insatiable de conscience.