Le lundi soir, après dîner, on passa au salon pour prendre le café.
Zozé inaugurait une robe en mousseline bleu de lin, dont le corsage
échancré laissait à nu son cou cerclé d'un double rang de perles. Le
marquis était en habit et cravate blanche, Gérald en smoking avec une
rose jaune à la boutonnière. Et il émanait d'eux comme un reflet de
fête.
Les hautes croisées de la pièce étaient demeurées ouvertes. Elles
donnaient de plain-pied sur la terrasse du pourtour. Par l'écartement
de leurs battants, on apercevait la pelouse et les corbeilles, l'amas
touffu des arbres du parc. Le jour ne se retirait qu'à regret. Ses
clartés grises semblaient, dans l'air, disputer à la nuit la tiède
saveur de cette journée finissante.
--Jolie soirée! fit M. de Meuze qui fumait un cigare au balcon de la
terrasse.
M. Raindal, assis dans le fond du salon, face à la fenêtre, lisait le
journal près d'une lampe. Mme Chambannes et Gérald causaient dans
l'angle de gauche sur un petit divan de cretonne. La tante Panhias
servit à chacun le café, tout en maugréant contre son mari qui s'était
obstiné à ne partir qu'après le dessert. Avait-on jamais vu entêtement
si absurde! Dès lors que l'on se rendait au-devant de quelqu'un,
n'était-ce pas le moins que de sacrifier son dessert? Et elle
tourmentait Zozé pour connaître l'heure des trains, calculer les
correspondances, décider si l'oncle Panhias arriverait en temps voulu!