XVII

Le lundi soir, après dîner, on passa au salon pour prendre le café.

Zozé inaugurait une robe en mousseline bleu de lin, dont le corsage

échancré laissait à nu son cou cerclé d'un double rang de perles. Le

marquis était en habit et cravate blanche, Gérald en smoking avec une

rose jaune à la boutonnière. Et il émanait d'eux comme un reflet de

fête.

Les hautes croisées de la pièce étaient demeurées ouvertes. Elles

donnaient de plain-pied sur la terrasse du pourtour. Par l'écartement

de leurs battants, on apercevait la pelouse et les corbeilles, l'amas

touffu des arbres du parc. Le jour ne se retirait qu'à regret. Ses

clartés grises semblaient, dans l'air, disputer à la nuit la tiède

saveur de cette journée finissante.

--Jolie soirée! fit M. de Meuze qui fumait un cigare au balcon de la

terrasse.

M. Raindal, assis dans le fond du salon, face à la fenêtre, lisait le

journal près d'une lampe. Mme Chambannes et Gérald causaient dans

l'angle de gauche sur un petit divan de cretonne. La tante Panhias

servit à chacun le café, tout en maugréant contre son mari qui s'était

obstiné à ne partir qu'après le dessert. Avait-on jamais vu entêtement

si absurde! Dès lors que l'on se rendait au-devant de quelqu'un,

n'était-ce pas le moins que de sacrifier son dessert? Et elle

tourmentait Zozé pour connaître l'heure des trains, calculer les

correspondances, décider si l'oncle Panhias arriverait en temps voulu!

Les Deux Rives: Roman · 第 58 / 69 题