M. Raindal avait redressé son front congestionné:

--Moi?... Non! Pas du tout! fit-il avec la sensation d'une onde

réconfortante qui lui baignait le cœur... Seulement, il y a ma femme,

ma fille...

--Elles viendraient aussi!...

--Croyez-vous? fit le maître d'un ton dubitatif.

--Certainement, à moins qu'elles ne refusent, qu'elles n'aient des

raisons pour cela!

M. Raindal se taisait, le visage déconfit, et, se cabrant contre un

besoin de dénoncer ses bourreaux domestiques:

--Des raisons! s'écria-t-il enfin... Pardieu, elles n'en ont aucune...

pas la moindre!... Pourtant vous les connaissez vaguement... Ma fille,

une sauvage; ma femme une dévote... En présence de tels caractères, on

est toujours sur le qui-vive... De toutes façons j'essaierai, ma chère

amie, et vous devinez avec quel zèle, avec quelle vigueur

d'affection...

Il s'autorisa de cette période éloquente pour rembrasser la main de

Zozé. La véhémence de son engagement soutint, la soirée durant, ses

espoirs. Au surplus, jamais encore il n'avait affronté la lutte. Il

l'avait plutôt esquivée, ajournée par la patience et par la ruse.

Savait-on ce que donnerait, dans une rencontre ouverte, l'élan de ses

griefs et de ses désirs retenus pendant tant de mois!

Les Deux Rives: Roman · 第 45 / 69 题