M. Raindal serra énergiquement la main du prévoyant ecclésiastique.

Outre l'abbé Touronde, sur la recommandation expresse du maître, Mme

Chambannes n'invitait, le jeudi, que des proches, tels que l'oncle et

la tante Panhias ou le marquis de Meuze, qui avait sollicité d'être

admis à ces dîners de choix.

Gérald, lui, craignant de s'ennuyer, n'y paraissait presque plus, et

Zozé se glorifiait de cette abstention constante comme du symptôme

d'une jalousie qu'elle n'avait jamais espérée.

Qui eût dit que ces entretiens organisés par un caprice d'oisiveté,

une inspiration fortuite, serviraient un jour de représailles contre

les perpétuelles coquetteries du jeune comte! Et des représailles sans

danger, encore, qui tout au plus autorisaient Gérald à prendre des

leçons avec une vieille dame!... En amour n'est-on pas égaux, et les

droits de l'un ne sont-ils pas calqués sur les droits de l'autre?

Zozé, du moins, y croyait fermement.

Elle s'en attachait davantage à M. Raindal. C'était comme un allié, un

complice de parade, et, lorsque des amies s'informaient devant Gérald

si le flirt avec «son vieux savant» durait toujours, elle avait pour

se défendre des sourires malicieux, des «Vous êtes bête!», ou

«Laissez-moi donc tranquille!» qui révélaient sa joie de la

coïncidence. Comme il devait enrager, M. Raldo, comme il devait l'en

aimer plus!... Si la prudence ne l'eût empêchée, elle l'aurait à ces

instants-là, embrassé de reconnaissance.

Puis l'exclusive intimité dont l'honorait M. Raindal lui attirait

chaque jour des remarques flatteuses. Le bruit s'en répandait parmi

les amis de la maison. On en jasait. On questionnait Mme Chambannes

sur les façons du maître comme sur les mœurs d'un sauvage qu'elle

aurait apprivoisé par miracle. Beaucoup de dames jugeaient cette

amitié suspecte, cette lubie d'étudier incompréhensible, cette

préférence du maître inexplicable, et elle protestaient que sûrement

il y avait là-dessous quelque chose. D'autres disaient de Zozé: «Elle

est folle!» et dénigraient le physique de M. Raindal. Les plus fidèles

plaidaient en invoquant l'irréprochable tendresse de la jeune femme

pour Gérald. Mais devant ces arguments Marquesse haussait les épaules

et Herschstein fredonnait une fanfare de chasse, avec d'autant plus de

scepticisme que, par deux fois déjà, le maître avait décliné le

plaisir de figurer à leurs dîners. Bonnes aux femmes, ces histoires!

Les faits demeuraient les faits. Que les Chambannes fussent contents

d'avoir accaparé le père Raindal, rien de plus naturel. Seulement,

quant à leur raconter que le vieux venait là pour la science, pour

l'amour de l'art, oh! non, pas à eux, Herschstein et Marquesse! Tout

ce qu'ils concédaient à la défense, c'était de ne point spécifier la

nature ou les bornes du flirt... Et encore dans la vie, on en voit

quelquefois de si étranges! Le mieux paraissait donc à ces hommes

équitables de s'en tenir aux hypothèses et de ne pas préciser.

Mise au courant des médisances par l'intermédiaire de Mme Pums, Zozé

répliqua fièrement «qu'elle était au-dessus de ces horreurs». Elle

négligeait maintenant l'abbé Touronde, l'otage pourtant chéri de cette

société où chacun à l'envi le choyait, comme si sa noire soutane eût

été un drapeau de garantie et de sauvegarde. Elle reportait sur M.

Raindal tous les soins délicats, toutes les prévenances qu'elle

prodiguait jadis au conciliant ecclésiastique. Le jour anniversaire de

sa naissance, elle donna au maître une somptueuse épingle formée d'un

scarabée de turquoise avec une sertissure d'or mat. Elle avait inventé

ce cadeau autant pour contenter M. Raindal que dans l'espoir de lui

voir quitter les minces cordonnets de soie noire qui d'habitude

nouaient son col. La tentative réussit. Le jeudi suivant, M. Raindal

avait arboré un large plastron de satin bleu sombre, que rehaussait au

centre le bleu pâle de la turquoise.

--Vous avez une bien jolie cravate! remarqua Zozé pendant le dîner.

Les traits de M. Raindal se parèrent d'une expression modeste:

--Vraiment?... fit-il.

D'ailleurs il ne se souciait pas d'élégance. Il s'habillait selon les

idées de son tailleur--un petit tailleur de la rue de Vaugirard dont

il était le client depuis une trentaine d'années.

--Vous avez tort! fit Zozé... Les bons faiseurs ne reviennent pas plus

cher que les mauvais... Pourquoi n'allez-vous pas chez Blacks, le

tailleur de Georges?...

Chambannes était de la même opinion. M. Panhias se joignit à eux; et

le maître vaincu fixa rendez-vous avec Georges, afin de se commander

un vêtement chez Blacks.

Le tailleur, d'abord obséquieux, quand Chambannes lui nomma M.

Raindal, de l'Institut, se fit tranchant et sec dès qu'il s'agit de

choisir l'étoffe. Le maître déconcerté n'osa le contrecarrer. A

l'essayage, ce fut bien pis. M. Raindal ne voulait pas de revers en

soie à sa redingote. Blacks prétendait l'y contraindre. M. Raindal,

perdant patience, se révolta. Il ne voulait pas de revers et il n'en

aurait pas. Blacks s'inclina avec une grimace hypocrite, reconnaissant

que tous les clients ont leur goût. Seulement, lorsqu'il livra le

costume et que M. Raindal ouvrit la redingote, les revers de soie y

étalaient leurs scintillants triangles.

Le maître se plaignit doucement de cette impudence auprès de ses amis

Chambannes. Tous deux, en riant très fort, donnèrent raison à Blacks;

et M. Raindal apaisé par ces rires se rallia à leur avis. Zozé, dès

lors, ne se gêna plus pour conseiller le maître dans les questions de

toilette. Il obéissait de bon cœur à la fois dans le désir de lui

plaire et par un besoin de raffinement qui le tourmentait en secret.

Pourtant ces frais accumulés avaient obéré son budget. Chaque semaine,

en fiacres, en fleurs, en gants, sans compter les dépenses plus

grosses, telles que la commande chez Blacks, il augmentait le déficit.

Le prix Vital-Gerbert, que l'Académie lui avait finalement décerné, le

tira d'affaire à point. Sur les dix mille francs qu'il avait touchés,

il n'en plaça que huit mille, réservant les deux mille de reste pour

l'imprévu, pour l'argent de poche.

A toute autre époque de sa vie, il aurait rougi de frustrer ainsi sa

famille. Mais le devoir est un fardeau qu'on ne porte volontiers qu'à

plusieurs. Et M. Raindal trouvait précisément dans la conduite des

siens un prétexte à son égoïsme.

Non pas que la guerre fût entamée. Loin de là, fidèles à leur complot,

les deux dames Raindal multipliaient les concessions pour maintenir

l'harmonie comme naguère. Jamais, grâce à leurs efforts, le ménage

n'avait semblé plus exempt de discordes. C'était à qui d'entre elles

éviterait les allusions, les contradictions, les motifs de désaccord.

Le maître, de son côté, dans l'appréhension des railleries, observait

le silence sur ses dîners hebdomadaires. On en venait à ne plus

prononcer le nom des Chambannes que par nécessité, et ces dames en

enveloppaient même les syllabes d'une intonation légère, sympathique,

comme on entoure de ouate les objets explosifs. Lorsque M. Raindal

formulait des théories inaccoutumées sur l'utilité publique du luxe,

les dangers du puritanisme, les avantages sociaux du plaisir, Thérèse

en dissertait avec lui sans nulle acrimonie, comme sur un sujet de

science économique qu'aucun lien n'eût relié à leur vie actuelle. Par

un surcroît de précautions elle avait obtenu de l'oncle Cyprien qu'il

renonçât aux plaisanteries d'usage concernant Mme Rhâm-Bâhan; et M.

Raindal cadet ne déversait plus sa verve que dans l'oreille de son

auditeur ordinaire Schleifmann.

Mais, malgré cette façade de calme et de bonne entente, le maître ne

se sentait plus chez lui en paix, en confiance. Il se devinait épié,

persiflé, censuré tout bas ou tout haut à chacun de ses actes, à

chacune de ses paroles; et il avait peine à contenir sa colère contre

cette hostilité muette, insaisissable, quoique toujours en éveil, qui

rôdait continuellement autour de sa personne.

Tout en la redoutant, il aurait, certains jours, souhaité une dispute

ouverte, un éclat sans détours, quelque solide et claire altercation

de famille où chacun eût crié ses griefs, défendu sa cause.

Qu'on l'attaquât un peu, qu'on le questionnât seulement, et il saurait

bien se disculper! Quel mal faisait-il, après tout? Courait-il les

salons comme beaucoup de ses collègues? Avait-il profité de l'élan de

son triomphe pour forcer l'accès de ces petites bastilles littéraires,

but final de tant d'ambitions mesquines? N'avait-il pas, au contraire,

repoussé toutes les invitations, celles de Mme Pums, de Mme

Herschstein, de Mme de Marquesse, voire celles de dames plus en renom

qu'au besoin il citerait? N'avait-il pas vingt fois exhorté

discrètement sa fille et sa femme à rendre chez les Chambannes la

visite qu'elles devaient? N'était-il pas prêt à les emmener rue de

Prony aussi souvent qu'elles le désireraient? Tenait-il rigueur à Mme

Raindal, comme eussent fait tant d'autres, de toutes les déceptions et

de toutes les amertumes que sa foi inquiète avait jetées entre eux?

Jouait-il le rôle d'un mauvais mari, d'un mauvais père, d'un homme

frivole et dissipé?... Donc, que lui reprochait-on? Pourquoi était-il

obligé de se méfier à présent des siens comme d'ennemis

déclarés,--comme de ce méprisable Saulvard, par exemple, qui poussait

la rancune de sa défaite au point d'avoir refusé coup sur coup trois

invitations de Mme Chambannes?... Et l'emmêlement de ces soucis, joint

au silence qu'il s'imposait, achevait de lui donner en dégoût sa

maison, son intérieur, tout ce qui avait été pour lui jusque-là le

bonheur et la quiétude.

A force de se démontrer son innocence, des doutes, par instants, le

gagnaient. Il se demandait si réellement peut-être son amitié avec la

jeune Mme Chambannes n'était point de nature à lui causer du

préjudice dans les milieux savants, si peut-être il n'eût pas été plus

convenable d'espacer ses visites, si tant de régularité ne prêterait

pas à la malveillance. Mais sur-le-champ une rébellion, qu'il

attribuait à l'orgueil, le faisait sourire de tels scrupules. Il

puisait dans ces réflexions une énergie nouvelle à suivre son

penchant. Toute la semaine durant, il ne manquait aucune occasion de

flétrir, à table ou ailleurs, les ridicules de la pédanterie,

l'hypocrisie des gens austères, une foule de travers et de personnages

anonymes auxquels Mme Raindal, Thérèse, l'oncle Cyprien eussent pu,

sans invraisemblance, surajouter leur nom. Puis le jeudi d'après,

c'était avec un fracas de provocation, une allure quasi-belliqueuse

qu'il accomplissait son départ, en tapant une à une toutes les portes.

Il arrivait chez Mme Chambannes; et, dès le vestibule, dans le tiède

parfum d'encens qui le caressait comme un premier salut de bienvenue,

son ressentiment tombait. Ici tout le monde lui souriait, s'empressait

à le satisfaire, depuis Firmin, le domestique qui le débarrassait de

son paletot en l'interrogeant affectueusement sur sa santé du jour

jusqu'à l'abbé Touronde, jusqu'à la tante Panhias, jusqu'à ce

nonchalant Chambannes lui-même! En haut, Zozé marchait à sa rencontre,

lui tendant une main à baiser. Et pendant quatre bonnes heures, M.

Raindal oubliait ses contrariétés, ses déboires familiaux, les petites

appréhensions de la semaine. Il ne s'en souvenait qu'au moment de

partir. Alors, quand onze heures sonnaient, il avait une impression de

mélancolie, de plaisir terminé, comme un collégien que la rentrée

appelle.

Zozé l'accompagnait dans le vestibule, veillait à ce qu'il se couvrît

bien, lui recommandait de ne pas se refroidir, et, comme on atteignait

la fin de l'hiver, elle murmurait à son mari, la porte une fois close:

--Pauvre vieux!... C'est tout de même une fière trotte à son âge... Je

ne suis pas fâchée que le printemps recommence!

Si le temps était favorable, M. Raindal revenait à pied, par exercice

d'hygiène.

La route lui semblait longue, mais, à mesure qu'il approchait de la

rue Notre-Dame-des-Champs il ralentissait le pas, sa démarche se

faisait plus irrégulière. On eût dit qu'il voulait retarder l'instant

de rentrer chez lui.

Enfin, il gravissait son escalier, dont les marches cirées se

dérobaient sous ses semelles. Un froid de cave s'élevait des murailles

à marbrures peintes où la bougie projetait une ombre gigantesque. M.

Raindal ouvrait sa porte. Une odeur de cuisine et d'encaustique le

saisissait à la gorge. Il traversait sur la pointe des pieds le petit

appartement, et la doublure soyeuse de sa redingote bruissait le long

de ses jambes comme un dernier écho des élégances qu'il venait de

quitter. La médiocrité du logis ne lui en était que plus sensible.

Quelle pauvreté de meubles, quel manque de confortable après les

luxes, les aises et les délicatesses de toute sorte qui abondaient rue

de Prony! M. Raindal exhalait un soupir de tristesse, puis se glissait

dans son lit auprès de Mme Raindal qui ronflait imperturbablement

dans un lit parallèle... Souvent il restait sans éteindre à rêvasser,

à se remémorer la soirée: et sa nostalgie se dissipait en revivant ces

souvenirs.

Elle ressuscitait le lendemain à la vue de Thérèse, dans son grossier

accoutrement du matin, avec cette vulgaire robe de chambre en bure, si

différente des chatoyants peignoirs de Mme Chambannes.

Ah! M. Raindal s'expliquait la sévérité de la jeune fille envers sa

petite élève. L'envie, hélas! évidemment, l'envie! La jalousie

incapable de discerner autre chose dans Mme Chambannes que ses lacunes

de savoir, ses défauts intellectuels, comme si l'érudition était tout

en une femme, comme si la beauté, l'élégance, l'art de séduire, ne

comptaient pas aussi parmi les dons précieux, les facultés puissantes!

Et dans l'exaltation de sa découverte, au lieu d'en vouloir à sa fille

de cette disgrâce physique qui depuis quelque temps, malgré lui,

l'indisposait contre elle, il se sentait pris soudain d'un élan de

compassion. Il courait à Thérèse, il l'embrassait fougueusement au

front. Elle lui rendait le baiser sur la joue avec un effort de

tendresse. Mais son corps cambré en arrière démentait aussitôt la

simagrée de sa bouche. Entre eux un immatériel sortilège passait qui

s'opposait aux épanchements de jadis, aux confidences, à cette

solidarité de confrères qui durant tant d'années les avaient unis...

Ils retournaient au travail, déçus de leur impuissance à se joindre de

nouveau, aigris mutuellement par leur tentative avortée, se

maudissant pour les torts dont chacun croyait l'autre coupable. Et la

semaine reprenait dans cette paix chargée de brouille.

* * * * *

Par une précoce soirée de mars, aussi douce qu'une nuit d'été, M.

Raindal, en revenant de chez les Chambannes, aperçut une lumière dans

la chambre de sa fille.

Inquiet, car l'heure était avancée, il frappa et entra presque

simultanément.

A demi étendue sur les draps défaits de son lit, Thérèse, tout

habillée, sanglotait, la tête contre l'oreiller.

M. Raindal se précipita pour la relever. Mais d'elle-même elle s'était

redressée et vivement elle essuyait ses yeux. Il demanda, sans cesser

de la tenir dans ses bras:

--Qu'est-ce que tu as, fillette?... Tu pleures?... Tu as du

chagrin?...

Elle se dégagea d'un brusque mouvement d'épaules:

--Non, père! Merci... Ce n'est rien... Laisse-moi... je t'en prie...

--Alors, tu n'as pas besoin de moi? murmurait M. Raindal interloqué.

--Non, non, je t'assure... Va-t'en... Je te dis que ce n'est rien...

Ce sont les nerfs!...

Il n'osa insister, par peur de l'exaspérer, et il se retira en

refermant la porte avec un soin méticuleux, comme s'il eût quitté la

chambre d'un malade.

Les nerfs!... Hum!... Excuse de femme, voile de maladie dont toutes

elles recouvrent le secret de leurs colères. Qu'est-ce que Thérèse

pouvait avoir? Qui lui causait une peine aussi violente? Un remords

insinuait: «Si c'était toi, pourtant, tes sorties du jeudi, ton

obstination!» Et M. Raindal se promit d'en savoir le fin mot,

d'interroger Thérèse dès le lendemain matin.

Mais le lendemain s'écoula sans qu'il eût donné suite à son hardi

projet. Elle n'y pensait plus. Pourquoi la tourmenter de questions, la

pauvre enfant? Et puis, au fait, peut-être elle n'avait pas menti.

C'étaient peut-être bien les nerfs, en somme!

X

Les nerfs, cette sorte de «nerfs», elle en souffrait déjà depuis une

semaine, Mlle Raindal, ainsi que chaque année à l'approche de la

saison nouvelle.

Le soir, quand une tiède bouffée traversait l'air glacé comme

l'haleine du printemps en marche, sa gravité coutumière tournait à la

mélancolie; et elle attendait l'inévitable épreuve, dont ce souffle

pervers lui annonçait le retour.

L'universelle magie qui bouleverse alors tous les êtres la frappait

avec une particulière rigueur. Rien ne pouvait la garantir, ni son

savoir, ni sa raison, ni sa virile volonté. Elle succombait sous un

alanguissement de désirs sans but, qui par leur confusion même

laissaient un champ immense aux rêves de sa chasteté subitement

insurgée. Elle passait tour à tour des élans de tendresse les plus

puérils aux imaginations les plus chimériques. Des larmes d'émotion

humectaient ses paupières, ou tout à coup elle fondait en sanglots; et

pour le parfum d'une fleur, un orgue qui jouait en bas, un mendiant

qui chantait dans la rue une romance surannée, elle sentait son cœur

se gonfler de tristesse, avec des envies machinales d'appuyer sa tête

sur l'épaule robuste de quelqu'un.

C'était dans ces instants de faiblesse qu'elle éprouvait le plus de

haine contre Mme Chambannes, et contre son père le plus d'intolérance.

Leur conduite à tous deux lui semblait plus révoltante, plus absurde,

plus dérisoire que de coutume, et elle se consolait à prendre pour du

mépris l'envie que lui inspirait leur bonheur d'être ensemble.

Puis, le sentiment aigu de sa laideur et de son isolement l'entraînait

à des souhaits tous irréalisables.

Ah! être belle, ou plutôt simplement être une de ces créatures

séduisantes que quelques hommes se disputent et qui peuvent choisir!

Être femme, en un mot, surexciter des convoitises, repousser des

assauts, mener la vie guerrière de son sexe au lieu de s'étioler dans

une existence factice, parmi des besognes neutres et des amusements

d'érudit!

Mais comment changer, sans le charme nécessaire? Comment essayer de

plaire avec ces mains osseuses, ces yeux décolorés, cette bouche

amincie, qui n'avaient plu qu'une fois et pas au delà de huit jours?

Elle en arrivait dans son découragement à jalouser les filles qu'elle

voyait passer sur le boulevard Saint-Michel, les grisettes. A certains

moments, pour partager leurs joies, elle eût de bon gré tout donné, sa

science, son honneur et l'honneur des siens. Elle se rappelait aussi

des femmes illustres par leur esprit mais qui, trop laides pour qu'on

les aimât, n'avaient pas reculé devant les débauches clandestines; et

elle relisait en cachette, avec des frissons sensuels, les historiens

de scandales où ces faits étaient relatés. Parfois en revenant chez

elle au crépuscule, elle entendait un pas d'homme qui la suivait.

Qu'allait-il faire? L'accosterait-il? Elle en avait presque l'espoir,

quoique sûre de se bien défendre... Un soir, rue de Rennes, elle osa

se retourner: elle aperçut un vieux monsieur de l'âge de M. Raindal

qui lui souriait avec des grimaces de connivence.

Elle s'enfuit d'un pas trébuchant, chassée par la rage, la déception,

le dégoût d'elle-même.

Elle ne retrouvait de quiétude que, la journée achevée, quand, la

bougie éteinte, elle se glissait entre les draps. Il n'y avait pas

pour elle d'instant plus savoureux. Étendue sur le dos, elle laissait

monter doucement la marée du sommeil. Ses membres se paralysaient, ses

pensées s'emmêlaient, elle avait la sensation que son corps

l'abandonnait; et la nuit sans reflets favorisait ce rassurant mirage.

A ne plus se voir laide, Mlle Raindal gagnait de l'audace. Son âme

enfin libérée et, comme nue, s'élançait bravement en oraisons d'amour.

Qui invoquait-elle donc par ces adorations? Albârt? Un autre?... Le

sommeil l'emportait avant qu'elle précisât, et durant des heures

ensuite, elle s'étirait haletante parmi des songes bizarres qu'elle

avait oubliés le lendemain au réveil.

Mais à la plénitude enfiévrée de ses nuits elle mesurait le néant de

ses jours. Toute la matinée, des anxiétés de valétudinaire la

torturaient. Quand cela finirait-il? En était-ce fait pour toujours de

la vaillance de son cœur, de sa raison, de son esprit? Ou le chagrin,

comme tant de fois, s'userait-il peu à peu de lui-même, faute de

remèdes et de soulagement?... Ces questions l'affolaient d'angoisse.

Elle étreignait entre ses bras son oreiller, et ses lèvres

s'écrasaient contre, pour qu'à travers la porte on ne l'entendit pas

gémir...

* * * * *

Une après-midi, à la Bibliothèque nationale, elle feuilletait debout

devant un pupitre de chêne les énormes in-folio du _Corpus

inscriptionum ægyptiacarum_, quand tout à coup une ombre passa sur les

pages du livre. Elle redressa la tête et reconnut Bœrzell, le

prétendant évincé, le jeune assyriologue de la soirée Saulvard.

Accoudé en face d'elle à l'autre pente du pupitre, il la saluait en

souriant:

--Bonjour, mademoiselle! fit-il avec un clignement de ses yeux

affectueux derrière le cristal du binocle. Heu! heu! Il me semble que

vous avez des lectures bien frivoles!...

--N'est-ce pas? fit Thérèse, lui rendant son sourire... Mais ce n'est

rien encore après de ce que j'ai demandé...

--Quoi donc?

Elle énuméra les titres des livres qu'elle attendait. Bœrzell

feignait de s'indigner, criait au vol, à l'usurpation. Si les femmes

maintenant s'ingéraient dans de pareilles études! Et ils demeurèrent

quelques minutes à causer dans cette pose d'idylle, par-dessus le

pupitre qui leur tenait lieu de barrière fleurie.

Enfin Thérèse s'écria:

--Allons, monsieur, au revoir... Voilà qu'on m'apporte mes volumes...

Ce n'est plus le moment de bavarder... Je retourne à ma place...

Bœrzell s'inclinait, un gros in-octavo sous le bras:

--A bientôt, mademoiselle, j'espère...

--A bientôt, monsieur...

Instinctivement, elle le regarda s'éloigner, entre les rangées de

liseurs courbés à leur tâche.

Sans savoir comment, elle le trouvait moins gauche qu'au bal, moins

déplaisant, transfiguré.

Il s'avançait d'un air placide, décochant de-ci de-là un bonjour,

s'arrêtant pour une poignée de main, s'attardant à un bref colloque,

et dans cette atmosphère propice, sa chevelure en broussaille, sa

barbe mal taillée, sa redingote luisante, sa silhouette négligée de

combattant de l'idée, tous ses désavantages mêmes le servaient. Il

bénéficiait de cette beauté passagère que donnent l'aisance et

l'autorité dans un milieu approprié. Il était beau comme un chef de

bureau dans son cabinet de ministère, beau comme un adjudant à la

porte d'une caserne.

--Peuh! le pauvre diable n'est pas si mal, murmura Thérèse en

regagnant sa place.

Puis elle se mit à la besogne et l'oublia complètement. Mais comme, à

la sortie, elle s'approchait du vestiaire, la voix de Bœrzell

retentit encore au-dessus de son épaule.

--Oui, c'est moi, mademoiselle!...Me permettez-vous de vous

accompagner?... Je crois que nous sommes voisins... Moi, j'habite le

haut de la rue de Rennes...

Mlle Raindal hésitait. Non pas que la convenance de l'offre

l'inquiétât. Elle dédaignait depuis longtemps les petits préjugés sur

les cas de ce genre; car les vieilles filles sont comme des

souveraines déchues qui, le pouvoir une fois perdu, s'affranchissent

de l'étiquette. Par contre, elle supputait si jusqu'à la rue de Rennes

la société de Bœrzell l'ennuierait.

Enfin elle prononça:

--Eh bien! soit!... Je ne demande pas mieux... Faisons route

ensemble...

Dehors il bruinait. La chaussée était grasse, et dans l'étroite rue

Richelieu les chevaux glissaient, trottant de biais comme si un grand

vent leur eût cintré la croupe. Quelques passants ouvraient leur

parapluie. Bœrzell les imita pour abriter Thérèse. A chaque pas, il

recevait des chocs et la pointe des baleines burinait à rebrousse-poil

des raies dans la soie de son chapeau. Ou bien une poussée de gens les

séparait. Thérèse se retournait, l'œil à la recherche du jeune

savant, et elle distinguait Bœrzell qui lui souriait par-dessus les

têtes, agitant en signal son parapluie dressé à bout de bras.

Ils ne commencèrent à causer avec suite qu'après qu'ils eurent franchi

le guichet du Carrousel.

Et, comme le premier soir, au bal, la causerie aussitôt prit le tour

professionnel. Seulement, c'était Bœrzell qui menait le jeu. Il

avait orienté l'entretien vers les notoriétés de la science; et au

sujet de chacune, insidieusement, il formulait son opinion. Elle se

trouvait être le plus souvent narquoise et irrespectueuse. Il retirait

d'un mot l'éloge qu'il avait donné de l'autre, mêlait les réserves aux

louanges, les piqûres aux caresses; et sa voix même, pateline autant

qu'habile, les sourires des lèvres ou des cils dont il corrigeait

chaque parole trop acerbe, ses expressions, ses modèles de phrases,

tout en lui paraissait d'un vieux maître orgueilleux, avec la verve de

la jeunesse en plus.

Thérèse, de temps en temps, ne pouvait se retenir de l'examiner. Ah

ça! le soir du bal, avait-il, par calcul, dissimulé sa force, feint la

timidité pour séduire sans effaroucher? Avait-il voulu la flatter dans

son amour-propre de savante en se laissant battre et dominer par elle?

Ou avait-il été troublé par l'entourage?

Quoi qu'il en fût, elle s'amusait. Il n'était pas sot ce garçon, ni

médiocre, ni servile. Et elle ne s'aperçut pas, tellement elle

écoutait, qu'ils avaient traversé la Seine.

Ils montaient la rue des Saints-Pères, où, dans l'enchevêtrement des

voitures, les cochers s'entr'invectivaient. Par moments un omnibus

vacillait avec fracas contre le grès du trottoir que les roues

éraflaient en tremblant. Mlle Raindal et Bœrzell se serraient contre

une boutique proche. Puis la terrible machine passée, ils reprenaient

leur marche. A présent Bœrzell interrogeait, s'informait des travaux

de la jeune fille, et Mlle Raindal le renseignait avec complaisance,

retraçait l'emploi de ses heures, le règlement de ses études.

Mais, comme ils tournaient l'angle du boulevard Saint-Germain,

Bœrzell soudain eut un soupir:

--C'est dommage!... murmura-t-il.

--Quoi donc? fit Thérèse.

Il refermait son parapluie, la bruine ayant cessé.

--Rien, mademoiselle... Ou plutôt, si... C'est dommage que je ne vous

plaise pas plus... Oh! même sans votre silence d'après, je m'en étais

bien douté à la soirée Saulvard... J'ai bien vu cela à vos yeux quand

vous êtes partie... Et cependant, vous me croirez si voulez, plus je

cause avec vous, mademoiselle, plus je me convaincs que nous aurions

fait un excellent ménage...

Thérèse, à l'imprévu de cette déclaration, ne put réprimer un petit

éclat de rire:

--Nous? dit-elle.

--Oui, nous, parfaitement, nous!... poursuivait Bœrzell, avec un

avancement bougon des lèvres qui ajoutait quelque chose de puéril à sa

figure d'enfant barbu... Inutile, n'est-ce pas? entre gens de notre

espèce, de jouer la comédie... On nous présentait l'un à l'autre afin

de nous marier. Or supposez, mademoiselle, que je vous aie plu, à ce

bal...

Il s'arrêta pour la regarder:

--Et vous comprenez bien ce que signifie ce mot «plaire». Pardieu, je

n'espérais pas que vous alliez du coup tomber amoureuse de moi...

Non... Ainsi, vous, vous me plaisiez: c'est-à-dire que vous

m'inspiriez une profonde sympathie... Je pensais: «Voici une

personne de valeur, une forte intelligence, une femme comme il m'en

faudrait une, la compagne et l'amie à qui je pourrais me confier,

demander conseil, sans craindre de me heurter à de la niaiserie ou à

de l'indifférence...» Eh bien! supposez que vous eussiez pensé de même

sur mon compte, cela suffisait... Nous nous épousions et j'étais

heureux!

Thérèse demeurait muette.

--Mais voilà! reprit Bœrzell d'un ton grognard... Vous ne l'avez pas

pensé... Je ne vous plais pas assez... Ou, pour être plus exact, je

vous déplais trop... Seulement, toute fatuité mise à part,

permettez-moi de vous dire que cela m'étonne... Intellectuellement, si

j'en juge par nos deux entretiens, nous nous entendrions à

merveille... Nous avons sur les gens, sur les choses, à peu près les

mêmes opinions... Notre vie à chacun est dirigée dans le même sens,

occupée par des travaux analogues... Nos goûts et nos aptitudes sont

d'accord... Reste le physique! Évidemment, c'est par là que je vous

déplais, et c'est justement cette faiblesse de jugement qui me

surprend chez vous... Ah! si vous étiez une de ces petites coquettes,

une de ces petites écervelées, une de ces petites poupées mondaines...

--Pourtant, monsieur!... protestait Thérèse avec un sourire.

Bœrzell lui coupa la parole, et, s'excitant graduellement:

--Je vous en prie, mademoiselle, laissez-moi finir... Si, dis-je,

vous étiez une de ces petites mondaines sans culture, sans élévation

de caractère, et bourrée de préjugés, comme une oie de marrons, je ne

m'étonnerais pas... Je me connais, allez!... Je sais bien mes défauts

et tout ce qui me manque pour plaire à une petite femme de cette

catégorie... Mais que vous, une personne de votre qualité, vous

envisagiez le mariage comme ces demoiselles-là, que le mariage pour

vous ce soit le coup de foudre, le cœur bouleversé, la passion

irrésistible, le beau monsieur à moustaches et tout le tralala des

romances, je vous assure, je n'en reviens pas! Et, quand je songe que

très probablement nous sommes créés l'un pour l'autre, quand je songe

que par extraordinaire nous nous sommes rencontrés, que nous pourrions

faire ensemble un mariage intelligent, sensé, clairvoyant, et que nous

ne le faisons pas, tenez, cela me mettrait presque en colère!...

Il tapait le bitume du bout de son parapluie.

--Vous avez fini? questionna Thérèse d'un ton de sollicitude.

--Oui, mademoiselle! fit-il distraitement.

Et sur-le-champ, se dédisant:

--Il n'y aurait qu'un cas, toutefois, où votre répugnance me

paraîtrait logique, justifiée, digne de vous, quoi!... Ce serait si,

par hasard, vous en aimiez un autre...

Mlle Raindal subitement s'était assombrie. Le seigneur de sa vie

resurgissait: Albârt, avec son insolente prestance, ses grands yeux de

cheval, ses lèvres ironiques. Thérèse inspecta le jeune savant d'un

regard dédaigneux, puis, la voix assourdie de tristesse:

--Je n'aime personne, monsieur!... Ou, si vous préférez, j'aime un

souvenir...

--Un souvenir! bredouillait Bœrzell décontenancé... Ah! bon, bon...

C'est différent... je vous demande pardon, mademoiselle...

Mais avec son chapeau rebroussé et ses grosses lèvres de triton,

ramenées en boule, il avait un air si déçu, si contrarié, si enfantin,

que, malgré la gravité de l'instant, Thérèse dut se contraindre pour

ne pas sourire.

--Vous voyez, cher monsieur! reprit-elle cordialement... Vous vous

mépreniez, sinon sur mes intentions, du moins sur le fond de mes

sentiments... Et la preuve que j'ai du plaisir dans votre société,

c'est que, si vous voulez bien, de temps à autre, venir nous rendre

visite, le dimanche, en confrère, en ami, n'est-ce pas? j'en serai

tout à fait ravie...

--Je vous remercie, mademoiselle, fit Bœrzell sans élan...

Certainement, je viendrai le dimanche... Ah! comme il est fâcheux,

tout de même, que vous ayez sur le mariage des idées tellement... ne

vous offensez pas... les idées reçues, les idées de tout le monde!...

Le cœur, l'amour, c'est beaucoup, je ne dis pas... Mais il n'y a pas

que cela dans l'existence!... Outre l'amour, il existe des sentiments

d'affinité, de sympathie, de considération réciproque, qui peuvent

établir des liens très solides entre deux êtres un peu indépendants et

supérieurs...

Puis, comme Thérèse se rembrunissait:

--Enfin, je ne veux pas vous importuner davantage, mademoiselle... Ce

serait mal reconnaître votre aimable invitation... Alors, si vous m'y

autorisez, à dimanche!...

--A dimanche!...

Thérèse s'engageait dans la rue Notre-Dame-des-Champs. Une voix

essoufflée la rappela:

--Encore moi, mademoiselle! fit Bœrzell qui la rattrapait... Un

dernier mot que j'oubliais... Il se pourrait que dans mes paroles vous

eussiez soupçonné une arrière-pensée d'intérêt...

Thérèse faisait de la main un geste de dénégation.

--N'importe! riposta Bœrzell... Pour rien au monde je ne voudrais

être confondu avec ces jeunes messieurs qui courent le beau mariage,

le mariage utile... Et, du reste, consultez M. Raindal... Il vous

apprendra lui-même que dès à présent ma vie scientifique est, selon

l'expression d'usage, tracée au cordeau... Mes maîtres m'aiment et me

soutiennent... Mes concurrents sont peu nombreux et n'ont pour la

plupart qu'un mérite de second ordre... Des Hautes Etudes je passerai

donc fatalement à la Sorbonne ou au Collège de France, et de là

j'entrerai, j'espère, à l'Institut... Calculez d'après ces données,

mademoiselle... Un mariage avec vous n'aurait certes pas été de nature

à me nuire... Cependant, sans ce mariage, au bonheur près, ma carrière

sera pareille... Voilà ce que je désirais vous dire... Convenez que

pour notre amitié future ces détails avaient bien leur petite

importance!

--Ils en auraient eu peut-être si j'avais douté de vous...

--Heu! fit sceptiquement le jeune savant... Vous dites cela... Vous

êtes polie... N'empêche que dans ces matières on n'est jamais trop

circonspect... Mais, je vous retarde, excusez-moi... A dimanche,

mademoiselle...

--Entendu! fit Thérèse sur un ton déjà camarade.

Lorsqu'elle pénétra dans le cabinet de travail, où M. Raindal causait

avec l'oncle Cyprien, celui-ci l'accueillit d'une bordée de

compliments:

--Pristi! Mon neveu!... Comme nous avons une belle mine! Et des yeux

brillants!... De la gaieté plein la figure! Je jurerais que tu ne

viens pas précisément de t'ennuyer!

--Effectivement! approuva M. Raindal avec timidité.

--Bah! C'est possible, répliqua Thérèse... Devinez qui j'ai rencontré?

Le petit Bœrzell, tu te souviens, père? l'aspirant fiancé de chez les

Saulvard... Un garçon bien étrange, avec toute une série de théories,

de systèmes dont je ris encore... Bref, je l'ai invité à nous rendre

visite... Et il viendra sans doute dimanche!...

--Tu as fort bien fait, fillette! affirma M. Raindal autant pour se

concilier Thérèse que par une manie qu'il avait de louanger ses

inférieurs... M. Bœrzell est un jeune homme d'un rare avenir... Tout

le monde, à l'Académie, le tient en haute estime... Et pas plus tard

qu'hier, qui donc me disait à son sujet...?

--Mais toi-même, mon oncle, interrompit Thérèse, à mon tour de

t'interroger! Peux-tu me dire un peu ce que tu fais ici, en semaine,

un mercredi, à l'heure sacrée de l'apéritif?...

--D'abord, objecta M. Raindal cadet, il n'est que cinq heures et

demie... L'apéritif dure normalement jusqu'à sept heures et demie...

Il me reste donc devant moi, mademoiselle, deux bonnes grandes heures,

s'il vous plaît... Maintenant, pourquoi je suis ici? Hé! cela

t'intrigue, mon neveu!... Pour demander à ton père de me mener chez

Mme Chambannes...

Thérèse se mordit les lèvres, où montait un sourire.

--Oui, reprit l'oncle Cyprien, en frottant son crâne ras. Une idée que

j'ai eue comme ça, une curiosité....

--Et je disais à ton oncle, continua vivement M. Raindal, sans

regarder Thérèse, que j'étais tout disposé à l'y mener le jour où il

voudrait...

--Pourquoi pas demain jeudi? fit l'oncle Cyprien.

Les Deux Rives: Roman · 第 33 / 69 题