Paris, 25 juin 1815.
_Discours de l'empereur à un membre de la chambre des représentans, en
apprenant que MM. de Lafayette, de Pontécoulant, de Laforêt, d'Argenson,
Sébastiani et Benjamin Constant (ce dernier en qualité de secrétaire),
étaient nommés par le gouvernement provisoire pour se rendre auprès des
souverains alliés._
...........Lafayette, Sébastiani, Pontécoulant, Benjamin Constant ont
conspiré contre moi; ils sont mes ennemis, et les ennemis du père ne
seront jamais les amis du fils. Les chambres, d'ailleurs, n'ont point
assez d'énergie pour avoir une volonté indépendante; elles obéissent à
Fouché. Si elles m'eussent donné tout ce qu'elles lui jettent à la tête,
j'aurais sauvé la France; ma présence seule à la tête de l'armée aurait
plus fait que toutes vos négociations; j'aurais obtenu mon fils pour
prix de mon abdication; vous ne l'obtiendrez pas. Fouché n'est point
de bonne foi. Il jouera les chambres, et les alliés le joueront. Il se
croit en état de tout conduire à sa guise; il se trompe: il verra qu'il
faut une main autrement trempée que la sienne, pour tenir les rênes
d'une nation, surtout lorsque l'ennemi est chez elle.... La chambre des
pairs n'a point fait son devoir; elle s'est conduite comme une poule
mouillée. Elle a laissé insulter Lucien et détrôner mon fils; si elle
eût tenu bon, elle aurait eu l'armée pour elle, les généraux la lui
auraient donnée. Son ordre du jour a tout perdu. Moi seul je pourrais
tout réparer, mais vos meneurs n'y consentiront jamais; ils aimeraient
mieux s'engloutir dans l'abîme que de s'unir avec moi pour le fermer.
La Malmaison, 27 juin 1815.
En abdiquant le pouvoir, je n'ai point renoncé au plus noble droit de
citoyen, au droit de défendre mon pays.
L'approche des ennemis de la capitale ne laisse plus de doutes sur leurs
intentions, sur leur mauvaise foi.
Dans ces graves circonstances, j'offre mes services comme général, me
regardant encore comme le premier soldat de la patrie.