Paris, 24 mai 1815.
_Réponse de l'empereur à une députation des fédérés de Paris._
Soldats fédérés des faubourgs St.-Antoine et St.-Marceau,
Je suis revenu seul, parce que je comptais sur le peuple des villes, les
habitans des campagnes et les soldats de l'armée, dont je connaissais
l'attachement à l'honneur national. Vous avez tous justifié ma
confiance. J'accepte votre offre. Je vous donnerai des armes; je vous
donnerai pour vous guider des officiers couverts d'honorables blessures
et accoutumés à voir fuir l'ennemi devant eux. Vos bras robustes et
faits aux pénibles travaux, sont plus propres que tous autres au
maniement des armes. Quant au courage, vous êtes Français; vous serez
les éclaireurs de la garde nationale. Je serai sans inquiétude pour la
capitale, lorsque la garde nationale et vous vous serez chargés de sa
défense; et s'il est vrai que les étrangers persistent dans le projet
impie d'attenter à notre indépendance et à notre honneur, je pourrai
profiter de la victoire sans être arrêté par aucune sollicitude.
Soldats fédérés, s'il est des hommes dans les hautes classes de la
société, qui aient déshonoré le nom français, l'amour de la patrie et
le sentiment d'honneur national se sont conservés tout entiers dans le
peuple des villes, les habitans des campagnes et les soldats de l'armée.
Je suis content de vous voir. J'ai confiance en vous: _Vive la Nation!_
Paris, 1er juin 1815.
_Discours de l'empereur au Champ-de-Mai._
Messieurs les électeurs des collèges de département et d'arrondissement,
Messieurs les députés de l'armée de terre et de mer au Champ-de-Mai,
Empereur, consul, soldat, je tiens tout du peuple. Dans la prospérité,
dans l'adversité, sur le champ de bataille, au conseil, sur le trône,
dans l'exil, la France a été l'objet unique et constant de mes pensées
et de mes actions.
Comme ce roi d'Athènes, je me suis sacrifié pour mon peuple dans
l'espoir de voir se réaliser la promesse donnée de conserver à la France
son intégrité naturelle, ses honneurs et ses droits.
L'indignation de voir ces droits sacrés, acquis par vingt-cinq années
de victoires, méconnus et perdus à jamais, le cri de l'honneur français
flétri, les voeux de la nation m'ont ramené sur ce trône qui m'est cher
parce qu'il est le _palladium_ de l'indépendance, de l'honneur et des
droits du peuple.
Français, en traversant au milieu de l'allégresse publique les diverses
provinces de l'empire pour arriver dans ma capitale, j'ai dû compter
sur une longue paix; les nations sont liées par les traités conclus par
leurs gouvernemens, quels qu'ils soient.
Ma pensée se portait alors toute entière sur les moyens de fonder notre
liberté par une constitution conforme à la volonté et à l'intérêt du
peuple. J'ai convoqué le Champ-de-Mai.
Je ne tardai pas à apprendre que les princes qui ont méconnu tous les
principes, froissé l'opinion et les plus chers intérêts de tant de
peuples, veulent nous faire la guerre. Ils méditent d'accroître le
royaume des Pays-Bas, de lui donner pour barrières toutes nos places
frontières du nord, et de concilier les différens qui les divisent
encore, en se partageant la Lorraine et l'Alsace.
Il a fallu se préparer à la guerre.
Cependant, devant courir personnellement les hasards des combats, ma
première sollicitude a dû être de constituer sans retard la nation. Le
peuple a accepté l'acte que je lui ai présenté.
Français, lorsque nous aurons repoussé ces injustes agressions, et que
l'Europe sera convaincue de ce qu'on doit aux droits et à l'indépendance
de vingt-huit millions de Français, une loi solennelle, faite dans les
formes voulues par l'acte constitutionnel, réunira les différentes
dispositions de nos constitutions aujourd'hui éparses.
Français, vous allez retourner dans vos départemens. Dites aux citoyens
que les circonstances sont grandes!!! Qu'avec de l'union, de l'énergie
et de la persévérance, nous sortirons victorieux de cette lutte d'un
grand peuple contre ses oppresseurs; que les générations à venir
scruteront sévèrement notre conduite; qu'une nation a tout perdu quand
elle a perdu l'indépendance. Dites-leur que les rois étrangers que j'ai
élevés sur le trône, ou qui me doivent la conservation de leur couronne,
qui, tous, au temps de ma prospérité, ont brigué mon alliance et la
protection du peuple français, dirigent aujourd'hui tous leurs coups
contre ma personne. Si je ne voyais que c'est à la patrie qu'ils en
veulent, je mettrais à leur merci cette existence contre laquelle ils se
montrent si acharnés. Mais dites aussi aux citoyens, que tant que les
Français me conserveront les sentimens d'amour dont ils me donnent tant
de preuves, cette rage de nos ennemis sera impuissante.
Français, ma volonté est celle du peuple; mes droits sont les siens; mon
honneur, ma gloire, mon bonheur, ne peuvent être autres que l'honneur,
la gloire et le bonheur de la France.
Paris, 7 juin 1815.
_Discours de l'empereur à l'ouverture de la chambre des représentans._
Messieurs de la chambre des pairs et de la chambre des représentans,
depuis trois mois les circonstances et la confiance du peuple m'ont
investi d'un pouvoir illimité, et je viens aujourd'hui remplir le
premier désir et le besoin le plus pressant de mon coeur en ouvrant
votre session et en commençant ainsi la monarchie constitutionnelle.
Les hommes sont impuissans pour fixer les destinées des nations; ce
n'est que par des institutions sages que leur prospérité peut être
établie sur des bases solides. La monarchie est nécessaire à la France
pour assurer sa liberté et son indépendance. Nos constitutions sont
encore éparses, et un de nos premiers soins sera de les réunir et d'en
coordonner les différentes parties en un seul corps de loi. Ce travail
recommandera l'époque actuelle à la postérité. J'ambitionne de voir la
France jouir de toute la liberté possible, je dis possible, parce que
l'anarchie conduit les peuples au despotisme.
Une coalition formidable d'empereurs et de rois en veut à notre
indépendance; la frégate _la Melpomène_ a été prise, après un combat
sanglant, par un vaisseau anglais de 74; ainsi le sang a coulé pendant
la paix. Nos ennemis comptent sur nos dissensions intestines, et
cherchent à en profiter; on communique aujourd'hui avec Gand comme on
communiquait en 1789 avec Coblentz.
Des mesures législatives seront nécessaires pour réprimer ces complots;
je confie à vos lumières et à votre patriotisme les destinées de
la France et la sûreté de ma personne. La liberté de la presse est
inhérente à nos institutions; on n'y peut rien changer sans porter
atteinte à la liberté civile, mais des lois sages seront nécessaires
pour en prévenir les abus: je recommande à votre attention cet objet
important.
Mes ministres vous feront connaître successivement la situation de nos
affaires: nos finances offriraient de plus grandes ressources sans les
sacrifices indispensables qu'ont exigés les circonstances, et si les
sommes portées dans le budget rentraient aux époques déterminées. Il
est possible que le premier devoir des princes m'appelle à la tête des
enfans de la patrie. L'armée et moi nous ferons notre devoir. Vous,
pairs, et vous, représentans, secondez nos efforts en entretenant la
confiance par votre attachement au prince et à la patrie, et la cause
sainte du peuple triomphera. Paris, 11 juin 1815.
_Réponse de l'empereur à une députation de la chambre des pairs._
Monsieur le président et messieurs les députés de la chambre des pairs,
La lutte dans laquelle nous sommes engagés est sérieuse. L'entraînement
de la prospérité n'est pas le danger qui nous menace aujourd'hui. C'est
sous les Fourches Caudines que les étrangers veulent nous faire passer!
La justice de notre cause, l'esprit public de la nation et le courage de
l'armée, sont de puissans motifs pour espérer des succès; mais si nous
avions des revers, c'est alors surtout que j'aimerais à voir déployer
toute l'énergie de ce grand peuple; c'est alors que je trouverais dans
la chambre des pairs des preuves d'attachement à la patrie et à moi.
C'est dans les temps difficiles que les grandes nations, comme les
grands hommes, déploient toute l'énergie de leur caractère, et
deviennent un objet d'admiration pour la postérité.
Monsieur le président et messieurs les députés de la chambre des pairs,
je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez au nom de la chambre.
Paris, 11 juin 1815.
_Réponse de l'empereur à une députation de la chambre des représentans._
Monsieur le président et messieurs les députés de la chambre des
représentans,
Je retrouve avec satisfaction mes propres sentimens dans ceux que vous
m'exprimez. Dans ces graves circonstances, ma pensée est absorbée par la
guerre imminente, au succès de laquelle sont attachés l'indépendance et
l'honneur de la France.
Je partirai cette nuit pour me rendre à la tête de mes armées;
les mouvemens des différens corps ennemis y rendent ma présence
indispensable. Pendant mon absence, je verrais avec plaisir qu'une
commission nommée par chaque chambre méditât sur nos constitutions.
La constitution est notre point de ralliement; elle doit être notre
étoile polaire dans ces momens d'orage. Toute discussion publique qui
tendrait à diminuer directement ou indirectement la confiance qu'on doit
avoir dans ses dispositions, serait un malheur pour l'état; nous nous
trouverions au milieu des écueils, sans boussole et sans direction.
La crise où nous sommes engagés est forte. N'imitons pas l'exemple du
Bas-Empire, qui, pressé de tous côtés par les Barbares, se rendit la
risée de la postérité en s'occupant de discussions abstraites, au moment
où le bélier brisait les portes de la ville.
Indépendamment des mesures législatives qu'exigent les circonstances
de l'intérieur, vous jugerez peut être utile de vous occuper des lois
organiques destinées à faire marcher la constitution. Elles peuvent être
l'objet de vos travaux publics sans avoir aucun inconvénient.
Monsieur le président et messieurs les députés de la chambre des
représentons, les sentimens exprimés dans votre adresse me démontrent
assez l'attachement de la chambre à ma personne, et tout le patriotisme
dont elle est animée. Dans toutes les affaires, ma marche sera toujours
droite et ferme. Aidez-moi à sauver la patrie. Premier représentant du
peuple, j'ai contracté l'obligation que je renouvelle, d'employer dans
des temps plus tranquilles toutes les prérogatives de la couronne et le
peu d'expérience que j'ai acquis, à vous seconder dans l'amélioration de
nos institutions.
Charleroy, le 15 juin, à neuf heures du soir.