NOUVELLES DE L'ARMÉE EN 1815.

_(Extrait du Moniteur.)_

L'armée a forcé la Sambre, pris Charleroy, et poussé des avant-gardes à

moitié chemin de Charleroy à Namur, et de Charleroy à Bruxelles. Nous

avons fait quinze cents prisonniers, et enlevé six pièces de canon.

Quatre régimens prussiens ont été écrasés. L'empereur a perdu peu de

monde, mais il a fait une perte qui lui est très-sensible, c'est celle

de son aide-de-camp, le général Letort, qui a été tué sur le plateau de

Fleurus, en commandant une charge de cavalerie.

L'enthousiasme des habitans de Charleroy, et de tous les pays que nous

traversons, ne peut se décrire.

Dès le 13, l'empereur était arrivé à Beaumont. Sur toute la route,

des arcs de triomphe étaient élevés dans toutes les villes, dans les

moindres villages. Le 14, S. M. avait passé l'armée en revue, et porté

son enthousiasme au comble par la proclamation suivante, datée d'Avesnes

le même jour.

Soldats,

C'est aujourd'hui l'anniversaire de Marengo et de Friedland, qui

décidèrent deux fois du destin de l'Europe. Alors, comme après

Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes trop généreux; nous crûmes

aux protestations et aux sermens des princes que nous laissâmes sur

le trône. Aujourd'hui cependant, coalisés entre eux, ils en veulent

à l'indépendance et aux droits les plus sacrés de la France. Ils ont

commencé la plus injuste des agressions; marchons à leur rencontre: eux

et nous, ne sommes-nous plus les mêmes hommes!

Soldats, à Jéna, contre ces mêmes Prussiens aujourd'hui si arrogans,

vous étiez un contre trois, et à Montmirail un contre six. Que ceux

d'entre vous qui ont été prisonniers des Anglais, vous fassent le récit

de leurs pontons et des maux affreux qu'ils y ont soufferts.

Les Saxons, les Belges, les Hanovriens, les soldats de la confédération

du Rhin gémissent d'être obligés de prêter leurs bras à la cause de

princes ennemis de la justice et des droits de tous les peuples. Ils

savent que cette coalition est insatiable. Après avoir dévoré douze

millions de Polonais, douze millions d'Italiens, un million de Saxons,

six millions de Belges, elle devra dévorer les états du second ordre de

l'Allemagne.

Les insensés! un moment de prospérité les aveugle; l'oppression et

l'humiliation du peuple français sont hors de leur pouvoir.

S'ils entrent en France, ils y trouveront leur tombeau.

Soldats, nous avons des marches forcées à faire, des batailles à livrer,

des périls à courir; mais, avec de la constance, la victoire sera à

nous; les droits de l'homme et le bonheur de la patrie seront reconquis.

Pour tout Français qui a du coeur, le moment est arrivé de vaincre ou de

périr.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome V. · 第 54 / 73 题