_(Extrait du Moniteur.)_
L'armée a forcé la Sambre, pris Charleroy, et poussé des avant-gardes à
moitié chemin de Charleroy à Namur, et de Charleroy à Bruxelles. Nous
avons fait quinze cents prisonniers, et enlevé six pièces de canon.
Quatre régimens prussiens ont été écrasés. L'empereur a perdu peu de
monde, mais il a fait une perte qui lui est très-sensible, c'est celle
de son aide-de-camp, le général Letort, qui a été tué sur le plateau de
Fleurus, en commandant une charge de cavalerie.
L'enthousiasme des habitans de Charleroy, et de tous les pays que nous
traversons, ne peut se décrire.
Dès le 13, l'empereur était arrivé à Beaumont. Sur toute la route,
des arcs de triomphe étaient élevés dans toutes les villes, dans les
moindres villages. Le 14, S. M. avait passé l'armée en revue, et porté
son enthousiasme au comble par la proclamation suivante, datée d'Avesnes
le même jour.
Soldats,
C'est aujourd'hui l'anniversaire de Marengo et de Friedland, qui
décidèrent deux fois du destin de l'Europe. Alors, comme après
Austerlitz, comme après Wagram, nous fûmes trop généreux; nous crûmes
aux protestations et aux sermens des princes que nous laissâmes sur
le trône. Aujourd'hui cependant, coalisés entre eux, ils en veulent
à l'indépendance et aux droits les plus sacrés de la France. Ils ont
commencé la plus injuste des agressions; marchons à leur rencontre: eux
et nous, ne sommes-nous plus les mêmes hommes!
Soldats, à Jéna, contre ces mêmes Prussiens aujourd'hui si arrogans,
vous étiez un contre trois, et à Montmirail un contre six. Que ceux
d'entre vous qui ont été prisonniers des Anglais, vous fassent le récit
de leurs pontons et des maux affreux qu'ils y ont soufferts.
Les Saxons, les Belges, les Hanovriens, les soldats de la confédération
du Rhin gémissent d'être obligés de prêter leurs bras à la cause de
princes ennemis de la justice et des droits de tous les peuples. Ils
savent que cette coalition est insatiable. Après avoir dévoré douze
millions de Polonais, douze millions d'Italiens, un million de Saxons,
six millions de Belges, elle devra dévorer les états du second ordre de
l'Allemagne.
Les insensés! un moment de prospérité les aveugle; l'oppression et
l'humiliation du peuple français sont hors de leur pouvoir.
S'ils entrent en France, ils y trouveront leur tombeau.
Soldats, nous avons des marches forcées à faire, des batailles à livrer,
des périls à courir; mais, avec de la constance, la victoire sera à
nous; les droits de l'homme et le bonheur de la patrie seront reconquis.
Pour tout Français qui a du coeur, le moment est arrivé de vaincre ou de
périr.