Le 20 août 1813.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
Les ennemis ont dénoncé l'armistice le 11, à midi, et ont fait connaître
que les hostilités commenceraient le 19 après minuit.
En même temps, une note de M. le comte de Metternich, ministre des
relations extérieures d'Autriche, adressée à M. le comte de Narbonne,
lui fait connaître que l'Autriche déclarait la guerre à la France.
Le 17 au matin, les dispositions des deux armées étaient les suivantes:
Les quatrième, douzième et septième corps, sous les ordres du duc de
Reggio, étaient à Dahme.
Le prince d'Eckmühl, avec son corps, auquel les Danois étaient réunis,
campait devant Hambourg, son quartier-général étant à Bergedorf.
Le troisième corps était à Liegnitz, sous les ordres du prince de la
Moskwa.
Le cinquième corps était à Goldberg, sous les ordres du général
Lauriston.
Le onzième corps était à Loewenberg, sous les ordres du duc de Tarente.
Le sixième corps, commandé par le duc de Raguse, était à Bunzlau.
Le huitième corps, aux ordres du prince Poniatowski, était à Zittau.
Le maréchal Saint-Cyr était, avec le quatorzième corps, la gauche
appuyée à l'Elbe, au camp de Koenigstein et à cheval sur la grande
chaussée de Prague à Dresde, poussant des corps d'observation jusqu'aux
débouchés de Marienberg.
Le premier corps arrivait à Dresde, et le deuxième corps à Zittau.
Dresde, Torgau, Wittemberg, Magdebourg et Hambourg avaient chacun leur
garnison, et étaient armés et approvisionnés.
L'armée ennemie était, autant qu'on en peut juger, dans la position
suivante:
Quatre-vingt mille Russes et Prussiens étaient entrés, dès le 10 au
matin, en Bohême, et devaient arriver vers le 21 sur l'Elbe. Cette armée
est commandée par l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, les généraux
russes Barclay de Tolly, Wittgenstein et Miloradowitch, et le général
prussien Kleist. Les gardes russe et prussienne en font partie; ce qui,
joint à l'armée du prince Schwartzenberg, formait la grande armée et une
force de deux cent mille hommes. Cette armée devait opérer sur la rive
gauche de l'Elbe, en passant ce fleuve en Bohême.
L'armée de Silésie, commandée par les généraux prussiens Blucher et
Yorck, et par les généraux russes Sacken et Langeron, paraissait se
réunir à Breslau; elle était forte de cent mille hommes.
Plusieurs corps prussiens, suédois et des troupes d'insurrection
couvraient Berlin, et étaient opposés à Hambourg et au duc de Reggio.
L'on portait la force de ces armées qui couvraient Berlin, à cent dix
mille hommes.
Toutes les opérations de l'ennemi étaient faites dans l'idée que
l'empereur repasserait sur la rive gauche de l'Elbe.
La garde impériale partie de Dresde, se porta le 15 à Bautzen, et le 18
à Goerlitz.
Le 19, l'empereur se porta à Zittau, fit marcher sur-le-champ les
troupes du prince Poniatowski, força les débouchés de la Bohême, passa
la grande chaîne des montagnes qui séparent la Bohême de la Lusace, et
entra à Gobel, pendant le temps que le général Lefèvre-Desnouettes, avec
une division d'infanterie et de cavalerie de la garde, s'emparait de
Hambourg, franchissait le col des montagnes à Georgenthal, et que le
général polonais Reminski s'emparait de Friedland et de Reichenberg.
Cette opération avait pour but d'inquiéter les alliés sur Prague, et
d'acquérir des notions certaines sur leurs projets. On apprit là ce que
nos espions avaient déjà fait connaître, que l'élite de l'armée russe
et prussienne traversait la Bohême, se réunissant sur la rive gauche de
l'Elbe.
Nos coureurs poussèrent jusqu'à seize lieues de Prague.
L'empereur était de retour de Bohême à Zittau le 20 à une heure du
matin; il laissa le duc de Bellune avec le deuxième corps à Zittau, pour
appuyer le corps du prince Poniatowski; il plaça le général
Vandamme, avec le premier corps, à Rumbourg, pour appuyer le général
Lefèvre-Desnouettes, ces deux généraux occupant en force le col, et
faisant construire des redoutes sur le mamelon qui domine sur le col.
L'empereur se porta par Lauban en Silésie, où il arriva le 20 avant sept
heures du soir.
L'armée ennemie de Silésie avait violé l'armistice, traversé le
territoire neutre dès le 12. Ils avaient le 15 insulté tous nos
avant-postes, et enlevé quelques vedettes.
Le 16, un corps russe se plaça entre le Bober et le poste de Spiller,
occupé par deux cents hommes de la division Charpentier. Ces braves qui
se reposaient sur la foi des traités, coururent aux armes, passèrent
sur le ventre des ennemis et les dispersèrent. Le chef de bataillon la
Guillermie les commandait.
Le 18, le duc de Tarente donna l'ordre au général Zucchi de prendre
la petite ville de Lahn; il s'y porta avec une brigade italienne; il
exécuta bravement son ordre, et fit perdre à l'ennemi plus de cinq cents
hommes: le général Zucchi est un officier d'un mérite distingué. Les
troupes italiennes ont attaqué, à la baïonnette, les Russes, qui étaient
en nombre supérieur.
Le 19, l'ennemi est venu camper à Zobten. Un corps de douze mille Russes
a passé le Bober et a attaqué le poste de Siebenicken, défendu par trois
compagnies légères. Le général Lauriston fait prendre les armes à une
partie de son corps, part de Loewenberg, marche à l'ennemi et le culbute
dans le Bober. La brigade du général Lafitte, de la division Rochambeau,
s'est distinguée.
Cependant, l'empereur, arrivé le 20 à Lauban, était, le 21, à la pointe
du jour, à Loewenberg, et faisait jeter des ponts sur le Bober. Le corps
du général Lauriston passa à midi. Le général Maison culbuta, avec sa
valeur accoutumée, tout ce qui voulut s'opposer à son passage, s'empara
de toutes les positions, et mena l'ennemi battant jusqu'auprès de
Goldberg. Le cinquième et le onzième corps l'appuyèrent. Sur la gauche,
le prince de la Moskwa faisait attaquer le général Saken par le
troisième corps, en avant de Bunzlau, le culbutait, le mettait en
déroute, et lui faisait des prisonniers.
L'ennemi se mit en retraite.
Un combat eut lieu le 23 août devant Goldberg. Le général Lauriston s'y
trouvait à la tête des cinquième et onzième corps. Il avait devant lui
les Russes qui couvraient la position de Flensberg, et les Prussiens qui
s'étendaient à droite sur la route de Liegnitz. Au moment où le général
Gérard débouchait par la gauche sur _Nieder-au_, une colonne de
vingt-cinq mille Prussiens parut sur ce point; il la fit attaquer au
milieu des baraques de l'ancien camp; elle fut enfoncée de toutes parts;
les Prussiens essayèrent plusieurs charges de cavalerie qui furent
repoussées à bout-portant; ils furent chassés de toutes leurs positions,
et laissèrent sur le champ de bataille près de cinq mille morts, des
prisonniers, etc. A la droite, _le Flensberg_ fut pris et repris
plusieurs fois; enfin, le cent trente-cinquième régiment s'élança sur
l'ennemi et le culbuta entièrement. L'ennemi a perdu sur ce point mille
morts et quatre mille blessés.
L'armée des alliés se retira en désordre et en toute hâte sur Jauer.
L'ennemi ainsi battu en Silésie, l'empereur prit avec lui le prince
de la Moskwa, laissa le commandement de l'armée de Silésie au duc
de Tarente, et arriva le 25 à Stolpen. La garde vieille et jeune,
infanterie, cavalerie et artillerie, fit ces quarante lieues en quatre
jours.
Le 28 août 1813.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
Le 26, à huit heures du matin, l'empereur entra dans Dresde. La grande
armée russe, prussienne et autrichienne, commandée par les souverains,
était en présence; elle couronnait toutes les collines qui environnent
Dresde, à la distance d'une petite lieue par la rive gauche. Le maréchal
Saint-Cyr, avec le quatorzième corps et la garnison de Dresde,
occupait le camp retranché et bordait de tirailleurs les palanques qui
environnaient les faubourgs. Tout était calme à midi; mais, pour l'oeil
exercé, ce calme était le précurseur de l'orage: une attaque paraissait
imminente.
A quatre heures après-midi, au signal de trois coups de canon, six
colonnes ennemies, précédées chacune de cinquante bouches à feu, se
formèrent, et peu de momens après descendirent dans la plaine; elles se
dirigèrent sur les redoutes. En moins d'un quart-d'heure la canonnade
devint terrible. Le feu d'une redoute étant éteint, les assiégeans
l'avaient tournée et faisaient des efforts au pied de la palanque des
faubourgs, où un bon nombre trouvèrent la mort.
Il était près de cinq heures: une partie des réserves du quatorzième
corps était engagée. Quelques obus tombaient dans la ville; le moment
paraissait pressant. L'empereur ordonna au roi de Naples de se porter
avec le corps de cavalerie du général Latour-Maubourg sur le flanc droit
de l'ennemi, et au duc de Trévise de se porter sur le flanc gauche.
Les quatre divisions de la jeune garde, commandées par les généraux
Dumoutier, Barrois, Decouz et Roguet, débouchèrent alors, deux par la
porte de Pirna et deux par la porte de Plauen. Le prince de la Moskwa
déboucha à la tête de la division Barrois. Ces divisions culbutèrent
tout devant elles; le feu s'éloigna sur-le-champ du centre à la
circonférence, et bientôt fut rejeté sur les collines. Le champ de
bataille resta couvert de morts, de canons et de débris. Le général
Dumoutier est blessé, ainsi que les généraux Boyeldieu, Tindal et
Combelles. L'officier d'ordonnance Béranger est blessé à mort; c'était
un jeune homme d'espérance. Le général Gros, de la garde, s'est jeté le
premier dans le fossé d'une redoute où les sapeurs ennemis travaillaient
déjà à couper des palissades: il est blessé d'un coup de baïonnette.
La nuit devint obscure et le feu cessa, l'ennemi ayant échoué dans
son attaque et laissé plus de deux mille prisonniers sur le champ de
bataille, couvert de blessés et de morts.
Le 27, le temps était affreux; la pluie tombait par torrens. Le soldat
avait passé la nuit dans la boue et dans l'eau. A neuf heures du matin,
l'on vit distinctement l'ennemi prolonger sa gauche et couvrir les
collines qui étaient séparées de son centre par le vallon de Plauen.
Le roi de Naples partit avec le corps du duc de Bellune et les divisions
de cuirassiers, et déboucha sur la route de Freyberg pour attaquer cette
gauche. Il le fit avec le plus grand succès. Les six divisions qui
composaient cette aile furent culbutées et éparpillées. La moitié, avec
les drapeaux et les canons, fut faite prisonnière, et dans le nombre se
trouvent plusieurs généraux.
Au centre, une vive canonnade soutenait l'attention de l'ennemi, et des
colonnes se montraient prêtes à l'attaquer sur la gauche.
Le duc de Trévise, avec le général Nansouty, manoeuvrait dans la plaine,
la gauche à la rivière et la droite aux collines.
Le maréchal Saint-Cyr liait notre gauche au centre, qui était formé par
le corps du duc de Raguse.
Sur les deux heures après midi, l'ennemi se décida à la retraite, il
avait perdu sa grande communication de Bohême par sa gauche et par sa
droite.
Les résultats de cette journée sont vingt-cinq à trente mille
prisonniers, quarante drapeaux et soixante pièces de canon.
On peut compter que l'ennemi a soixante mille hommes de moins. Notre
perte se monte, en blessés, tués ou pris, à quatre mille hommes.
La cavalerie s'est couverte de gloire. L'état-major de la cavalerie fera
connaître les détails et ceux qui se sont distingués.
La jeune garde a mérité les éloges de toute l'armée. La vieille garde a
eu deux bataillons engagés; ses autres bataillons étaient dans la ville,
disponibles en réserve. Les deux bataillons qui ont donné ont tout
culbuté à l'arme blanche.
La ville de Dresde a été épouvantée et a couru de grands dangers.
La conduite des habitans a été ce qu'on devait attendre d'un peuple
allié. Le roi de Saxe et sa famille sont restés à Dresde, et ont donné
l'exemple de la confiance. Le 30 août 1813.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
Le 28, le 29 et le 30, nous avons poursuivi nos succès. Les généraux
Gustex, Doumerc et d'Audenarde, du corps du général Latour-Maubourg,
ont pris plus de mille caissons ou voitures de munitions, et ramassé
beaucoup de prisonniers. Les villages sont pleins de blessés ennemis; on
en compte plus de dix mille.
L'ennemi a perdu, suivant les rapports des prisonniers, huit généraux
tués ou blessés.
Le duc de Raguse a eu plusieurs affaires d'avant-garde qui attestent
l'intrépidité de ses troupes.
Le général Vandamme, commandant le premier corps, a débouché le 25 par
Koenigstein, et s'est emparé, le 26, du camp de Pirna, de la ville et de
Hohendorf. Il a intercepté la grande communication de Prague à Dresde.
Le duc de Wurtemberg, avec quinze mille Russes, avait été chargé
d'observer ce débouché. Le 28, le général Vandamme l'a attaqué, battu,
lui a fait deux mille prisonniers, lui a pris six pièces de canon, et
l'a poussé en Bohême. Le prince de Reuss, général de brigade, officier
de mérite, a été tué.
Dans la journée du 29, le général Vandamme s'est placé sur les hauteurs
de la Bohême, et s'y est établi. Il fait battre le pays par des coureurs
et des partis, pour avoir des nouvelles de l'ennemi, l'inquiéter et
s'emparer de ses magasins.
Le prince d'Eckmülh était, le 24, à Schwerin. Il n'avait encore eu
aucune affaire majeure. Les Danois s'étaient distingués dans plusieurs
petites affaires.
Ce début de la campagne est des plus brillans, et fait concevoir de
grandes espérances. La qualité de notre infanterie est de beaucoup
supérieure à celle de l'ennemi.
Le 1er septembre 1813.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
Le 28 août, le roi de Naples a couché à Freyberg avec le duc de Bellune;
le 29, à Lichtenberg; le 30, à Zetau; le 31, à Seyda.
Le duc de Raguse, avec le sixième corps, a couché le 28, à
Dippoldiswalda, où l'ennemi a abandonné douze cents blessés; le 29, à
Falkenhain; le 30, à Altenberg, et le 31, à Zinnwald.
Le quatorzième corps, sous les ordres du maréchal Saint-Cyr, était le 28
à Maxen; le 29, à Reinhards-Grimma; le 30, à Dittersdorff, et le 31, à
Liebenau.
Le premier corps, sous les ordres du général Vandamme, était le 28 à
Hollendorff, et le 29, à Peterswalde, occupant les montagnes.
Le duc de Trévise était en position, le 28 et le 29, à Pirna.
Le général Pajol, commandant la cavalerie du quatorzième corps, a fait
des prisonniers.
L'ennemi se retira dans la position de Dippoldiswalda et Altenberg.
Sa gauche suivit la route de Plauen, et se replia par Tharandt sur
Dippoldiswalda, ne pouvant faire sa retraite par la route de Freyberg.
Sa droite ne pouvant se retirer par la chaussée de Pirna, ni par celle
de Dohna, se retira sur Maxen, et de là sur Dippoldiswalda. Tout ce qui
était en partisan et détaché de Meissen, se trouva coupé. Les bagages
russes, prussiens, autrichiens, s'étaient entassés sur la chaussée de
Freyberg; on y prit plusieurs milliers de voitures.
Arrivé à Altenberg, où le chemin de Toeplitz à Dippoldiswalda devient
impraticable, l'ennemi prit le parti de laisser plus de mille voitures
de munitions et de bagages. Cette grande armée rentra en Bohême après
avoir perdu partie de son artillerie et de ses bagages.
Le 29, le général Vandamme passa avec huit ou dix bataillons le col de
la grande chaîne et se porta sur Kulm: il y rencontra l'ennemi, fort de
huit à dix mille hommes; il s'engagea: ne se trouvant plus assez
fort, il fit descendre tout son corps d'armée: il eut bientôt culbuté
l'ennemi. Au lieu de rentrer et de se replacer sur la hauteur, il
resta et prit position à Kulm, sans garder la montagne; cette montagne
commande la seule chaussée; elle est haute. Ce n'était que le 30 au soir
que le maréchal Saint-Cyr et le duc de Raguse arrivaient au débouché
de Toeplitz. Le général Vandamme ne pensa qu'au résultat de barrer le
chemin de l'ennemi, et de tout prendre. A une armée qui fuit, il faut
_faire un pont d'or, ou opposer une barrière d'acier:_ il n'était pas
assez fort pour former cette barrière d'acier.
Cependant l'ennemi voyant que ce corps d'armée de dix-huit mille hommes,
était seul en Bohème, séparé par de hautes montagnes, et que tout le
reste était encore au pied en-deçà des monts, se vit perdu s'il ne le
culbutait. Il conçut l'espoir de l'attaquer avec succès, sa position
étant mauvaise. Les gardes russes étaient en tête de l'armée qui battait
en retraite: on y joignit deux divisions autrichiennes fraîches; le
reste de l'armée ennemie s'y réunit à mesure qu'elle débouchait, suivie
par les deuxième, sixième et quatorzième corps. Ces troupes débordèrent
le premier corps. Le général Vandamme fit bonne contenance, repoussa
toutes les attaques, enfonça tout ce qui se présentait, et couvrit de
morts le champ de bataille. Le désordre gagna l'armée ennemie, et l'on
voyait avec admiration ce que peut un petit nombre de braves contre une
multitude dont le moral est affaibli.
A deux heures après-midi, la colonne prussienne du général Kleist,
coupée dans sa retraite, déboucha par Peterswalde pour tâcher de
pénétrer en Bohême; elle ne rencontra aucun ennemi, arriva sur le haut
de la montagne sans résistance, s'y plaça, et là, vit l'affaire qui
était engagée. L'effet de cette colonne sur les derrières de l'armée,
décida l'affaire.
Le général Vandamme se porta sur-le-champ contre cette colonne, qu'il
repoussa: il fut obligé d'affaiblir sa ligne dans ce moment délicat. La
chance tourna: il réussit cependant à culbuter la colonne du général
Kleist, qui fut tué; les soldats prussiens jetaient leurs armes et
se précipitaient dans les fossés et les bois. Dans cette bagarre, le
général Vandamme a disparu; on le croit frappé à mort.
Les généraux Corbineau, Dumonceau et Philippon se déterminèrent à
profiter du moment, et à se retirer partie par la grande route, et
partie par d'es chemins de traverse, avec leur division, en abandonnant
tout le matériel, qui consistait en trente pièces de canon et trois
cents voitures de toute espèce, mais en ramenant tous les attelages.
Dans la position où étaient les affaires, ils ne pouvaient pas prendre
un meilleur parti. Les tués, blessés et prisonniers doivent porter notre
perte dans cette affaire à six mille hommes. L'on croit que la perte de
l'ennemi ne peut être moindre que de quatre à cinq mille hommes.
Le premier corps se rallia, à une lieue du champ de bataille, au
quatorzième corps. On dresse l'état des pertes éprouvées dans cette
catastrophe, due à une ardeur guerrière mal calculée.
Le général Vandamme mérite des regrets: il était d'une rare intrépidité.
Il est mort sur le champ d'honneur, mort digne d'envie pour tout brave.
Le 2 septembre 1813.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
Le 21 août, l'armée russe, prussienne et autrichienne, commandée par
l'empereur Alexandre et le roi de Prusse, était entrée en Saxe, et
s'était portée le 22 sur Dresde, forte de cent quatre-vingt à deux
cent mille hommes, ayant un matériel immense, et pleine de l'espérance
non-seulement de nous chasser de la rive droite de l'Elbe, mais encore
de se porter sur le Rhin, et de nourrir la guerre entre le Rhin et
l'Elbe. En cinq jours de temps, elle a vu ses espérances confondues:
trente mille prisonniers, dix mille blessés tombés en notre pouvoir,
ce qui fait quarante mille; vingt mille tués ou blessés, et autant de
malades par l'effet de la fatigue et du défaut de vivres (elle a été
cinq à six jours sans pain), l'ont affaiblie de près de quatre-vingt
mille-hommes.
Elle ne compte pas aujourd'hui cent mille hommes sous les armes; elle
a perdu plus de cent pièces canon, des parcs entiers, quinze cents
charrettes de munitions d'artillerie, qu'elle a fait sauter ou qui sont
tombées en notre pouvoir; plus de trois mille voitures de bagages,
qu'elle a brûlées ou que nous avons prises. On avait quarante drapeaux
ou étendards. Parmi les prisonniers, il y a quatre mille Russes.
L'ardeur de l'armée française et le courage de l'infanterie fixent
l'attention.
Le premier coup de canon tiré des batteries de la garde impériale dans
la journée du 27 août, a blessé mortellement le général Moreau qui était
revenu d'Amérique pour prendre du service en Russie.
Le 6 septembre au soir.
_A S. M. l'impératrice-reine et régente._
Le 2 septembre, l'empereur a passé, à Dresde, la revue du premier corps,
et en a conféré le commandement au comte de Lobau. Ce corps se compose
des trois divisions Dumonceau, Philippon et Teste. Ce corps a moins
perdu qu'on ne l'avait cru d'abord, beaucoup d'hommes étant rentrés.
Le général Vandamme n'a pas été tué; il a été fait prisonnier. Le
général du génie Haxo, qui avait été envoyé en mission auprès du général
Vandamme, se trouvant dans ce moment avec ce général, a été fait
également prisonnier. L'élite de la garde russe a été tuée dans cette
affaire.
Le 3, l'empereur a été coucher au château de Harta, sur la route de
Silésie; et le 4, au village de Hochkirch (au-delà de Bautzen). Depuis
le départ de S. M. de Loevenberg, des événemens importans s'étaient
passés en Silésie.
Le duc de Tarente, à qui l'empereur avait laissé le commandement de
l'armée de Silésie, avait fait de bonnes dispositions pour poursuivre
les alliés, et les chasser de Jauer: l'ennemi était poussé de toutes ses
positions; ses colonnes étaient en pleine retraite: le 26, le duc de
Tarente avait pris toutes ses mesures pour le faire tourner; mais
dans la nuit du 26 au 27, le Bober et tous les torrens qui y affluent
débordèrent; en moins de sept à huit heures, les chemins furent couverts
de trois à quatre pieds d'eau et tous les ponts emportés. Nos colonnes
se trouvèrent isolées entre elles. Celle qui devait tourner l'ennemi
ne put arriver. Les alliés s'aperçurent bientôt de ce changement de
circonstances.
Le duc de Tarente employa les journées du 28 et du 29 à réunir ses
colonnes séparées par l'inondation. Elles parvinrent à regagner Bunzlau,
où se trouvait le seul pont qui n'eût pas été emporté par les eaux du
Bober. Mais une brigade de la division Puthod ne put pas y arriver. Au
lieu de chercher à se jeter du côté des montagnes, le général voulut
revenir sur Loewenberg. Là, se trouvant entouré d'ennemis et la rivière
à dos, après s'être défendu de tous ses moyens, il a dû céder au nombre.
Tout ce qui savait nager dans ses deux régimens se sauva; on en compte
environ sept à huit cents: le reste fut pris.
L'ennemi nous a fait dans ces différentes affaires trois à quatre mille
prisonniers, et nous a pris deux aigles de deux régimens, avec les
canons de la brigade.
Après ces circonstances qui avaient fatigué l'armée, elle repassa
successivement le Bober, la Queiss et la Neiss. L'empereur la trouva
le 4 sur les hauteurs de Hochkirch. Il fit, le soir même, réattaquer
l'ennemi, le fit débusquer des hauteurs du Wohlenberg, et le poursuivit
pendant toute la journée du 5, l'épée dans les reins, jusqu'à Goerlitz.
Le général Sébastiani exécuta des charges de cavalerie a Reichenbach, et
fit des prisonniers.
L'ennemi repassa en toute hâte la Neiss et la Queiss, et notre armée
prit position sur les hauteurs de Goerlitz, au-delà de la Neiss.
Le 6, à sept heures du soir, l'empereur était de retour à Dresde.
Le conseil de guerre du troisième corps d'armée a condamné à la peine de
mort le général de brigade Jomini, chef d'état-major de ce corps, qui,
du quartier-général de Liegnitz, a déserté à l'ennemi au moment de la
rupture de l'armistice.