SITUATION DES ARMÉES FRANÇAISES DANS LE NORD, AU 20 AVRIL.

Dantzick, Thorn, Modlin, Zamosc, étaient dans le même état.

Stettin, Custrin, Glogau, Spandau, n'étaient que faiblement bloqués.

Magdebourg était le point de réserve du vice-roi.

Wittemberg et Torgau étaient en bon état. La garnison de Wittemberg

avait repoussé l'attaque de vive force.

Le général Vandamme était en avant de Brême; le général Sébastiani entre

Celle et le Weser; le vice-roi dans la même position, la gauche sur

l'Elbe, à l'embouchure de la Saale, et la droite au Hartz, occupant

Bernbourg, sa réserve à Magdebourg.

Le prince de la Moskwa était à Erfurt; le duc de Raguse à Gotha,

occupant Langen-Saltza; le duc d'Istrie à Eisenach; le comte Bertrand à

Cobourg.

Le général Souham était à Weymar. La ville avait été occupée par trois

cents hussards prussiens, qui furent éparpillés dans la journée du 19

par un escadron du dixième de hussards, et un escadron badois, sous

les ordres du général Laboissière. On leur a pris soixante hussards et

quatre officiers, parmi lesquels se trouve un aide-de-camp du général

Blucher.

Mayence, le 24 avril 1813.

_A S. M. l'impératrice-reine et régente._

S. M. l'empereur a passé, le 22 du mois, la revue de quatre beaux

régimens de la vieille garde; il a témoigné sa satisfaction du bel état

des ces troupes; elles sont arrivées à Mayence en poste, et n'ont mis

que six jours pour faire la route; elles étaient si peu fatiguées,

qu'elles ont passé le Rhin sur-le-champ. Le général Curial est arrivé à

Mayence avec les cadres des douze nouveaux régimens de la jeune garde

qui s'organisent en cette ville. Toutes les fournitures destinées à

l'équipement de ces troupes sont arrivées à Mayence par les transports

accélérés.

Le duc de Castiglione a été nommé gouverneur militaire des grands-duchés

de Francfort et de Wurtzbourg. La citadelle de Wurtzbourg a été armée et

approvisionnée.

Les bruits qui avaient été répandus sur une prétendue défaite du général

Sébastiani et sur la mort de ses aides-de-camp sont faux et controuvés;

au contraire, se proposant d'attirer l'ennemi à lui, il ordonna au

général Maurin d'évacuer Celle; douze cents cosaques s'y jetèrent

sur-le-champ. Le 28, le général Maurin rentra précipitamment dans Celle,

pêle-mêle avec l'ennemi, qui fut mis dans une déroute complète, et

perdit une cinquantaine de tués, grand nombre de blessés et une centaine

de prisonniers.

Pendant ce temps, le général Sébastiani se portait sur Ueltzen; il

chassa de Gros-OEsingen un parti de six cents cosaques, qui se reploya

sur Sprakensehl, où l'ennemi avait réuni quinze cents cavaliers. Le

général Sébastiani les fit aussitôt charger et enfoncer; on leur a

tué vingt-cinq hommes, blessé beaucoup plus, et pris une vingtaine de

cosaques; les fuyards ont été poursuivis jusque près d'Ueltzen.

Le général Vandamme commande à Brême; il a sous ses ordres les trois

divisions Dufour, Saint-Cyr et Dumonceau.

L'effervescence des esprits se calme dans la trente-deuxième division

militaire; la quantité de forces qu'on voit arriver de tous côtés, les

exemples sévères qu'on a faits sur les chefs des complots, mais surtout

le peu de monde que l'ennemi a pu montrer sur ce point, ont comprimé la

malveillance.

Le duc de Reggio est parti le 23 de Mayence pour prendre le commandement

du douzième corps de la grande-armée.

Au 24, la plus grande partie de l'armée avait passé les montagnes de la

Thuringe.

Le roi de Saxe ayant jugé convenable de s'approcher le plus possible de

Dresde, s'est porté sur Prague.

S. M. l'empereur est parti le 24, à huit heures du soir, de Mayence.

Le duc de Dalmatie a repris les fonctions de colonel-général de la

garde. S. M. a envoyé à Wetzlar le duc de Trévise pour organiser le

corps polonais du général Dombrowski, et en former deux régimens

d'infanterie, deux régimens de cavalerie et deux batteries d'artillerie.

S. M. a pris ce corps à sa solde depuis le premier janvier.

Le prince d'Eckmühl s'est rendu dans la trente-deuxième division

militaire, pour y exercer, vu les circonstances, les pouvoirs

extraordinaires délégués par le sénatus-consulte du 3 avril.

Le 25 avril 1813.

_A S. M. l'impératrice-reine et régente._

La place de Thorn a capitulé; la garnison retourne en Bavière; elle

était composée de six cents Français et de deux mille sept cents

Bavarois: dans ce nombre de trois mille trois cents hommes, douze

cents étaient aux hôpitaux. Aucun préparatif n'annonçait encore le

commencement du siége de Dantzick: la garnison était en bon état et

maîtresse des dehors. Modlin et Zamosk n'étaient point sérieusement

inquiétés. A Stettin, un combat très-vif avait eu lieu. L'ennemi, ayant

voulu s'introduire entre Stettin et Dam, avait été culbuté dans les

marais, et quinze cents Prussiens y avaient été tués ou pris.

Une lettre reçue de Glogau faisait connaître que cette place, au 12

avril, était dans le meilleur état. Il n'y avait rien de nouveau à

Custrin. Spandau était assiégé: un magasin à poudre y avait sauté, et

l'ennemi ayant cru pouvoir profiter de cette circonstance pour donner

l'assaut, avait été repoussé après avoir perdu mille hommes tués ou

blessés. On n'a point fait de prisonniers, parce qu'on était séparé par

des marais.

Les Russes ont jeté des obus dans Wittenberg, et brûlé une partie de

la ville. Ils ont voulu tenter une attaque de vive force qui ne leur a

point réussi. Ils y ont perdu cinq à six cents hommes.

La position de l'armée russe paraissait être la suivante: un corps de

partisans, commandé par un nommé Dornberg qui, en 1809, était capitaine

des gardes du roi de Westphalie, et qui le trahit lâchement, était à

Hambourg et faisait des courses entre l'Elbe et le Weser. Le général

Sébastiani était parti pour lui couper l'Elbe.

Les deux corps prussiens des généraux Lecoq et Blucher paraissaient

occuper, le premier, la rive droite de la Basse-Saale; le second, la

rive droite de la Haute-Saale.

Les généraux russes Wintzingerode et Wittgenstein occupaient Leipsick;

le général Barclay de Tolly était sur la Vistule, observant Dantzick;

le général Saken était devant le corps autrichien, dans la direction de

Cracovie, sur la Pilica.

L'empereur Alexandre avec la garde russe, et le général Kutusow ayant

une vingtaine de mille hommes, paraissaient être sur l'Oder; ils

s'étaient fait annoncer à Dresde pour le 12 avril, ils s'y étaient fait

depuis annoncer pour le 20: aucune de ces annonces ne s'est réalisée.

L'ennemi paraissait vouloir se maintenir sur la Saale.

Les Saxons étaient dans Torgau.

Voici la position de l'armée française:

Le vice-roi avait son quartier-général à Mansfeld, la gauche appuyée à

l'embouchure de la Saale, occupant Calbe et Bernbourg, où est le duc

de Bellune. Le général Lauriston, avec le cinquième corps, occupait

Asleben, Sondersleben et Gerbstet. La trente-unième division était sur

Eisleben, la trente-sixième et la trente-cinquième étaient en arrière en

réserve. Le prince de la Moskwa avait son corps en avant de Weymar. Le

duc de Raguse était à Gotha; le quatrième corps, commandé par le général

Bertrand, était à Saalfeld; le douzième corps, sous les ordres du duc de

Reggio, arrivant à Cobourg.

La garde est à Erfurt, où l'empereur est arrivé le 25 à onze heures

du soir. Le 26, S. M. a passé la revue de la garde, et a visité les

fortifications de la ville et de la citadelle. Elle a fait désigner

des locaux pour y établir des hôpitaux qui pussent contenir six mille

malades ou blessés, ayant ordonné qu'Erfurt serait la dernière ligne

d'évacuation.

Le 27, l'empereur a passé en revue la division Bonnet, faisant partie du

sixième corps aux ordres du duc de Raguse.

Toute l'armée paraissait en mouvement: déjà tous les partis que l'ennemi

avait sur la rive gauche de la Saale se sont déployés. Trois mille

hommes de cavalerie s'étaient portés sur Nordhausen pour pénétrer dans

le Hartz, et un autre parti sur Heiligenstadt pour menacer Cassel: tout

cela s'est reployé avec précipitation, en laissant des malades, des

blessés, et des traînards qui ont été faits prisonniers. Depuis les

hauteurs d'Ebersdorf jusqu'à l'embouchure de la Saale, il n'y a plus

d'ennemis sur la rive gauche.

La jonction entre l'armée de l'Elbe et l'armée du Mein doit s'opérer le

27 entre Naumbourg et Mersebourg.

Le 28 avril 1813.

_A S. M. l'impératrice-reine et régente._

Le quartier-général de l'empereur était le 28 à Naumbourg: le prince

de la Moskwa avait passé la Saale. Le général Souham avait culbuté une

avant-garde de deux mille hommes qui avait voulu s'opposer au passage

de la rivière. Tout le corps du prince de la Moskwa était en bataille

au-delà de Naumbourg.

Le général Bertrand occupait Jéna et avait son corps rangé sur le fameux

champ de bataille d'Jéna.

Le duc de Reggio, avec le douzième corps, arrivait à Saalfeld.

Le vice-roi débouchait par Halle et Mersebourg.

Le général Sébastiani s'était porté, le 24, sur Velzen; il avait culbuté

un corps de quatre mille aventuriers, commandés par le général russe

Czenicheff; il avait dispersé son infanterie; il avait pris une partie

de ses bagages et de son artillerie, et le poursuivait l'épée dans les

reins sur Lunebourg.

Le 30 avril 1813.

_A S. M. l'impératrice-reine et régente._

Le 29, l'empereur avait porté son quartier général à Naumbourg.

Le prince de la Moskwa s'était porté sur Weissenfels. Son avant-garde,

commandée par le général Souham, arriva près de cette ville à deux

heures après midi, et se trouva en présence du général russe Lanskoi,

commandant une division de six à sept mille hommes de cavalerie,

d'infanterie et d'artillerie. Le général Souham n'avait pas de

cavalerie; mais, sans en attendre, il marcha à l'ennemi et le culbuta de

ses différentes positions. L'ennemi démasqua douze pièces de canon; le

général Souham en fit mettre un pareil nombre en batterie. La canonnade

devint vive et fit des ravages dans les rangs russes qui étaient à

cheval et à découvert, tandis que nos pièces étaient soutenues par des

tirailleurs placés dans des ravins et dans des villages. Le général

de brigade Chemineau s'est fait remarquer. L'ennemi essaya plusieurs

charges de cavalerie: notre infanterie le reçut en carré et par un

feu de file qui couvrit le champ de bataille de cadavres russes et de

chevaux. Le prince de la Moskwa dit qu'il n'a jamais vu à la fois plus

d'enthousiasme et de sang-froid dans l'infanterie. Nous entrâmes dans

Weissenfels; mais voyant que l'ennemi voulait tenir près de la ville,

l'infanterie marcha à lui au pas de charge, les schakos au bout des

fusils et aux cris de _vive l'empereur!_ La division ennemie se mit en

retraite. Notre perte en tués et blessés a été d'une centaine d'hommes.

Le 27, le comte Lauriston s'était porté sur Wettin, où l'ennemi avait un

pont. Le général Maison fit placer une batterie qui obligea l'ennemi à

brûler le pont, et il s'empara de la tête de pont, que l'ennemi avait

construite.

Le 28, le comte Lauriston se porta vis-à-vis Hall, où un corps prussien

occupait une tête de pont, culbuta l'ennemi et l'obligea d'évacuer cette

tête de pont et de couper le pont. Une canonnade très-vive s'en était

suivie d'une rive à l'autre. Notre perte a été de soixante-sept hommes;

celle de l'ennemi a été bien plus considérable.

Le vice-roi avait ordonné au maréchal duc de Tarente de se porter sur

Mersebourg. Le 29, à quatre heures après midi, ce maréchal arriva

devant cette ville; il y trouva deux mille Prussiens qui voulurent s'y

défendre; ces Prussiens étaient du corps d'Yorck, de ceux mêmes que le

maréchal commandait en chef et qui l'avaient abandonné sur le Niémen.

Le maréchal entra de vive force, leur tua du monde, leur fit deux cents

prisonniers, parmi lesquels se trouve un major, et s'empara de la ville

et du pont.

Le comte Bertrand avait, le 29, son quartier-général à Dornburg, sur la

Saale, occupant par une de ses divisions le pont d'Jéna.

Le duc de Raguse avait son quartier-général à Koesen sur la Saale; le

duc de Reggio avait son quartier-général à Saalfeld sur la Saale.

Ce combat de Weissenfels est remarquable parce que c'est une lutte

d'infanterie et de cavalerie en égal nombre et en rase plaine, et que

l'avantage y est resté à notre infanterie. On a vu de jeunes bataillons

se comporter avec autant de sang-froid et d'impétuosité que les vieilles

troupes.

Ainsi, pour le début de cette campagne, l'ennemi est chassé de tout ce

qu'il occupait sur la rive gauche de la Saale; nous sommes maîtres de

tous les débouchés de cette rivière; la jonction entre les armées de

l'Elbe et du Mein est opérée, et les villes importantes de Naumbourg, de

Weissenfels et de Mersebourg ont été occupées de vive force.

Weymar, le 30 avril 1813.

S. M. l'empereur et roi a passé ici le 28 à deux heures après midi. Le

duc de Weymar et le prince Bernard avaient été à sa rencontre jusqu'aux

limites du territoire. S. M. est descendue au palais et s'est entretenue

près de deux heures avec la duchesse; après quoi S. M. est montée à

cheval pour se rendre à six lieues d'ici, à Eckarsberg, où était son

quartier-général. Les princes ayant reconduit S. M. jusque-là, ont eu

l'honneur d'y dîner le soir avec elle à son quartier-général.

La quantité de troupes qui passe ici est innombrable. Jamais on n'a vu

de plus beaux trains d'artillerie ni de convois d'équipages militaires

en meilleur état.

_A S. M. l'impératrice-reine et régente._

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome V. · 第 19 / 73 题