NAPOLÉON.

Paris, 14 février 1813.

_Discours de l'empereur à l'ouverture du corps-législatif._

«Messieurs les députés des départemens au corps-législatif,

«La guerre rallumée dans le nord de l'Europe offrait une occasion

favorable aux projets des Anglais sur la péninsule. Ils ont fait de

grands efforts. Toutes leurs espérances ont été déçues.... Leur armée

a échoué devant la citadelle de Burgos, et a dû, après avoir essuyé de

grandes pertes, évacuer le territoire de toutes les Espagnes.

«Je suis moi-même entré en Russie. Les armes françaises ont été

constamment victorieuses aux champs d'Ostrowno, de Polotsk, de Mohilow,

de Smolensk, de la Moskwa, de Maloiaroslawetz. Nulle part les armées

russes n'ont pu tenir devant nos aigles; _Moscou est tombé en notre

pouvoir._

«Lorsque les barrières de la Russie ont été forcées, et que

l'impuissance de ses armes a été reconnue, un essaim de Tartares ont

tourné leurs mains parricides contre les plus belles provinces de ce

vaste empire qu'ils avaient été appelés à défendre. Ils ont, en peu de

semaines, malgré les larmes et le désespoir des infortunés Moscovites,

incendié plus de quatre mille de leurs plus beau villages, plus de

cinquante de leurs plus belles villes, assouvissant ainsi leur ancienne

haine, et sous le prétexte de retarder notre marche en nous environnant

d'un désert. _Nous avons triomphé de tous ces obstacles!_ L'incendie

même de Moscou où, en quatre jours, ils ont anéanti le fruit des travaux

et des épargnes de quarante générations, n'avait rien changé à l'état

prospère de mes affaires..... Mais la rigueur excessive et prématurée

de l'hiver a fait peser sur mon armée une affreuse calamité. _En peu

de nuits, j'ai vu tout changer._ J'ai fait de grandes pertes. Elles

auraient brisé mon âme si, dans ces grandes circonstances, j'avais dû

être accessible à d'autres sentimens qu'à l'intérêt, à la gloire et à

l'avenir de mes peuples.

«A la vue des maux qui ont pesé sur nous, la joie de l'Angleterre a été

grande, ses espérances n'ont pas eu de bornes. Elle offrait nos plus

belles provinces pour récompense à la trahison. Elle mettait pour

condition à la paix le déchirement de ce bel empire: c'était, sous

d'autres termes, proclamer _la guerre perpétuelle_.

«L'énergie de mes peuples, dans ces grandes circonstances, leur

attachement à l'intégrité de l'empire, qu'ils m'ont montré, ont dissipé

toutes ces chimères, et ramené nos ennemis à un sentiment plus juste des

choses.

«Les malheurs qu'a produits la rigueur des climats ont fait ressortir

dans toute leur étendue la grandeur et la solidité de cet empire, fondé

sur les efforts et l'amour de cinquante millions de citoyens, et sur les

ressources territoriales des plus belles contrées du monde.

«C'est avec une vive satisfaction que nous avons vu nos peuples du

royaume d'Italie, ceux de l'ancienne Hollande et des départemens réunis,

rivaliser avec les anciens Français, et sentir qu'il n'y a pour eux

d'espérance, d'avenir et de bien, que dans la consolidation et le

triomphe du grand empire.

«Les agens de l'Angleterre propagent chez tous nos voisins l'esprit de

révolte contre les souverains. L'Angleterre voudrait voir le continent

entier en proie à la guerre civile et à toutes les fureurs de

l'anarchie; mais la Providence l'a elle-même désignée pour être la

première victime de l'anarchie et de la guerre civile.

«J'ai signé directement avec le pape un concordat qui termine tous

les différens qui s'étaient malheureusement élevés dans l'église. La

dynastie française règne et régnera en Espagne. Je suis satisfait de la

conduite de tous mes alliés. Je n'en abandonnerai aucun; je maintiendrai

l'intégrité de leurs états. Les Russes rentreront dans leur affreux

climat.

«Je désire la paix; elle est nécessaire au monde. Quatre fois, depuis

la rupture qui a suivi le traité d'Amiens, je l'ai proposée dans des

démarches solennelles. Je ne ferai jamais qu'une paix honorable et

conforme aux intérêts et à la grandeur de mon empire. Ma politique n'est

point mystérieuse; j'ai fait connaître les sacrifices que je pouvais

faire.

«Tant que cette guerre maritime durera, mes peuples doivent se tenir

prêts à toute espèce de sacrifices; car une mauvaise paix ferait

tout perdre, jusqu'à l'espérance, et tout serait compromis, même la

prospérité de nos neveux.

«L'Amérique a recouru aux armes pour faire respecter la souveraineté de

son pavillon; les voeux du monde l'accompagnent dans cette glorieuse

lutte. Si elle la termine en obligeant les ennemis du continent à

reconnaître le principe que le pavillon couvre la marchandise et

l'équipage, et que les neutres ne doivent pas être soumis à des

blocus sur le papier, le tout conformément aux stipulations du traité

d'Utrecht, l'Amérique aura mérité de tous les peuples. La postérité

dira que l'ancien monde avait perdu ses droits, et que le nouveau les a

reconquis.

«Mon ministre de l'intérieur vous fera connaître, dans l'exposé de

la situation de l'empire, l'état prospère de l'agriculture, des

manufactures et de notre commerce intérieur, ainsi que l'accroissement

toujours constant de notre population. Dans aucun siècle l'agriculture

et les manufactures n'ont été en France à un plus haut degré de

prospérité.

«J'ai besoin de grandes ressources pour faire face à toutes les dépenses

qu'exigent les circonstances; mais moyennant différentes mesures que

vous proposera mon ministre des finances, je ne devrai imposer aucune

nouvelle charge à mes peuples.»

De notre palais de l'Elysée, le 30 mars 1813.

_Lettres-patentes._

Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions, empereur des

Français, roi d'Italie; protecteur de la confédération du Rhin,

médiateur de la confédération suisse, etc., etc;

A tous ceux qui ces présentes verront, salut.

Voulant donner à notre bien-aimée épouse l'impératrice et reine

Marie-Louise, des marques de la haute confiance que nous avons en elle,

nous avons résolu de l'investir, comme nous l'investissons par ces

présentes, du droit d'assister aux conseils du cabinet, lorsqu'il en

sera convoqué pendant la durée de mon règne, pour l'examen des affaires

les plus importantes de l'état; et attendu que nous sommes dans

l'intention d'aller incessamment nous mettre à la tête de nos armées,

pour délivrer le territoire de nos alliés, nous avons également résolu

de conférer, comme nous conférons par ces présentes, à notre bien-aimée

épouse l'impératrice et reine, le titre de régente, pour en exercer les

fonctions, en conformité de nos intentions et de nos ordres, tels que

nous les aurons fait transcrire sur le livre de l'état; entendant

qu'il soit donné connaissance aux princes grands dignitaires et à

nos ministres, desdits ordres et instructions, et qu'en aucun cas,

l'impératrice ne puisse s'écarter de leur teneur, dans l'exercice des

fonctions de régente.

Voulons que l'impératrice-régente préside, en notre nom, le sénat, le

conseil-d'état, le conseil des ministres et le conseil privé, notamment

pour l'examen des recours en grâce, sur lesquels nous l'autorisons

à prononcer, après avoir entendu les membres dudit conseil privé.

Toutefois notre intention n'est point que par suite de la présidence

conférée à l'impératrice-régente, elle puisse autoriser par sa

signature, la présentation d'aucun sénatus-consulte, ou proclamer aucune

loi de l'état; nous référant à cet égard au contenu des ordres et

instructions mentionnées ci-dessus.

Mandons à notre cousin le prince archi-chancelier de l'empire, de donner

communication des présentes lettres-patentes au sénat, qui les fera

transcrire sur ses registres, et à notre grand-juge ministre de la

justice, de les faire publier au bulletin des lois, et de les adresser à

nos cours impériales, pour y être lues, publiées et transcrites sur les

registres d'icelles.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome V. · 第 10 / 73 题