(_Le National_, 21 avril 1851.)
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L'_Histoire de Marie Stuart_, par M. Dargaud, est affichée sur tous les
murs de Paris. De grandes lettres blanches détachées sur fond rouge
recommandent cet ouvrage aux passants. Cette fantaisie d'auteur ne
suffisait pas à attirer l'attention; mais les journaux se sont montrés
plus complaisants que les murailles à l'égard de l'écrivain. Ils
n'étalent pas seulement le titre de son livre: _le Siècle_, _la Presse_
et _le National_ ne lui marchandent pas leurs louanges longuement
motivées. Les recommandations de ces divers publicistes n'étaient point,
il est vrai, pour éveiller nos sympathies; au moins pouvaient-elles nous
faire supposer qu'elles s'adressaient à un ouvrage sérieux, digne d'être
contrôlé, et dont _l'Univers_ devait examiner les conclusions.
Nous y avons été complétement trompés, et nous nous en plaignons.
Le livre de M. Dargaud, comme valeur historique et littéraire, est de
ceux sur lesquels les amis sont trop heureux de se taire. Quand ils ne
peuvent garder tout à fait un sage et prudent silence, au moins
devraient-ils ne pas se lancer dans des éloges qui deviennent grotesques
lorsqu'on les rapproche du sujet qui les excite. Nous ne devinons pas ce
qui a pu valoir à l'historien de Marie Stuart une bienveillance aussi
outrée. Il ne cesse de tomber dans des contradictions flagrantes.
Il ne faut pas chercher à discuter les interprétations d'un pareil
écrivain. Évidemment, sa visée est ailleurs. Il serait superflu de lui
rappeler que de Thou, malgré sa gravité magistrale et sa belle latinité,
n'est pas un historien; c'est un pamphlétaire effronté, violent,
haineux, menteur, accueillant toujours avec joie toute injure et toute
atteinte portées à l'Église; et il a beau être escorté de Hume, il ne
constitue pas une autorité suffisante pour faire accepter les atrocités
que le nouvel écrivain attribue à Marie Stuart.
Les histoires, les confidences, la manie de parler de soi, les
exagérations dans les portraits, le perpétuel souci de la philosophie,
de la liberté, l'amour de la révolution, dont les flammes servent _de
régénération plutôt que de destruction_, tout cela montre à quelle école
appartient M. Dargaud. Il eût peut-être mérité de rencontrer de
meilleurs maîtres.