(_Le Pays_, 5 octobre 1851.)
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Voici un livre dont la publication est toute récente, et qui pourtant a
déjà été l'objet des controverses les plus passionnées. Attaqué sans
mesure comme sans équité, et ardemment défendu, le livre de M. Dargaud a
eu cette bonne fortune d'émousser aux yeux du public ces dénigrements et
de justifier ces sympathies, deux mérites à notre sens et deux succès
pour un!
Nous nous rendons facilement compte du sentiment qui a poussé M. Dargaud
à prendre pour sujet cette saisissante figure de Marie Stuart, et à la
faire revivre sous nos yeux dans le cadre splendide du XVIe siècle.
La fatalité, qui devait présider à la destinée de Marie, la prend au
berceau.
Arrachée aux périls qui la menaçaient en Écosse, et conduite en France,
sa présence est un éblouissement pour la cour des Valois, habituée
cependant à tant d'élégances et à tant de merveilles.
Mais bientôt la scène change. Marie retourne en Écosse.
Il faut lire dans le livre de M. Dargaud les amours tragiques de la
reine d'Écosse, et le long martyre de ses prisons.
Une éternelle espérance d'évasion éternellement déçue, la captivité
toujours plus étroite, toujours plus sinistre, la trahison même d'un
fils dénaturé, les dégradations infligées à la reine, les outrages à la
femme; puis, à mesure que les dix-huit ans lentement épuisés minute à
minute, angoisse à angoisse, la rapprochent du terme fatal, la suprême
agonie de toute espérance, les dernières palpitations de la vie qui
protestent contre le dénoûment terrible; enfin, la morne attente du coup
de hache d'Élisabeth; les attendrissements des adieux, le courage des
apprêts, la mort si ferme, si noble, qui vient clore et racheter cette
destinée, tout cela est décrit avec une force, une simplicité, une
émotion, une vérité saisissantes, et forme un tableau qui est pour nous
comme l'événement même.
En tournant ces dernières et pathétiques pages du livre de M. Dargaud,
nous comprenions bien la pitié qui s'attache au souvenir de Marie
Stuart. Il y a dans sa fin une majesté touchante qui appelle à la fois
l'admiration et les larmes. Elle est morte avec grandeur, avec calme,
avec héroïsme, nous dirions presque avec innocence, si on peut se laver
dans son propre sang du sang qu'on a répandu. Le cœur seul parle en
présence de si longues souffrances et d'une telle mort, et on oublie les
fautes pour ne se souvenir que du courage et de la grandeur de
l'expiation.
Le livre de M. Dargaud explique et juge Marie Stuart. Cette mémoire, qui
avait jusqu'à présent échappé à l'appréciation historique, est désormais
fixée. Mais Marie Stuart n'est pas la seule héroïne de l'œuvre de M.
Dargaud. Il y a dans cette œuvre un autre héros, c'est le XVIe siècle,
le XVIe siècle avec tous ses orages de religion et ses audaces de
philosophie, avec le cortége de ses hommes d'État, de ses poëtes, avec
la renaissance des lettres, avec la splendide efflorescence de l'art. La
vie de Marie Stuart eût été incomplète séparée de la vie générale de son
temps, de toutes les influences qui agirent si puissamment sur elle, de
tous les intérêts de politique et de religion auxquels elle fut mêlée,
en un mot de ce XVIe siècle dont elle fut une des plus brillantes
expressions. M. Dargaud l'a compris. Il a su élargir une biographie aux
proportions mêmes de l'histoire.