ÉMILE SOUVESTRE.

(_Le Siècle_, 7 janvier 1851.)

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L'historien digne de ce nom ne doit pas seulement le récit facile,

élégant et correct à ceux qui le lisent; il leur doit aussi la lumière

qui est le rayon de la vérité éternelle dans les événements accidentels

et mobiles; il leur doit la passion qui est la vie réelle et palpitante

dans l'action qui revit et dans l'homme qui renaît; il leur doit la

couleur qui est le reflet des temps écoulés sur les peintures dans

lesquelles ces temps se reproduisent. En un mot, l'historien est tout à

la fois un annaliste qui raconte, un peintre qui colore, un statuaire

qui sculpte, un philosophe qui pense, un moraliste qui juge, un poëte

qui s'émeut.

C'est ainsi que l'histoire a été comprise par M. Dargaud. Il ne se

contente pas d'explorer le terrain, il le fouille. Il cherche dans les

mœurs, dans les civilisations, dans les traditions, dans la nature

surtout, le secret des choses qu'il retrace. Il met une clarté dans

chaque date, un enseignement dans chaque fait, une vérité dans chaque

conclusion; il note tous les mouvements de l'esprit humain, et de toutes

ces impressions, de tous ces attendrissements, de tous ces fanatismes,

de tous ces héroïsmes, il compose la vie dans son expression la plus

fidèle, mais la vie en face du temps qui la dépasse et de Dieu qui la

juge.

M. Dargaud a voyagé en Écosse, s'est pénétré de l'impression des lieux,

s'est penché sur les ruines qui sont les témoins du passé, a vu et

touché le sol, a étudié les figures dans les vieux portraits suspendus

aux murailles des abbayes et des musées, a senti son sujet, en un mot,

avant de le traiter. Il a taillé ainsi une statue vraie de Marie Stuart,

une statue qui est l'image d'une époque, d'une civilisation, des

religions aux prises, des ambitions en lutte, d'une femme qui fut une

reine, et d'une reine qui fut une martyre; une statue, pour tout dire,

vivante et parlante comme l'humanité.

Histoire de Marie Stuart · 第 71 / 86 题