(_Le Siècle_, 7 janvier 1851.)
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L'historien digne de ce nom ne doit pas seulement le récit facile,
élégant et correct à ceux qui le lisent; il leur doit aussi la lumière
qui est le rayon de la vérité éternelle dans les événements accidentels
et mobiles; il leur doit la passion qui est la vie réelle et palpitante
dans l'action qui revit et dans l'homme qui renaît; il leur doit la
couleur qui est le reflet des temps écoulés sur les peintures dans
lesquelles ces temps se reproduisent. En un mot, l'historien est tout à
la fois un annaliste qui raconte, un peintre qui colore, un statuaire
qui sculpte, un philosophe qui pense, un moraliste qui juge, un poëte
qui s'émeut.
C'est ainsi que l'histoire a été comprise par M. Dargaud. Il ne se
contente pas d'explorer le terrain, il le fouille. Il cherche dans les
mœurs, dans les civilisations, dans les traditions, dans la nature
surtout, le secret des choses qu'il retrace. Il met une clarté dans
chaque date, un enseignement dans chaque fait, une vérité dans chaque
conclusion; il note tous les mouvements de l'esprit humain, et de toutes
ces impressions, de tous ces attendrissements, de tous ces fanatismes,
de tous ces héroïsmes, il compose la vie dans son expression la plus
fidèle, mais la vie en face du temps qui la dépasse et de Dieu qui la
juge.
M. Dargaud a voyagé en Écosse, s'est pénétré de l'impression des lieux,
s'est penché sur les ruines qui sont les témoins du passé, a vu et
touché le sol, a étudié les figures dans les vieux portraits suspendus
aux murailles des abbayes et des musées, a senti son sujet, en un mot,
avant de le traiter. Il a taillé ainsi une statue vraie de Marie Stuart,
une statue qui est l'image d'une époque, d'une civilisation, des
religions aux prises, des ambitions en lutte, d'une femme qui fut une
reine, et d'une reine qui fut une martyre; une statue, pour tout dire,
vivante et parlante comme l'humanité.