les résidents anglais des Cayes avaient écrit à la Trinité pour réclamer
l'intervention d'un vaisseau de guerre de leur nation, parce que la
ville était saccagée et pillée. Le général Guerrier était subitement
tombé malade, et le bruit s'était répandu qu'il avait été empoisonné par
son rival Acaan.--A la Dominique, où une révolte de noirs affranchis
avait éclaté, ce qui était un fait nouveau dans l'histoire de
l'émancipation anglaise, l'ordre avait été rétabli. Cet événement donne
une autorité très-grande à ce que disait lord Clarendon dans la séance
de la chambre des lords du 25 juillet: «Mon opinion est que nous devons
nous efforcer de prouver aux autres nations que le travail de l'homme
libre est plus productif que celui de l'esclave. C'est précisément ce
que nous n'avons pas prouvé, et les autres nations, voyant que
l'expérience avait manqué, ont regardé notre philanthropie comme un
piège. Et pourquoi l'expérience n'a-t-elle pas réussi? C'est parce que
dans nos colonies, nous n'avons pas donné au travail libre les moyens de
se développer. C'est à cela que doivent tendre tous nos efforts.»
Bien que, grâce aux mesures prises, au déploiement de force armée, la
ville de Prague n'ait pas été le théâtre de nouvelles luttes sanglantes,
on a encore vu la fermentation et la révolte gagner les petites villes
manufacturières. Une émeute a éclaté à Deutsch-Brod, et l'on a dû
recourir aux garnisons voisines, qui sont toutes consignées A
Schwartz-Koseritz, un mouvement a eu lieu contre la population
israélite, qui a été expulsée. Vingt mille des plus riches juifs de
Prague ont déjà aussi quitté cette ville. La question du paupérisme
paraît être surtout en jeu dans ce qui s'est passé. Des vers imprimés
ont circulé parmi la foule. Cette poésie révolutionnaire était écrite
dans la langue des Bohèmes.
Un attentat contre la vie du roi et de la reine de Prusse a été commis à
Berlin, le 26 juillet. Au moment où ils montaient en voiture, un
individu, sortant de la foule, s'est approché de la portière et a
déchargé dans cette direction un pistolet à double coup. La voiture
était partie aussitôt; le roi a fait arrêter, et a montré au peuple que
ni lui ni la reine n'étaient atteints. Le coupable a été arrêté en
flagrant délit; c'est un ancien bourgmestre de Storkow, dans la Marche
électorale, qui avait donné sa démission en 1841, après une gestion
répréhensible. Il avait depuis, à plusieurs reprises, sollicité un
nouvel emploi, et l'insuccès de ses tentatives l'avait irrité et poussé
à ce crime. Il se nomme Tschech, il est âgé de cinquante-six ans.
Les autres nouvelles de Prusse sont l'abolition de la détention pour
dettes, et une instruction du commandant général des gardes qui donne
l'ordre aux officiers supérieurs de défendre aux soldats, jusqu'au grade
de sergent-major inclusivement, de se faire recevoir membres des
sociétés de tempérance. Cette mesure est motivée sur ce que les
règlements de ces sociétés défendent l'usage d'une boisson qui, d'après
les ordres supérieurs, est distribuée régulièrement à certaines époques,
surtout pendant les manoeuvres, dans les camps et les bivouacs, et à
certains jours solennels, comme rafraîchissante et tonique.
Bologne vient d'être encore témoin d'une exécution politique. Le 10
juillet au matin, les carabiniers y ont fusille par derrière un peigneur
de chanvre, _arrêté à l'étranger en janvier 1844_, qui avait été
condamné à mort comme rebelle par la commission militaire, après, dit
l'arrêt, que celle-ci _eut oui la messe et fait les prières d'usage_. Ce
malheureux, nommé Gardenghi, a été mis à mort au même lieu où six autres
condamnés avaient subi dernièrement cet atroce supplice.
La correspondance de Madrid contient d'affligeants détails. Nous avons
parlé de l'exécution à Saragosse de trois personnes fusillées par suite
de l'affaire du général Esteller; mais le général Breton avait dit dans
une proclamation que ce n'était qu'un commencement d'expédition; et en
effet, d'autres personnes sont arrêtées, et l'on annonce qu'elles seront
prochainement exécutées. Ce n'est pas tout: M. Inglada. intendant
général de la province de Tolède, nommé par le ministère Gonzalès Bravo,
vient non-seulement d'être destitué, mais encore d'être arrêté et mis au
secret comme prévenu de complicité dans le meurtre du général Quesada,
assassiné dans le mouvement populaire qui suivit l'insurrection de la
Granja. D'autres personnes, compromises dans la même affaire, ont été
également arrêtées, et l'on s'attend à voir adopter des mesures
semblables pour venger les mânes des généraux Basa, Mendez Vigo,
Saint-Just, Duonadio et Canterac.
A Athènes on s'est occupé de la tentative d'un individu atteint
d'aliénation mentale qui avait voulu pénétrer, le 7 juillet, dans le
palais du roi et avait été frappé d'un coup de baïonnette à travers le
corps par un soldat. Cet homme, autrefois brigadier de gendarmerie,
avait revêtu son uniforme, et il paraît que la sentinelle ne l'a frappé
que quand elle lui a vu mettre le sabre à. la main. Le malheureux
insensé était porteur d'un rouleau de papier que l'on croyait être une
pétition adressée au roi, mais qui ne contenait que des divagations sur
Alexandre le Grand, en l'honneur de qui il poussait des vivat. Le
chagrin de se voir dépouillé d'une petite propriété et des querelles
intérieures, suites d'un mauvais ménage, semblent les causes de la folie
de cet homme, dont la vie sera peut-être conservée, mais qu'il semble
difficile de ramener à la raison.--Quant à la solution des embarras
politiques, on attendait la réunion des Chambres. Le ministère a fait
des promotions si nombreuses dans les hauts grades de l'armée, qu'il y a
maintenant 40 généraux pour 3,000 hommes dont se compose la force
militaire.
Sur la lutte sanglante des bords de la Plata, on trouve dans le
_Standard_ la note suivante, qu'il convient de n'accepter que sous
bénéfice d'inventaire: «Il est arrivé ce matin des nouvelles de
Buénos-Ayres et de Montevideo. Nous avions annoncé que les assiégés
avaient fait une sortie qui s'était terminée par une déroule complète:
aujourd'hui nous apprenons que les résultats de cette sortie ont été
plus désastreux encore. Paz. à la tête de 2,000 hommes, avait attaqué un
poste avancé de l'ennemi près de Pantanoso, pendant que Thiébaud et
Carréa marchaient sur las Tres-Croces. Il espérait prendre l'ennemi à
l'improviste, mais Oribe étant survenu avec des renforts, Paz a été
repoussé avec perte. 68 hommes sont restés sur le champ de bataille, 160
ont été blessés. On lui a fait cinq prisonniers. La division de Carréa
et de Thiébaud a aussi été repoussée à la baïonnette par le colonel
Maza; 75 hommes sont restés sur le champ de bataille, y compris 62
_ex-Français_. Il y a eu 150 blessés.»
Des lettres reçues de Lima font connaître qu'au mois de mai dernier le
général Vivanco était toujours président du Pérou. Mais ce malheureux
pays continuait d'être en proie à la guerre civile. Les troupes de
Vivanco avaient eu plusieurs engagements avec celles du général
Castella, son plus grand antagoniste. Le général Santa-Cruz était tombé
au pouvoir de Castella, qui avait livré son prisonnier au commandant de
la frégate _le Chili_. On craignait que Santa-Cruz ne fût fusillé.
Plusieurs généraux levaient des corps de partisans et se disposaient à
agir chacun pour s'emparer du pouvoir, qui a passé par tant de mains en
si peu d'années. Plus heureux que Santa-Cruz, le maréchal de la Fuente a
pu se rendre à bord de la corvette française _l'Embuscade_, en rade de
Callao. Il a été accueilli avec l'hospitalité qu'on est sûr de
rencontrer chez le» Français. Cependant, le séjour du maréchal se
prolongeant indéfiniment à bord de ce bâtiment, les agents du
gouvernement établi à Lima ont adressé à ce sujet des représentations,
d'abord au capitaine Mallet, qui ne les a point écoutées, et ensuite à
l'amiral Dupetit-Thouars. Il est de principe, en effet, que si un neutre
mouillé devant une place de guerre reçoit à son bord, à titre de
réfugié, un ennemi de cette place, c'est à condition de l'embarquer sur
le premier navire étranger qui sortira du port avec une destination
lointaine. Or, il paraît que cette condition n'avait pas été observée.
L'amiral, qui sait aussi bien respecter les droits des autres qu'il fait
valoir les siens à l'occasion, a éloigné le maréchal de la Fuente et mis
un terme au conflit.
Au Paraguay, il y a eu un changement de gouvernement. M. Lopez a été
nommé directeur pour dix années Il avait ouvert au commerce étranger les
ports du Paraguay et avait autorisé les négociants étrangers à s'y
établir. Toutefois, si l'on en croit le correspondant du _Times_, la
jalousie du gouvernement buénos-ayrien empêchera que cette mesure ne
soit profitable aux nations étrangères et notamment à la
Grande-Bretagne. Il a déclaré qu'il ne souffrirait pas que le commerce
se fit sur le Panama et l'Uruguay, soit parce qu'il est en guerre avec
le Banda oriental, soit parce que Corrientes s'est détaché de la
confédération méridionale.
Le musée et les collections de médailles se sont enrichis de deux
productions nouvelles. L'une est consacrée au souvenir de la séance du
20 janvier dernier, où M. Guizot répondit à l'opposition, qui lui
reprochait vivement certains actes de sa vie politique: «_On peut
épuiser ma force, on n'épuisera pas mon courage._» Les amis de M. le
ministre des affaires étrangères, qui avaient eu vis-à-vis de lui, dans
cette séance, le tort de ne pas soutenir l'apologie qu'il cherchait à
faire de ces actes reprochés, et de le laisser lutter seul contre
l'opposition, ont cru lui devoir cette réparation. L'autre médaille est
la médaille en bronze que le gouvernement a fait graver par M. Gavrard
pour être donnée aux exposants. Elle représente la France tendant une
couronne à l'industrie en lui disant: «_Tu m'enrichis, je t'honore._»
C'est trop sec et pas assez logique. L'industrie, en effet, enrichit la
France, mais elle ne fait pas que l'enrichir, et c'est parce qu'elle ne
fait pas que cela que la France l'honore. Il y a peu d'années, la ville
de Paris percevait un double impôt des maisons de jeu et des maisons de
tolérance. Les croupiers et les beautés de carrefours l'enrichissaient,
sans qu'elle les honorât, que nous sachions. Les intérêts matériels ont
leur côté fort respectable; mais il faut savoir le trouver, surtout
quand on veut le couler en bronze.
Une inondation terrible a porté la consternation dans la ville d'Adana
et dans ses environs. S'il faut en croire le récit des voyageurs, ce
sinistre aurait coûté la vie à mille personnes et causé des dommages
qu'on évalue à plusieurs millions de piastres.--A Rio-Janeiro, le 25
mai, la chaudière de l'un des steamers en fer qui font le service entre
cette ville et Rio-Grande a éclaté, et plus de quarante personnes ont
perdu la vie par suite de l'explosion.--A Londres, un événement est venu
causer également la mort de trente personnes. Pour assister à une joute
de bateaux à rames, la foule s'était portée sur une jetée flottante qui
sert d'embarcadère près du pont de Black-Friars. Cette jetée, d'environ
trente mètres de longueur, a cédé sous le poids des imprudents, et
hommes, femmes et enfants ont été jetés dans le fleuve.--Sur le chemin
de fer de Montpellier à Cette, le déraillement d'un train a causé la
mort de trois voyageurs. Quatre autres ont été blessés.
A Paris aussi, hélas! lundi, à la fin de cette fête dont le _Courrier de
Paris_ ne vous a fait voir que le côté riant, nous avons vu se
reproduire ce triste tableau qui avait assombri les solennités du
mariage de M. le duc d'Orléans. A l'entrée de l'avenue Gabriel, des
flots de curieux se contrariant et s'amoncelant ont déterminé de
nombreux cas d'asphyxie dont quelques-uns, malgré les secours
immédiatement prodigués, ont été mortels. Le nombre des blessés est
considérable, et beaucoup de blessures présentent de la gravité.
--Un de nos auteurs dramatiques les plus féconds, M. Guilbert de
Pixérécourt, vient de mourir à Nancy, sa ville natale, à l'âge de
soixante-onze ans.--L'Allemagne vient de perdre également un de ses plus
féconds producteurs dramatiques, M. Charles Blum, auteur de 589 ouvrages
représentés. Il avait, par ses traductions, popularisé le vaudeville
français chez ses compatriotes.--Le troisième fils du roi de Naples,
comte de Castro-Giovani, est mort.
Projet d'un Hôpital nouveau à Paris.
[Illustration.]
Paris tend à se déplacer: c'est un fait incontestable que M. Rabusson
déplore en fréquents mémoires au roi et en pétitions aux Chambres: nous
nous bornons, nous, à le reconnaître. L'administration de la ville de
Paris ne le méconnaît sans doute pas non plus, mais elle a le tort de ne
pas assez étudier ce mouvement, de ne pas assez s'en préoccuper, non pas
pour s'y opposer, comme le voudrait M. Rabusson, mais pour le diriger,
l'organiser dans l'intérêt de la ville à venir et au moindre détriment
de la ville ancienne.
C'est dans le quart de cercle compris entre le nord et l'ouest que
Paris, gravissant la hauteur qui le dominait, l'a couronnée
d'habitations nouvelles. S'étendant sur le plateau, elles descendront
bientôt sur le versant opposé pour rejoindra la Seine qui le contourne.
Cette extension s'opère en dedans et au dehors des limites de la ville,
c'est-à-dire sur les vastes terrains non construits que renfermait
l'enceinte du mur d'octroi et au delà même de cette enceinte. Pour la
partie de ce développement qui s'opère dans la banlieue, la municipalité
de Paris ne peut exercer aucune surveillance ni aucune action. Toute
cette ville de Batignolles-Monceaux, qui dans un petit nombre d'années
fera, à coup sûr, partie de la grande ville, s'est édifiée et s'édifie
encore d'après des règles de voirie rurale, qui ne sont nullement en
harmonie avec celles de Paris et qui laissent s'enrouler des rues
étroites et sinueuses qu'à peu de frais aujourd'hui on établirait sur de
plus grandes proportions et sur un alignement moins tourmenté, mais dont
l'élargissement et le redressement entraîneront plus tard des dépenses
énormes. Pour la partie de ces constructions qui est renfermée dans les
murs de l'octroi, la ville de Paris fait observer, bien entendu, ses
règlements; mais elle comprend que ses devoirs ne s'arrêtent pas là, et
que cette agglomération de nouveaux habitants et d'émigrants des anciens
quartiers, exige des établissements municipaux et des monuments publics.
Bientôt nous aurons à rendre compte de l'ouverture et de la consécration
d'une église qu'on achève sur la place Lafayette. On s'entretient depuis
longtemps de l'érection d'un collège; aujourd'hui nous avons à faire
connaître le plan d'un hôpital nouveau.
Cette construction s'élèverait précisément derrière l'église qui va être
inaugurée, Saint-Vincent-de-Paule, dans l'axe de ce monument, et d'une
rue Neuve-Hauteville, continuation de l'ancienne rue de ce nom et qui
n'en serait séparée que par le monument religieux et ses abords.
L'hôpital est destiné à recevoir 600 lits. L'administration des hospices
dont tous les établissements ont été édifiés pour une destination tout
autre que celle à laquelle ils sont appliqués aujourd'hui ou à une
époque où l'on n'avait point étudié les exigences de l'hygiène pour la
construction d'un hôpital, a reconnu la nécessité d'en élever un qui pût
être regardé comme modèle. Malheureusement, le plan qu'elle a fait
dresser ne nous paraît pas suffisamment justifier ce titre, et son
auteur évidemment n'avait pas présents à l'esprit, en le combinant, les
principes et les conditions établis par le rapport de l'Académie des
sciences sur la construction d'un hôpital, rapport fait par les hommes
les plus compétents de l'Europe, et signé de Tenon, d'Arcet, Lavoisier,
Bailly, Lassone, Daurenton, Coulon et Laplace.
Ainsi, pour loger les 600 lits demandés, on propose d'établir trois
étages de malades, ce qui est insalubre et proscrit par l'Académie.
Malgré cet entassement, la superficie du plan de l'administration n'en
serait pas moins de plus de 20,000 mètres carrés; tandis que l'hôpital
de Bordeaux, élevé pour 600 à 700 lits, n'occupe qu'une surface de
16,000 mètres carrés et n'a que deux étages de malades. C'est que dans
leurs plans certains architectes d'administrations se préoccupent
beaucoup plus des accessoires, de l'agrément et des convenances des
directeurs et chefs de service, que du bien-être des véritables
destinataires. On en jugera quand nous aurons dit que les bâtiments
occuperaient à eux seuls 9,203 mètres, dont 6,297 pour les accessoires
et 2,906 pour les malades. L'exécution totale coûterait près de cinq
millions. Par ce développement mal entendu, un terrain, précieux pour la
ville, se trouverait absorbé sans nécessité dans ce clos Saint-Lazare,
où il ne faut pas seulement penser à l'hôpital, mais aussi aux abords
d'un quartier nouveau qui a un avenir si important, et ou des voies bien
combinées devront faciliter une grande et utile circulation. Par ce
développement encore l'hôpital serait trop rapproché de la gare du
chemin de fer de Belgique, et il interromprait la rue du Nord, tracée
pour l'importante communication de la barrière Poissonnière, au centre
du faubourg Saint-Denis, voie déjà portée sur le plan de la ville et
bâtie en plusieurs endroits. Le prolongement de la rue des Jardins
deviendrait également impossible.
Un artiste oui a exécuté de grands travaux pour le gouvernement, M.
Marchebens, vient d'adresser au conseil général des hospices et aussi au
conseil municipal de Paris, dont heureusement l'avis devra être pris
avant de se mettre à l'oeuvre, une demande pour qu'un concours soit
ouvert. Il fait bien ressortir les inconvénients manifestes du projet
pour lequel l'administration se sent un faible, et il ajoute: «Dans cet
état de choses, et pour un monument de cette importance, pourquoi,
messieurs, ne décideriez-vous pas un concours public pour éclairer la
marche de cette grande opération? La commission des hôpitaux de Bordeaux
avait aussi son monde et ses architectes; elle n'en ouvrit pas moins un
concours aux savants et aux artistes du royaume, pour l'érection de son
grand hôpital. Vous approuverez, j'espère, ce principe, messieurs, en
faisant un appel aux lumières du siècle, pour rendre plus parfait cet
asile du pauvre; car, vous l'avez bien compris, il ne s'agit ici de
blesser aucun intérêt, ni de ravir la place de personne, mais il s'agit
d'une création modèle, sur laquelle la raison, l'expérience et la
comparaison sont nécessaires pour éclairer l'administration. Aux plans
et devis doit être joint le mémoire explicatif sur la construction, sur
l'hygiène des salles, sur la séparation des malades et des
convalescents, sur le chauffage, sur la ventilation, et enfin sur la
commodité des services. Ce travail ensuite doit être soumis à _un jury
d'examen composé de membres de l'Académie des sciences, de médecins et
de chirurgiens, d'architectes, administrateurs ou directeurs_, afin
qu'il soit jugé par chaque spécialité avec connaissance de cause, et
afin qu'un monument de cette importance ne laisse rien à désirer.»
Et pour ce concours qu'il provoque, M Marchebens envoie son plan, dans
lequel il est arrivé, en économisant, sur le projet rival, plus de 2,000
mètres carrés de terrain et plus de 2 millions, à faire beaucoup mieux
pour les malades. Ainsi, dans cette construction, telle qu'il la conçoit
et dont nous donnons l'aspect, tous les bâtiments sont isolés, et n'ont
que deux étages de salles de malades;--les salles n'ont que 32 lits;
elles sont toutes séparées par des jardins, et l'on peut y classer les
diverses espèces de maladies;--après avoir logé les 600 lits, on trouve
une réserve qui permet de placer 250 lits pour des temps calamiteux,--un
quartier pour les convalescents, des promenades couvertes et des
chauffoirs ont été ménagés dans toutes les divisions,--l'établissement
des bains est disposé de manière à servir aux malades de l'hôpital et à
ceux du dehors;--de grandes galeries à portiques réunissent tous les
bâtiments et permettent le service en tout temps;--les constructions
sont en pierre et en fer, ce qui non-seulement les met à l'abri de
l'incendie, mais encore les rend plus saines, plus durables et plus
économiques;--les dépendances, accessoires et jardins, n'occupent qu'un
espace proportionne à leur service;--la rue du Nord n'est pas coupée,
n'est pas interrompue, et tout l'édifice est entouré d'un boulevard
planté d'arbres.
Nul doute que le conseil municipal, qui va avoir à délibérer sur les
sacrifices qui lui sont demandés a cette occasion, y mettra pour
condition l'ouverture d'un concours. Aujourd'hui, il n'y a donc encore
de reconnu que la nécessité de cet établissement et d'adopté que son
titre: _Hôpital Louis-Philippe_. Espérons que ce qui reste à déterminer
le sera uniquement dans l'intérêt des malades et dans celui des budgets
des hospices et de la ville de Paris.
Exposition
DES PRODUITS DE L'INDUSTRIE.
[Illustration: M. Thénard, président du jury de l'exposition.]
[Illustration: M. le comte de Nue.]
[Illustration: M. Alexandre
Brongniart.]
[Illustration: M. Darcet.] [Illustration: M. Léon de la Borde.]
[Illustration: M. Fontaine.]
DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES.
Lundi 29, à une heure, ceux de MM. les exposants qui avaient été
désignés par les différentes commissions du jury s'étaient réunis, au
nombre de plus de huit cents, dans la salle des maréchaux. Les membres
du jury, conduits par M. le baron Thénard, pair de France, leur
président, les avaient précédés, et s'étaient placés à droite et à
gauche de l'espace réservé pour le roi et sa famille.
Quelques instants après, Sa Majesté est arrivée. Elle portait l'uniforme
de la garde nationale. La reine, madame Adélaïde, M. le duc de Nemours
et M. le duc de Montpensier, accompagnaient Sa Majesté, qui était suivie
de M le ministre du commerce et de l'agriculture, du préfet de la Seine
et du commandant des gardes nationales du département.
Le roi, dont l'entrée avait été saluée par des acclamations, a pris
place à quelques pas du grand balcon qui donne sur le jardin, ayant à sa
droite M. le ministre du commerce.
M. le baron Thénard s'est alors avancé et a lu un discours dans lequel
il a énuméré les résultats obtenus par l'industrie française depuis cinq
ans, ainsi que les progrès signalés par l'exposition de 1844 dans les
efforts et les produits du travail national. Le roi a répondu par
quelques paroles qui ont été fort applaudies.
M. le ministre du commerce a ensuite fait l'appel de tous les exposants
qui avaient été jugés dignes de récompenses. Le roi remettait lui-même
les décorations ou les médailles en adressant à chaque lauréat des
éloges et des encouragements. Cette distribution a duré quatre heures et
demie.
On avait eu le bon esprit cette année de commencer par l'appel et la
remise des récompenses les moins éclatantes et de terminer par les
décorations. Aussi, tandis qu'aux distributions précédentes les rangs
s'éclaircissaient, la salle devenait déserte et le roi demeurait presque
seul, l'intérêt, cette fois, a été soutenu, a été croissant, et Leurs
Majestés, en se retirant, se sont entendu saluer par des acclamations
aussi nombreuses que celles qui les avaient accueillies à leur arrivée.
Il est même résulté de cette persévérance de la foule un peu de
confusion, une chaleur extrême et quelques évanouissements. Peut-être
plusieurs de ces syncopes doivent-elles toutefois être portées au compte
de l'émotion et de l'attendrissement; c'est ce qu'on pourrait établir en
comparant la liste des évanouis et celle des récompensés; mais nous ne
ferons aujourd'hui d'emprunts qu'à cette dernière.
_L'Illustration_ a eu, toute la première, le droit d'être émue. Son
fondateur, M. Dubochet, ses imprimeurs, MM. Lacrampe et compagnie, ont
obtenu le rappel de la médaille d'argent qu'ils avaient méritée en 1839;
et ses graveurs, MM. Best, Leloir et compagnie, ont été jugés dignes de
la médaille d'or. Nous nous bornerons à donner aujourd'hui la liste des
exposants qui ont obtenu la décoration de la Légion d'honneur. Ce sont:
MM. Camu fils, filateur de laine, à Reims (Marne).
Bacot (Frédéric), fabricant de drap, à Sedan (Ardennes).
Chennevière (Théodore), fabricant de drap, à Elbeuf (Seine-Inférieure).
Grillet aîné, fabricant de châles, à Lyon (Rhône).
[Illustration: Michel Chevalier.]
[Illustration: M. Firmin Didot.]
[Illustration: M. Gay-Lussac.]
Bonner (Claude-Joseph), fabricant de soieries, à Lyon (Rhône).
Faure (Étienne) fabricant de rubans, à Saint-Étienne (Loire).