Lille (Nord).
Gros (Jacques), fabricant de tissus de coton à Wesserling (Haut-Rhin).
Girard, imprimeur sur tissus, à Rouen (Seine-Inférieure).
Frèrejean, maître de forges, à Vienne (Isère).
Massenet, fabricant d'acier et de faux, à Saint-Étienne (Loire).
André, fondeur au Val-d'Oise (Haute-Marne).
Roswag (Augustin), fabricant de toiles métalliques, à Schelestadt
(Bas-Rhin).
Charrière, fabricant d'instruments de chirurgie, à Paris.
Pecqueur, constructeur de machines, à Paris,
Bourdon, directeur des forges et fonderies du Creusot (Saône-et-Loire).
Rourkardt (J.-J.), constructeur de machines, à Guebwiller (Haut-Rhin).
Thénard, ingénieur en chef des ponts et chaussées, à Cubzac (Gironde).
Buron, fabricant d'instruments d'optique, à Paris.
Roller, fabricant de pianos, à Paris.
Winnerl, fabricant d'horlogerie, à Paris.
Lemire, fabricant de produits chimiques à Choisy-le-Roi (Seine).
Lefebvre (Théodore), fabricant de céruse, aux Moulins-lès-Lille (Nord).
Schattenmann, directeur de la compagnie des mines de Bouwiller
(Bas-Rhin).
Bontemps, fabricant de verrerie, à Choisy-le-Roi (Seine).
Godard fils, fabricant de cristallerie, à Baccarat (Meurthe).
Millier, fabricant de porcelaine, à Montereau (Seine-et-Marne).
Faucer aîné, fabricant de maroquins, à Choisy-le-Roi (Seine).
Ogerau, tanneur, à Paris.
Cail (J.-F.), constructeur de machines, à Paris.
Lacroix (Jean Justin), fabricant de papiers, à Angoulême (Charente).
A six heures, le roi et la famille royale se sont rendus dans la grande
galerie du Musée, où avait été dressée une table de deux cents couverts.
MM. les ministres du commerce, de l'inférieur et des finances, des
généraux, de hauts fonctionnaires, des officiers de la maison du roi,
les membres du jury et ceux des exposants qui avaient reçu la décoration
de la Légion-d'Honneur ou la médaille d'or, avaient été invités à dîner
avec Leurs Majestés.
Pendant le dîner, une musique militaire, placée au milieu de la galerie,
a exécuté de brillantes symphonies.--Au dessert, le roi s'est levé, a
pris son verre et a porté le toste suivant: _Honneur à l'exposition
1844! Prospérité à l'industrie française!_ Les exposants y ont répondu
par des cris de _Vive le roi! vive la famille royale!_ Ensuite deux
santés ont été portées au roi et à la reine par M. le ministre du
commerce et par M. le ministre des finances.
A sept heures et demie la famille Royale, suivie de tous les conviés, a
quitté la galerie du Louvre et est rentrée dans les appartements du
château. Le roi a pris place au grand balcon de la salle des Maréchaux;
les convives aux autres balcons de la même salle et sur la terrasse qui
règne à gauche du pavillon de l'horloge. De là ils ont assisté au
concert exécuté à grand orchestre sous ces fenêtres; puis, des balcons
des étages supérieurs, ils ont pu contempler le feu d'artifice tiré sur
le quai d'Orçay et les illuminations féeriques qui unissaient, par une
suite d'arcades éclatantes et diaprées, l'obélisque à l'arc de l'Étoile.
[Illustration: M. Dumas.]
[Illustration: M Blanqui.]
[Illustration: M. Chevreul.]
Ainsi s'est terminée cette journée qui a imposé des obligations aux
vainqueurs, qui a fait naître le besoin d'une revanche pour les vaincus.
A l'exposition de 1849!!!
Bulletin bibliographique.
_L'Ultramontanisme ou l'Église romaine et la Société moderne_; par M.
Edgar Quinet. 1 vol. in-8.--Paris, 1844. _Paulin_. 4 fr. 50 c.
Sous ce titre, M. Edgar Quinet vient de réunir et de publier en un
volume les leçons qu'il a faites cette année à son cours du collège de
France. Qui n'a entendu parler du succès obtenu par l'éloquent
professeur? Rien n'y a manqué, ni la foule qui se pressait aux portes
longtemps avant leur ouverture, ni les applaudissements des auditeurs,
ni les visites à domicile, ni les souscriptions collectives pour une
médaille d'honneur, rien, pas même l'opposition des jésuites. L'effet a
été immense. Après avoir lu cet ouvrage-, nous qui n'avons pas eu le
bonheur d'entendre M. Edgar Quinet, nous comprenons maintenant pourquoi
ses leçons ont excité de tels transports de sympathie et de
reconnaissance. L'influence sera grande aussi. Jamais, peut-être, un
enseignement plus élevé et plus utile n'avait attiré et retenu au
collège de France les esprits distingués qui, dans ce siècle d'égoïsme,
se préoccupent encore sincèrement des développements futurs de la
révolution française.
L'année dernière, M. Edgar Quinet s'était contenté de réfuter le passé;
aujourd'hui il s'avance beaucoup plus loin. Dans son opinion, le
jésuitisme a compromis le catholicisme; il craint que le catholicisme
ainsi engagé ne compromette le christianisme. Tel a été son point de
départ. Mais sans rester au point de vue critique, il a marqué des
fondements réels. En face de chacune des idées de l'ultramontanisme, il
a élevé une autre idée plus vraie, plus féconde, plus religieuse. Il n'a
critique le passé qu'en montrant les indices de l'avenir.
L'Espagne considérée comme le royaume catholique par excellence, les
résultats politiques du catholicisme en Espagne, l'Église romaine
examinée et jugée aux points de vue de ses rapports avec l'État, la
science, l'histoire, le droit, la philosophie, les peuples et l'Église
universelle, forment les sujets des neuf leçons de M. Edgar Quinet.
Malheureusement, la réserve imposée à l'_Illustration_, en sa qualité de
journal universel, nous interdit toute analyse d'un livre qui sera
évidemment mis à l'index par la cour de Rome. En joignant ici nos éloges
aux applaudissements des auditeurs de M. Edgar Quinet, en nous associant
complètement et sans restriction, pour notre part, à ses protestations
contre le passé, à sa critique du présent, à ses aspirations vers un
avenir meilleur, nous devons nous borner à citer un court passage de
l'Ultramontanisme, qui suffira pour faire comprendre la tendance et
l'intérêt de ce remarquable ouvrage.
«Quand la question est ainsi posée par la nature des choses, et que l'on
veut y échapper, on prononce un mot, un mot formidable qui a la magie de
paralyser les coeurs: l'État moderne est athée; la loi est athée; la
France, en tant que France, est athée! A ces mots, les fronts les plus
fiers se courbent; beaucoup acceptent en silence cette condamnation, et
les adversaires s'imaginent avoir flétri pour toujours l'esprit des
révolutions et des institutions modernes. C'est ici, en effet, qu'est
toute la question.
«Ah! quand je ne connais dans le monde d'institutions athées que celles
des bohémiens errants, sans foyers, sans patrie sous le ciel est-il bien
vrai que ce soit là tout l'esprit des nôtres? Ce serait là, en vérité,
une politique sans espoir, un droit sans nuit, un jour sans lendemain.
Ils croient frapper ainsi l'avenir de mort civile. Mais quoi! parlons
tranquillement!
«Quand, dans la vieille France, la violence était dans les moeurs et
dans la loi; quand les privilèges, les inégalités sociales, les
servitudes de la terre et des hommes; abrégeons, quand tout ce que le
Christ réprouve faisait le fond même de la vie civile, vous appeliez
cela un royaume chrétien! Quand la force régnait à la place de l'âme;
quand l'épée décidait de tout; quand l'inquisition, la Saint-Barthélémi,
la torture empruntée du droit païen, les caprices d'un seul homme,
c'est-à-dire quand la société païenne durait, dominait encore, vous
appeliez cela un royaume très-chrétien; et depuis, au contraire, que la
fraternité, l'égalité, inscrites dans la loi, tendent de plus en plus à
descendre dans les faits; depuis que l'esprit est reconnu plus fort que
l'épée et le bourreau, depuis que l'esclavage, le servage, ont cessé ou
que l'on travaille à en abolir les restes; depuis que la liberté
individuelle consacrée devient le droit de toute âme immortelle, depuis
que ceux dont les pères se sont massacrés se tendent désormais la main,
c'est-à-dire depuis que la pensée chrétienne, sans doute trop faiblement
encore, pénètre peu à peu les institutions et devient comme la substance
et l'aliment du droit moderne, vous appelez cela un royaume athée!
«Qu'entendez-vous donc à la fin par religion, et quel est donc votre
Christ? Est-ce un mot ou une réalité vivante? Si c'est un mot, vous
pouvez, en effet, à votre gré, le clouer à une époque déterminée du
passé, comme le nom du roi des Juifs au haut de la croix. Si c'est
seulement dans ce qui n'est plus.--Vous cherchez le Christ dans le
sépulcre du passé; mais le Christ a quitté son sépulcre, il a marché; il
a changé de place; il vit, il s'incarne, il descend dans le monde
moderne...»
_Buffon, Histoire de ses Idées et de ses Travaux_; par M. Flourens, de
l'Institut, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, membre de
l'Académie française, etc. 1 v. in-18. 3 fr. 60.--_Paulin_, éditeur, rue
Richelieu, 60.
M. Flourens vient de publier à la librairie Paulin un charmant volume
qui a sa place marquée dans toutes les bibliothèques à côté des oeuvres
de Buffon. Ce volume est intitulé _Buffon, histoire de ses idées et de
ses travaux_. Comme savant et comme écrivain. M. Flourens, à la fois
secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences et membre de l'Académie
française, possède tous les titres qui donnent le droit de toucher à un
si grand sujet. Les idées et les travaux de Buffon jugés, éclairés,
rectifiés par les idées et les travaux de la science actuelle, telle est
l'étude que M. Flourens présente aux savants et aux gens du monde, dans
un langage digne de Buffon lui-même. Il manquerait un trait intéressant
à l'annonce de ce nouvel ouvrage de M. Flourens, si l'on ne disait que
par une circonstance curieuse et naturelle d'ailleurs, l'illustre
professeur de physiologie comparée au Jardin du Roi a écrit sur Buffon
dans l'appartement même que celui-ci a habité, au sein de cet
établissement dont la création lui doit sa première splendeur. M.
Flourens, dont les travaux scientifiques sur les diverses branches de
l'histoire naturelle ont une réputation universelle, n'est pas de ceux
qui pensent que la science doit avoir ses adeptes et que ses secrets
peuvent demeurer enfermés loin des regards de la foule. Ce n'est pas la
première fois qu'il descend des hauteurs du sanctuaire mystérieux de la
science pour rendre populaires les connaissances qui s'y préparent, en
faisant passer dans une langue toute littéraire et académique, les
notions de l'histoire naturelle. C'est par là aussi que m. Flourens est
digne de son illustre prédécesseur, qui a su revêtir des tonnes du plus
magnifique langage des vues et des découvertes qui ne savent le plus
souvent s'exprimer que dans le style aride de l'amphithéâtre ou dans la
langue barbare de la nomenclature. M. Flourens est l'auteur d'un volume
sur Georges Cuvier dont _l'Histoire des idées et des travaux_ de Buffon
est un utile et précieux pendant. C'est ce qu'il exprime bien mieux que
nous ne saurions faire, dans une préfacé à laquelle nous empruntons
l'extrait suivant:
«J'ai publié en 1844 l'_Analyse raisonnée des travaux de Georges
Cuvier._
«L'histoire des travaux de Buffon touche partout à l'histoire des
travaux de Cuvier; ces deux grands écrivains lient deux siècles; Buffon
devine, Cuvier démontre; l'un a le génie des vues, l'autre se donne la
force des faits; les prévisions de l'un deviennent les découvertes de
l'autre, et quelles découvertes! Les âges du inonde marqués, la
succession des êtres prouvée, les temps antiques restitués, les
populations éteintes du globe rendues à notre imagination étonnée. Les
travaux de Buffon et de Cuvier sont pour l'esprit humain la date d'une
grandeur nouvelle.
«J'ai vu ces grands travaux, et j'ai voulu en écrire l'histoire,»
_L'Histoire des idées et des travaux de Buffon, l'Analyse raisonnée des
travaux de Georges Cuvier_, sont donc deux parties d'un même sujet,
traitées l'une et l'autre par le continuateur et le successeur des deux
plus beaux génies que la science ait dotés depuis un siècle. M. Flourens
est aussi l'auteur d'un excellent petit livre sur _l'instinct et
l'intelligence des animaux_, inspiré par les travaux de M. Frédéric
Cuvier, homme d'une grande science et d'une admirable pénétration, que
son nom n'a pas empêché de devenir célèbre, et qui figure à côte du
grand Cuvier, son illustre frère, plus haut que le second des Corneille
à côté de l'auteur des _Horaces_ et de _Cinna._
Tous ces ouvrages, ainsi qu'un excellent _Examen de la Phrénologie_, où
les gens du monde peuvent apprendre ce qu'on doit penser des théories de
cette prétendue science, sont des travaux qui pourraient à eux seuls
établir une renommée, mais qui sont pour M. Flourens comme une affaire
de luxe et propres à montrer ce que la vraie science peut gagner à être
revêtue d'un beau langage.
Nous reviendrons sur ces travaux et particulièrement sur le volume qui
vient d'être publié. Un de nos collaborateurs que ses études mettent à
même de l'apprécier dans ses détails, en rendra compte avec une autorité
que nous ne pouvons donner au jugement que nous en portons ici.
_La Chassomanie_, poème par M. Deyeux, orné de seize grands dessins à
deux teintes, compositions de MM. Alfred de Dreux, Beaume, Forest,
Foussereau et Valerio. 1 vol. grand in-8.--Paris. _Imprimeurs-Unis_. 12
fr.
Telle est des dieux l'auguste volonté,
Qu'ils ont donné, ce penser les élève!
Une seconde à la réalité
Et plus d'une heure au moindre petit rêve.
Le prisonnier rêve la liberté;
L'ambitieux, la puissance infinie;
Tous les amours rêvent la volupté;
Mon rêve à moi, c'est la chassomanie.
M. Deyeux, comme on le voit, entre franchement en matière. Il avoue sa
passion, et il s'efforce de la faire partager à tout le genre humain.
Le chassomanie est un dieu sur la terre!
Aussi, non content de chasser, il veut décrire en vers de dix pieds.
Les plaisirs différents
Qu'à ses amants toute chasse prodigue.
N'allez pas croire, sur ce début, que M. Deyeux soit un de ces chasseurs
malheureusement trop communs, qui ont fourni à Collin d'Harleville le
type de M. de Crac.
Sa volupté n'aime rien qu'en petit,
Et son plaisir sonne peu la trompette;
Il cherche l'ombre et déteste le bruit:
La jouissance habite une cachette.
Petit sentier plus doux qu'un grand chemin,
Sous son ombrage attiré le mystère;
Les grands effets brisent le coeur humain,
Et la gaîté fuit le grand caractère.
Le chassomanie, hélas! que ne peut-il
Sous son manteau, dans l'ombre, dans sa poche,
Cacher ses goûts, son amour, son fusil!
Le vrai bonheur doit rester sous la cloche!
Ainsi vous êtes bien et dûment averti; ce ne sont pas ses hauts faits,
ce sont les plaisirs, les émotions, les procédés, les ustensiles de la
chasse que va chanter et décrire tour à tour en vers de huit, de dix et
de douze syllabes. M. Deyeux: _la grande et la petite chasse, les armes,
la chasse en plaine, en battue, au miroir, au marais, etc. Ces peintures
sont semées çà et là de réflexions plus ou moins profondes, car
On croit que tout chasseur, en sa légère étoffe,
N'est qu'un homme frivole et fou dans ses plaisirs,
Dont l'incapacité présidé les loisirs
Mais tout chasseur devient, s'il n'est pas, philosophe.
Le silence des bois porte au recueillement.
Aussi, parvenu à la moitié de son poème, le chassomane rédige-t-il, un
jour de pluie, toutes les observations qu'il a faites, toutes les
méditations auxquelles il s'est adonné:
L'art ne présida point à ce vif abrégé;
Mais la campagne admet toujours le négligé.
Les méditations chassomanes embrassent toutes les passions, qualités et
vices de l'espèce humaine. Veut-on savoir comment M. Deyeux a disséqué,
... Attentif, le scalpel dans les mains,
Toutes les variétés bizarres des humains?
Nous ouvrons au hasard le carnet.
L'amitié, dans la France, est fille du caprice.
Elle tient de son père, et, comme lui, vit peu...
Vous offrez votre coeur comme on donne le bras;
Soir; mais marcherez vous longtemps du même pas?
......................................................................
Dussé-je être à la fin traité d'idéologue,
Je trouve à chaque femme une fleur analogue...
L'hortensia nous peint la belle femme bête,
Si contente d'avoir du rose sur la tête;
La fleur du dalhia, la femme sans émoi,
Qui dit: Je ne sens rien, mais je suis belle, moi!...
Je crois que cette fleur, qu'on nomme la pensée,
Porte en velours le deuil de l'ivresse passée.
Les cloches du cactus sonnent l'ambition
Des amours fiers, armés des griffes du lion.
La clématite semble exprimer pour emblème:
Il faut que m'attache avant que je vous aime.
La rose d'Inde, après la rose de Provins,
Est la rêveuse altière au teint jaune, aux yeux vains.
La tulipe admirable est la beauté stupide
Dont l'esprit est inerte et dont le coeur est vide.
Cependant le chassomane interrompt ses méditations, qui renferment un
trop grand nombre de pensées communes et de mauvais vers.
Il court, en son délire,
Revêtir le harnais, bagage abandonné
Pendant ces tristes jours où la foudre a tonné.
Si la raison persiste encor, méditative,
Le beau temps la combat aussitôt qu'il arrive.
Et le poème de recommencer de plus belle: _La Chasse aux Lapins avec des
Furets, l'Orage, la Chaumière et le Château, la Sensiblerie, la Chasse
et la Guerre, l'Aviceptologie, l'Art de mentir, Lanterne et Clochette_,
etc., etc., tels sont les principaux sujets traités par M. Deyeux dans
cette seconde partie. Une _Ode à son chien Mylord_, et des recherches
historiques en prose terminent ce beau volume de 334 pages, qui est orné
de seize jolies lithographies à deux teintes, d'après des compositions
de MM. de Dreux, Beaume, Forest, Foussereau et Valerio.
_Les Bagnes_, histoire, types, moeurs, mystères: par Maurice Alhoy;
illustré de 105 dessins de MM. de Rudder, Bertall, Valentin, J. Noël,
etc.. 1 vol. in-8 publié en 50 livraisons à 30 cent. _G. Havard,
Dutertre, Michel Levy_.
Nous recevons la première livraison d'un ouvrage nouveau qui nous paraît
destiné à un succès populaire. Il a pour titre _les Bagnes_, et pour
auteur M. Maurice Alhoy. _L'Illustration_, qui vient de représenter à
ses abonnés la vie entière d'un forçat au bagne depuis son arrivée
jusqu'à sa mort, n'a pas besoin d'insister sur l'intérêt actuel d'un
pareil sujet. Pour juger l'ouvrage qu'elle se borne à annoncer, elle
attendra qu'il soit achevé. Dès aujourd'hui, cependant, elle peut
affirmer que nul écrivain n'était plus capable que M. Maurice Alhoy de
bien remplir cette lourde et pénible lâche, d'écrire l'histoire et de
faire la description de ces prisons fameuses. Son ouvrage du _Bagne de
Rochefort,_ publié il y a quelques années, avait fixé l'attention des
publicistes qui se sont occupés de la réforme pénitentiaire.
Depuis cette époque, il a amassé de nombreux matériaux; il a observé de
nouveau le monde exceptionnel qu'il veut peindre sous toutes ses faces,
sous l'aspect qui inspire l'horreur, comme sous celui qui inspire la
pitié; il a étudié le condamné et l'a vu au départ, sur sa route, à
l'arrivée, à la prise des fers; il l'a vu à Brest, à Toulon, à
Rochefort, sur son banc de repos, où le forçat vit comme la brute; il
l'a vu dans ses travaux incessants du port, où règne l'égalité, sans
privilège pour les coupables; il l'a vu sur le lit de l'hospice: il l'a
suivi à son retour au monde, ou à l'amphithéâtre et à la fosse commune,
où les os de tant de générations de criminels s'entassent chaque jour.
_Les Petits Mystères de l'Opéra_, par Albéric Second, illustration par
Gavarni.--Paris, _Kugelmann et Bernard Latte_. 1 vol. in-8º; prix: 6 fr.
Si nous ne craignions de nous attirer une partie des rancunes que ce
volume ne peut manquer de valoir à son auteur, nous dirions qu'il s'en
publie peu d'aussi spirituels, et que c'est la plus amusante révélation
que nous ayons entendue depuis longtemps. Mais nous ne saurions admettre
toutes les méchancetés du révélateur sur ces messieurs et sur ces dames;
nous ne croyons ni aux intrigues ni aux sous-jupes, et c'est malgré nous
que nous avons ri de ce chapitre notamment où l'auteur, ayant dit du mal
de tout le monde, ayant épuisé toutes les formules malignes, et voulant
cependant encore renchérir sur le compte d'un de nos peintres, M.
Lepaute, ne trouve d'autre moyen que de faire son éloge. C'est bien
traître!
Il est cependant un certain monde pour lequel l'auteur des _Petits
Mystères_ s'est montré plus indulgent. Il paraît qu'il n'a plus rien à
attendre des femmes; attendait-il quelque chose des journalistes, des
feuilletonistes surtout? Il nous les fait passer en revue à une sortie
de l'Opéra; c'est tout un cortège de grands nommes. C'est bien l'idée
que nous nous sommes toujours faite de ces messieurs, et ce qui double
chez, nous le mérite de cette conviction, c'est que nous n'attendons
d'eux aucun compte rendu. Mais à leur place, en lisant ces flatteries
sur des pages mordantes, nous nous rappellerions le corbeau de la fable,
et nous craindrions que l'éloge de notre plumage ne fût mis là
uniquement pour nous faire ouvrir un large bec. Heureusement
l'amour-propre des corbeaux sert toujours merveilleusement la ruse des
renards, et d'ailleurs c'est par habitude sans doute que celui-ci se
sera montré rusé; car il s'est montré trop spirituel, il a trop
constamment su se montrer amusant, pour avoir besoin de recourir à des
apothéoses qui feront peut-être sourire les gens qui ne croient à rien,
pas même aux grands hommes de nos jours et aux réclames.
_L'Univers pittoresque_, histoire et description de tous les peuples, de
leurs religions, moeurs, coutumes, industries, etc.--_Europe_, tomes
XXV, XXVI, XXVII et XXVIII. _Angleterre, Écosse et Irlande_; par MM.
Galibert et Pelle, 4 vol. in-8. 24 fr.--Paris, 1842-1844. _Firmin
Didot._ Trois volumes ont déjà paru; le quatrième est en cours de
publication.
On a déjà parlé dans ce recueil de la grande publication de messieurs
Firmin Didot frères, et l'ouvrage que nous annonçons aujourd'hui est
peut-être, pour nous autres Français, après les deux ouvrages de cette
immense collection consacrés à l'histoire de France (_Annales et
Dictionnaire encyclopédique_), celui de tonus qui offre le plus grand
intérêt. Histoire civile et militaire, état social, religion, moeurs,
littérature, sciences et arts, législation, agriculture, navigation,
commerce, industrie, tout cela est renfermé dans le vaste cadre de MM.
Galibert et Pelle, tout cela est touché, sinon traité à fond par eux, de
telle sorte que, sans avoir fait une oeuvre historique d'une haute
portée, sans avoir laissé, ce à quoi eux-mêmes ne semblent pas
prétendre, un de ces monuments qui traversent les siècles, ils ont
donné un livre à la fois utile et amusant, dans lequel si rien de bien
neuf, de bien original n'y brille, on est du moins assuré de trouver un
résumé de ce que la science historique fournit de plus avancé sur
l'Angleterre jusqu'à ce jour.
[Illustration: Les exposants heureux, caricature par Cham.]
[Illustration: Les Exposants malheureux, caricature par Cham.]
[Illustration: Vol à main armée, caricature par Cham.]
Rébus.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS.
Le temps se passe, et les noirs ne sont pas encore affranchis.
[Illustration.]
End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0075, 1 August 1844, by Various