«Vitoria, le 16 juillet 1812.
«Monsieur le maréchal, aujourd'hui la cavalerie, l'artillerie et le
convoi que j'ai eu l'honneur d'annoncer à Votre Excellence par ma lettre
du 11 ont dû se mettre en marche sous les ordres du général Chauvet, et
je pense qu'ils arriveront le 18 ou le 19 à Valladolid.
«Votre Excellence a envoyé l'ordre à la division Palombini, qui devait
se trouver à Aranda, d'aller joindre l'armée à Tordesillas, et c'était
l'intention de Sa Majesté Catholique; mais cette division, pour laquelle
j'avais envoyé des ordres à Aranda et à Soria, n'a communiqué avec
aucune place; elle est allée dans les environs de Soria, sur la
frontière d'Aragon, de là sur Tudela, d'où le général Palombini m'a
annoncé sa prochaine arrivée à Logrono: sa lettre est du 2. Je lui ai
envoyé l'ordre de venir le plus promptement possible; ma lettre est
arrivée le 6 à Tudela. Tous les jours on m'a annoncé sa prochaine
arrivée. Je lui ai envoyé ordres sur ordres; je n'ai pas reçu de ses
nouvelles. Avant-hier je lui ai encore écrit; je le fais encore
aujourd'hui. Je ne conçois rien à ses mouvements et à l'ignorance dans
laquelle il me laisse de sa situation.
«Le peu de troupes que j'ai envoyées sur les côtes a eu trois affaires
avec deux corps de trois à quatre mille hommes qui appuyaient les
opérations de l'escadre anglaise. Santonia va sous peu être abandonné à
lui-même. Tous les hommes en état de porter les armes sont enlevés; les
ennemis nous entourent de tous les côtés, et notre situation, sous tous
les rapports, est extrêmement critique.
«Au moment où cette lettre va partir, j'apprends que Mendizabal est
arrivé à Orduna, et que cette ville et les environs sont remplis de
troupes et que son projet est d'attaquer Vitoria de concert avec les
bandes de la Navarre et du Guipuscoa.
«Un voyageur m'apprend qu'il a rencontré la division Palombini à
Cerbera, près d'Agreda, le 13 au matin. Je ne puis comprendre les motifs
de ces mouvements.»