«Vitoria, le 11 juillet 1812.
«Monsieur le maréchal, j'avais tout disposé pour faire partir ce matin
de l'artillerie et de la cavalerie, et je devais les faire escorter par
un régiment d'infanterie jusqu'à Burgos, où, se ralliant à d'autre
cavalerie et à de l'artillerie, le convoi serait allé jusqu'à
Valladolid; les mouvements de l'ennemi m'en ont empêché. Le port de
Castro est pris, et en ce moment Portugalette, qui est à l'entrée de la
rivière de Bilbao, est vivement attaqué depuis trois heures du matin. Ce
n'est qu'avec la plus grande difficulté que je puis communiquer avec les
troupes; je ne puis avoir des nouvelles ni de San Andeo ni de Pampelune.
Les postes de l'Èbre sont attaqués; la communication avec la France est
interceptées. Ce ne sont plus des bandes, ce sont des corps de trois à
quatre mille hommes, organisés en bataillons, qui agissent sous la
direction des Anglais. Tout le pays prend les armes: je ne pense pas
cependant que cet état de choses puisse durer au delà de quelques jours.
J'attends une division qui devrait être arrivée à Logrono, et aussitôt
j'espère que les choses changeront de face. Croyez, monsieur le
maréchal, que je ne demande pas mieux que de vous seconder; mais, obligé
de garder une ligne extrêmement étendue et ayant peu de moyens, je me
suis vu forcé de différer les choses les plus pressantes et les plus
importantes: et je mets au premier rang celle de vous envoyer du monde.
«J'apprends à l'instant qu'il est arrivé des troupes à Bayonne, et je
dois penser que, le 13, il en partira pour Vitoria. Je donne ordre au
1er régiment de hussards, au 31e de chasseurs et à un escadron arrivé
depuis peu, de partir avec huit bouches à feu pour se rendre à
Valladolid et d'y faire apporter du biscuit. J'ai prié Votre Excellence
d'envoyer de l'infanterie pour prendre ce convoi; il l'attendra à
Celada, car à peine ai-je en tout et sur tous les points six mille
hommes disponibles, que j'aurais envoyés à l'armée de Portugal sans ces
événements. Le 15e de chasseurs a quatre bouches à feu, qui sont ici et
qui partiront lorsque je pourrai les faire escorter. Je n'ai pas reçu de
lettres de Votre Excellence depuis le 2.»