«26 juin 1812.
«Monsieur le maréchal, j'ai eu l'honneur d'informer Votre Excellence que
les ennemis avaient fait à la côte une forte expédition; que j'ai été
obligé de disposer des troupes qui étaient arrivées ici la veille; que
Bilbao était attaqué, tandis que Lequeitio l'était par mer et par terre,
et avait été emporté; que le général Bonnet, évacuant les Asturies, est
entré le 18 dans la province de Santander.
«J'ai appris, hier au soir, qu'il avait pris la route de Reynosa, que
l'expédition était composée de six vaisseaux de ligne, neuf frégates et
six bricks, qui se tiennent partie sur Santoña, partie sur la côte de
Biscaye. Les troupes débarquées à Lequeitio sont des troupes de terre
anglaises.
«Par l'évacuation des Asturies, à laquelle j'étais loin de m'attendre,
d'après les dernières lettres de Votre Excellence, je me trouve,
non-seulement découvert, mais hors d'état de conserver la province de
Santander. Tomasera livré à lui-même, la Biscaye est ouverte de partout,
et l'ennemi pourra en occuper tous les ports. Je suis entouré de bandes
très-fortes, peu dangereuses par elles-mêmes, mais bien par la
multiplicité de leurs mouvements sur les différents points de
l'arrondissement de l'armée.
«Dans cet état de choses, que puis-je faire, sans livrer le pays à
l'ennemi, sans lui abandonner les moyens de nous soutenir par la suite,
et toutes nos subsistances?
«J'envoie la cavalerie et l'artillerie, c'est tout ce qu'il est en mon
pouvoir de faire, et Votre Excellence est trop juste pour exiger autre
chose de moi. En ce moment, j'apprends que Bilbao est encore attaqué.
«Voilà ma position, monsieur le maréchal, elle est pénible sous tous les
rapports et, certes, je n'ai pas beaucoup de moyens de l'améliorer.»