«Valladolid, le 28 juin 1812.
«Monseigneur, le mouvement du général Bonnet, ainsi que je vous
l'annonçais par mes lettres précédentes, est réel; il était il y a trois
jours à Aguilair del Campo, à dix-huit lieues d'ici. La lettre que j'ai
l'honneur d'envoyer ci-jointe à Votre Excellence vous en instruira plus
positivement. Le général Guérin, qui a également reçu une lettre du
général Bonnet, qui lui demande des nouvelles de ce qui se passe, a
daigné me consulter afin de s'éclairer sur les intentions de Votre
Excellence. Il rend compte au général Bonnet de la position de Votre
Excellence, et l'engage, dans le cas où il n'aurait pas d'ordres
contraires, à se porter en ligne le plus rapidement possible. Veuillez,
monseigneur, par le retour du paysan, envoyer des ordres pour cette
division et dire si l'on a rempli vos vues. Quant à l'armée du Nord, je
commence à perdre l'espoir de voir arriver le général Caffarelli, ni
aucunes troupes de son armée. D'après la lettre qu'a reçue le général
Guérin, il paraît positif que le 24 il n'y avait encore personne
d'arrivé à Burgos. Les bruits courants, dont j'ai eu l'honneur de rendre
compte à Votre Excellence, par mes lettres des 26 et 27, existent
toujours; mais plus le temps s'écoule, et moins ils méritent de
confiance. Depuis trois jours on répète les mêmes choses, et nous
n'avons pas aujourd'hui dos nouvelles plus positives que lors de mon
arrivée.
«Il paraît certain qu'un convoi de France est arrivé le 23 à Burgos, et
que les troupes qui l'escortaient ont rétrogradé sur-le-champ sur
Vitoria. Dans cet état de choses, monseigneur, je crois ma présence ici
complétement inutile, et supplie Votre Excellence de vouloir bien me
rappeler auprès d'elle. Car, ne pouvant remplir ici ses instructions, il
m'est extrêmement pénible, dans un moment comme celui-ci, de me trouver
éloigné de l'armée. Je ne puis aller plus loin, les communications
n'existant pas. La seule ressource qui me restait, le convoi, reste ici.
Quant aux nouvelles, le gouverneur et le commissaire de police ont plus
de moyens que moi d'en avoir et d'en faire passer à Votre Excellence.
J'implore donc de ses bontés de m'envoyer l'ordre, par le retour du
porteur, de rentrer près d'elle. Je n'ai négligé aucun moyen pour savoir
ce qui se passe. Je me suis abouché avec tous ceux qui pouvaient avoir
des nouvelles. J'ai fait partir les trois lettres de Votre Excellence
pour le général Caffarelli, et j'en ai moi-même écrit une quatrième par
un contrebandier très-adroit. J'espère que Votre Excellence aura reçu
mes quatre lettres, qui ont précédé celle-ci.--Des moissonneurs
galiciens arrivent aujourd'hui ici, disant que Astorga a été pris le 23
du courant et que l'armée de Galice s'avance, sans donner d'autres
détails.»
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