«Salamanque, le 24 mai 1812.
«Sire, je reçois la lettre du 17 et du 18 de ce mois; Sire, Votre
Majesté avait daigné m'ordonner, _il y a six mois, époque à laquelle
j'ai quitté la vallée du Tage, de former un grand dépôt de vivres à
Lugar-Nuevo_. Je n'aurais pas été dans l'obligation d'envoyer des
troupes dans la province de Ségovie pour y réunir des vivres, pour les
mettre _en état de passer dans la vallée du Tage_. Ainsi ce qu'il peut y
avoir d'irrégulier dans cette disposition est plus que légitimé par
_l'urgence de nos besoins_.
«La conduite du colonel du 50e régiment est condamnable pour avoir
demandé des rations plus fortes que celles qui sont déterminées, et je
le punirai en conséquence; _mais, certes, il ne l'est pas pour avoir
employé les moyens de rigueur_, attendu que ce sont les seuls qui
donnent des résultats, et qu'il serait méprisable et coupable envers
l'Empereur et l'armée s'il n'avait pas pris les moyens nécessaires _pour
réunir promptement les approvisionnements_ que je lui ai fait donner
l'ordre _de former_; il n'a eu et ne peut avoir, non plus que moi,
l'intention _de manquer_ à Votre Majesté, _et j'ai_ donné assez de
preuves _du respect que je lui porte_ pour que toute justification à cet
égard soit superflue; mais il y a un premier devoir à remplir, c'est
celui qui se rattache immédiatement à nos succès et à l'honneur des
armes de l'Empereur.
«_Votre Majesté est la maîtresse de faire, relativement à moi_, la
demande qui lui conviendra; je n'ai rien fait que ne me commandassent ma
conscience, mes lumières et mon amour du bien public; ainsi rien ne
saurait _m'intimider_.
«_Votre Majesté trouve_ que les moyens que l'on emploie sont tout au
plus _tolérables dans un pays nouvellement conquis_; mais je ne sais pas
dans quelle catégorie on pense placer l'Espagne et si elle connaît _des
localités où l'on a pu obtenir quelque chose sous les baïonnettes_.»