«Madrid, le 28 mai 1812.
«Monsieur le maréchal, j'ai reçu votre lettre du 26 de ce mois, datée de
Fontiveros. Je vous ai prévenu, par ma lettre du 7 de ce mois, des
ordres que j'avais donnés le même jour au duc de Dalmatie pour former le
corps du comte d'Erlon du tiers de l'armée du Midi, en le chargeant
d'observer sur la Guadiana le corps du général Hill, de l'y contenir, de
le suivre, et même de passer le Tage si le général Hill passait sur la
rive droite.
«J'ai réitéré, le 26 de ce mois, et je renouvelle aujourd'hui ces mêmes
ordres, qui sont parfaitement applicables aux circonstances dont vous me
faites part et qu'ils avaient prévues.--J'espère qu'ils auront été
exécutés ou qu'ils le seront du moins assez à temps pour seconder vos
mouvements. Si le corps du général d'Erlon, par une suite de ces
dispositions, arrive sur la rive droite du Tage, il couvrira Médina, ou
se portera, suivant la marche de l'ennemi, sur le flanc de l'armée
anglaise pour agir de concert avec vous. Mais, tant qu'il ne sera pas à
portée de remplir l'un ou l'autre de ces deux objets, il m'est
impossible de vous donner la cavalerie de l'armée du Centre, qui se
trouve dans la vallée du Tage, où il ne resterait plus que trois
bataillons si elle la quittait.--Madrid ne serait pas à l'abri d'un coup
de main. Le général Treillard, qui commande actuellement dans cette
vallée, a l'ordre de se mettre en communication avec le général Drouet,
de tenir et d'approvisionner les forts de Miravete, s'ils ne sont pas
tombés au pouvoir de l'ennemi, comme on peut s'en flatter encore, afin
d'assurer cette communication, de voir s'il est possible d'établir un
pont volant à Almaraz avec ce qui peut être resté de celui que l'ennemi
a brûlé, s'il n'a pas pu le détruire entièrement; enfin, de faciliter,
autant que possible, les moyens de passer le Tage au pont du
l'Arzobispo, ou au moins de prévenir le général Drouet de l'état où est
ce passage. Tel est le résumé des ordres que j'ai donnés. Vous voyez
qu'ils tendent tous à vous dégager le plus possible, soit en retenant
sur la rive gauche du Tage le corps du général Hill, soit en vous
donnant l'appui du général Drouet, si lord Wellington appelait à lui le
général Hill; et ainsi, dans l'un ou l'autre cas, à vous donner les
moyens de combattre avec avantage l'ennemi, si, comme tout semble
l'annoncer, il se portait définitivement sur vous. Je n'ajouterai plus
qu'un mot. Il vous est facile, monsieur le maréchal, de juger que, tant
que le général Drouet ne sera pas sur le Tage, Madrid est entièrement à
découvert, malgré le petit corps que je laisse dans cette vallée. Ainsi
vous ne devez retirer et rappeler à vous qu'avec beaucoup de ménagements
la division Foy. Je n'ai pas besoin d'insister sur ce point: vous devez
sentir de quelle importance il est.»