«Madrid, le 7 mai 1812.
«Monsieur le duc, j'ai reçu votre lettre du 5 mai par laquelle vous me
prévenez que lord Wellington se trouve avec cinq divisions sur la Coa.
«Je donne ordre au duc de Dalmatie de détacher le général Drouet avec le
tiers de l'armée du Midi; sa tâche sera d'observer les mouvements du
corps du général Hill, de l'arrêter sur la rive gauche du Tage, et de
passer ce fleuve à Almaraz si les troupes anglaises passaient sur la
rive droite; il se tiendra en communication avec le général chargé de
défendre Almaraz, Talavera, etc.
«J'ai chargé le général d'Armagnac, de ce commandement. Il fera occuper
les forts du Tage et rendra ainsi disponible la division Foy. Je dois
toutefois vous faire observer, monsieur le maréchal, que les forces que
commande le général d'Armagnac se réduisent à trois bataillons et à six
cents chevaux. Vous pouvez apprécier le genre de résistance qu'il peut
opposer à l'ennemi, s'il était attaqué, chose qui n'est pas impossible.
Si l'ennemi n'est pas en état d'entreprendre une opération générale
avant la récolte, il pourrait profiter de ce temps pour se porter
rapidement par Placencia sur Lugar-Nuevo, l'enlever, occuper ce point,
s'y fortifier et couper ainsi toute communication avec nos armées. Il
pourrait alors se livrer aux opérations de la campagne prochaine avec
beaucoup de facilité, soit qu'il se portai au Nord ou au Midi. Vous
devez donc donner ordre au général Foy de faire observer constamment la
communication de Placencia et de se tenir toujours en mesure de couvrir
les forts du Tage, dont vous devez mieux sentir que personne
l'importance, à moins que les mouvements de l'ennemi ne soient
totalement prononcés et que vous n'ayez plus aucun doute sur leur objet.
Je n'ai pas besoin de vous répéter que les blés et biscuits de Ségovie
sont destinés à l'approvisionnement des forts du Tage. Je les fais
enlever; ainsi vous n'avez pas besoin de vous en occuper.
«J'écris et je fais écrire de nouveau au général Dorsenne pour qu'il
exécute les dispositions prescrites par les ordres de l'Empereur dans le
cas où vous seriez attaqué. Mettez-vous aussi en communication avec lui
sur cet article.»