Madrid, le 4 mai 1812.
«Monsieur le maréchal, j'ai sous les yeux votre lettre du 27 avril à M.
le maréchal Jourdan, et je reçois en même temps celle du major général
du 16, qui me donne connaissance des lettres qu'il vous a adressées le
12 mars et le 16 avril. Je sais par un aide de camp du duc de Dalmatie
que ce maréchal était le 27 avril à Séville, et qu'il avait réuni une
grande partie de ses forces, conservant toutefois le blocus de l'île de
Léon, Grenade, Malaga, etc ... et ayant sa droite à Anduxera et sa
gauche à l'île de Léon. Il n'avait pas encore reçu l'avis des
dispositions de l'Empereur qui me confient le commandement de ses
armées. Le maréchal Suchet n'avait pas envoyé la division que je lui
avais fait demander.
«Dans cet état de choses, je ne pense pas qu'il y ait autre chose à
faire aujourd'hui que ce qu'il eût été à désirer que l'on eût fait avant
la reddition de Badajoz. Je pense que les instructions de l'Empereur du
12 mars sont encore applicables, et qu'il faut faire, pour la
conservation de l'Andalousie, ce qu'elles prescrivaient pour Badajoz.
«Il est de fait que l'ennemi n'a fait aucune démonstration sur
Lugar-Nuevo, et je crois que lord Wellington est effectivement en
Portugal avec quatre ou cinq divisions, comme vous le pensez vous-même.
Dans cette hypothèse, monsieur le maréchal, vous devez le contenir et
l'occuper assez par des démonstrations et des mouvements offensifs sur
l'Aguada pour l'empêcher de se porter en Andalousie. Dans le cas où il
ne serait plus devant vous et qu'il porterait ses divisions sur la rive
gauche du Tage, vous vous porteriez à votre tour dans la vallée du Tage,
afin de passer ce fleuve à Almaraz, et marcher avec toutes les forces
disponibles, au secours de l'Andalousie.
«On continue à envoyer des subsistances à Lugar-Nuevo; mais vous
connaissez leur rareté. N'oubliez pas que le blé que vous devez faire
prendre à Ségovie, si votre mouvement se fait bientôt sur Lugar-Nuevo,
est destiné à l'approvisionnement des forts de Miravete, et qu'il ne
pourrait pas être remplacé jusqu'à la récolte.»