LE MARÉCHAL SOULT AU MARÉCHAL MARMONT.

«Séville, le 4 janvier 1812

«Vous êtes sûrement instruit que l'armée anglaise est de nouveau entrée

en campagne et s'est portée sur la Guadiana; le 1er de ce mois, le

lieutenant général Hill avec toute sa division, quatre mille Portugais

et autant d'Espagnols, était à Merida; le même jour il a attaqué

l'avant-garde du cinquième corps à Almendralejo. Le général Philippon

m'a écrit de Badajoz, le 30, qu'indépendamment de ces troupes une autre

colonne, que l'on disait forte de douze à quinze mille hommes, également

venue de Portalègre et d'Albuquerque, se dirigeait par Aliseda sur

Montanchès.

«J'ignore encore si les ennemis ont le projet de faire plus qu'une

diversion pour m'obliger à renoncer au siége de Tarifa, que M. le

maréchal duc de Bellune poursuit, et pour me forcer à rappeler les

troupes que, d'après les ordres de l'Empereur, j'ai envoyées en Murcie

en faveur de l'armée de siége de Valence: le temps nous rapprendra;

mais, en attendant, je dois prier Votre Excellence, au nom du service de

l'Empereur, de vouloir bien faire une démonstration sur Truxillo et

Merida, qui dégage ma droite et oblige les ennemis à rentrer en

Portugal; pour le moment, il m'est impossible de renforcer le cinquième

corps, j'ai trop de troupes détachées sur ma gauche, et je ne puis

encore renoncer au siége de Tarifa.

«J'ai eu plusieurs fois l'honneur d'écrire à Votre Excellence, mais

depuis longtemps je n'ai pas reçu de ses nouvelles; je la prie de m'en

donner, et, dans cette circonstance, de vouloir bien me faire part le

plus promptement des dispositions qu'elle fera d'après ma proposition.

«Le 30 décembre, une reconnaissance de quatre compagnies d'infanterie et

quinze hussards, qui avait été poussée de Merida sur Carmonita, fut

attaquée par l'avant-garde de l'ennemi, composée de six cents

chevau-légers anglais et quatre pièces de canon; notre détachement forma

le carré et repoussa successivement cinq charges sans pouvoir être

entamé; ensuite il opéra sa retraite en bon ordre sur Merida. L'ennemi

perdit beaucoup de monde et de chevaux. La reconnaissance était

commandée par le capitaine Neveu, du 88e régiment; sa valeur et les

bonnes dispositions qu'il a faites ont donné le temps à la garnison de

Merida de se mettre en mesure d'aller à son secours, et de recevoir

l'ennemi.»

Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse (4/9) · 第 53 / 127 题