«Valladolid, le 5 janvier 1812.
«J'ai l'honneur d'adresser ci-joint, à Votre Excellence, deux lettres en
original, aux dates des 1er et 3 courant, du général Thiébault,
gouverneur de Salamanque. Quoique je n'ajoute aucune foi à leur contenu,
car depuis six mois je n'ai cessé de recevoir de pareils rapports, je
crois cependant utile de vous les communiquer. Votre Excellence est à
même d'être mieux instruite que moi de la situation des choses dans la
partie de Rodrigo; mais je ne puis lui dissimuler que le dégoût
qu'éprouve le général Barrié dans cette place, et son caractère, ne sont
pas sans me donner quelques inquiétudes, et que la première chose à
faire pour le bien du service de l'Empereur serait de l'en retirer
promptement. Si, contre mon opinion, les Anglais ont fait quelques
projets de tentative sur Rodrigo, ou même sur Salamanque, et que don
Julian ait songé à nous intercepter cette première place, on ne pourrait
les attribuer qu'au mouvement que vous aviez commencé sur Valence; mais
le retour imprévu de Votre Excellence pourrait, dans ce cas, faire
changer aux ennemis leur plan d'opérations et leur devenir funeste.
«Avant de recevoir les ordres de l'Empereur relatifs à la nouvelle
division du territoire des armées du Nord et de Portugal, j'avais déjà
pris quelques mesures pour jeter des vivres dans Rodrigo. Mais depuis
mon retour, et supposant que vous éprouveriez, en vous établissant dans
les sixième et septième gouvernements, des difficultés pour réunir
promptement les moyens nécessaires au ravitaillement de cette place,
j'ai cru devoir y donner la dernière main. J'ai la satisfaction de vous
annoncer, monsieur le maréchal, que nous pourrons profiter de nos
changements de garnisons pour faire escorter jusqu'à Rodrigo un convoi
composé de toute espèce de subsistances pendant six mois. Le seul
embarras que nous aurons sera, je le crains fort, celui des transports.
Il serait à désirer que Votre Excellence pût concourir à cette
opération, en faisant arriver à Salamanque toutes les voitures à sa
disposition.
«Avec juste raison, Votre Excellence doit compter sur moi dans toutes
les circonstances, et je lui renouvelle l'assurance que je n'ai rien
tant à coeur que de faire ce qui peut lui être personnellement agréable
et servir Sa Majesté.»